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journal n°657 - 17/09/2012
Sophia 2020 avec un peu d’avance
Avec l’installation des incubateurs et des premières startups au Business Pole, cap sur l’innovation, le développement et le jeu collectif.

ia_21_sept_business_p1_300Elles s’appellent MY CFD, ZEMAP SAS, Robocortex ou Acute3D : elles viennent tout juste d’intégrer la nouvelle et flambante pépinière d’entreprises sophipolitaine, et attendent l’installation de leurs institutionnels voisins, la CCI et bientôt la CASA, qui s’apprête à racheter les murs du Business Pole et sans doute, à terme, à y siéger. La communauté d’agglo, par l’intermédiaire de l’historique Symisa, s’est même positionnée sur les droits à bâtir attenants, qui doubleraient les surfaces déjà utilisées (4.000m² à exploiter au total, 2.500m² déjà opérationnels).

Ici, on fait grandir les entreprises, mais aussi les pépinières : 14 startups sont d’ores et déjà accueillies ou en passe de l’être, et l’on devrait très vite atteindre les 60 structures, d’ici début 2013. Le tout dans un bel élan collectif, salué par Dominique Claire Mallemanche, sous-préfète de Grasse, qui devant ce pack politique sans faille apparente se félicite : «l’Etat ne peut que se réjouir de ce bel œcuménisme… Ce que j’apprécie tout particulièrement ? C’est que l’on revient vraiment à la notion d’entreprise. Ici, les bureaux fourmillent de brillants projets.» Projets que Jean Leonetti, président de la CASA, explore avec gourmandise. Déjà 50 emplois effectifs, pour lui pas de fausse note, Sophia continue sa croissance malgré la défavorable conjoncture générale. De quoi lâcher un petit scoop : «je ne voudrais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir mis à terre, mais nous attendons très prochainement de grandes et belles entreprises internationales. Vraisemblablement pour 2014-2015. De quoi renforcer notre vocation de technopole de haut vol.»

 

De la solidarité entre territoire et entreprises : le mot d’ordre en cette visite protocolaire de nos premiers «incubés». Jean Leonetti prend les rênes du cortège, ia_jean_philippe_pons_p3_300et questionne à foison les nouveaux occupants. Jean-Philippe Pons, fondateur d’Acute3D, se plie volontiers à l’exercice. Son projet, soutenu par l’incubateur PACA-Est ? Un hélico, un photographe et un ordinateur, pour une modélisation en trois dimensions d’un site, d’une commune, d’un bâtiment. Une précision diabolique et une livraison ultra-rapide : pour restituer l’intégralité de la commune de Villefranche, sur 10km², en vue aérienne, il n’aura fallu que 48 heures. Un réalisme ébouriffant, pour une facture de 15.000€ (seulement). De quoi donner des idées au député-maire d’Antibes, qui y voit déjà une nouvelle application démocratique : pourquoi ne pas modéliser quelques projets urbanistiques d’envergure à l’attention de ses administrés? «C’est ce que nous avons fait pour Entrevaux, qui a utilisé notre travail pour tester un plan lumière virtuel sur sa citadelle», renchérit Jean-Philippe Pons. Des concurrents ? «Très peu nombreux. Un Suédois, racheté 250M$ par Apple cet été, Google, et…nous. C’est un marché de niche.» Visiteurs estomaqués : ainsi, à Sophia, trois pionniers défient les plus grands groupes au monde… Des pionniers qui gardent les pieds sur terre : «nous avons profité de l’incubateur pour passer du projet à l’entreprise économiquement viable. C’est un succès. Nous allons encore embaucher. Avec l’entrée dans la pépinière, c’est le passage à la cour des grands…Petit à petit, nous internalisons nos compétences. D’ici deux ans, nous devrions être totalement autonomes.» Merci Sophia, et à bientôt ? «Non, ça n’est pas l’objectif. Partir de la pépinière, oui bien sûr, mais nous resterons sur la technopole…»

 

ia_ezio_malis_robocortex_p3_300Deux sont arrivés la semaine dernière : mais chez Robocortex, pas de pause déménagement. Ce spécialiste de l’édition de logiciels dévolus à la localisation s’est très vite mis au travail: contrôle de robots, réalité augmentée, les applications sont multiples et les quatre salariés motivés. Pour Ezio Malis, son jeune dirigeant, «nous trouvons ici toute la souplesse dans les services que nous recherchions. Nous allons grandir, mais nous ne savons pas encore à quel rythme. La pépinière nous laisse du temps pour nous organiser. Et nous rapproche de l’INRIA, avec lequel nous collaborons.»

 

Du service encore avec Lacarte, un outil internet à destination des commerçants et artisans plus facile à gérer qu’un site. Et surtout moins cher : description de l’activité, des produits proposés, des services ou des stocks disponibles, l’application est déjà plébiscitée par une centaine de professionnels du Cannet, où a été mené le premier test à l’échelle d’une ville. Avec un abonnement ne dépassant pas les 5€ par mois, Lacarte est imbattable sur le marché de la communication via le net. Stéphane Viaud-Murat, son directeur marketing, a lui-aussi donné des idées à Jean Leonetti : d’un service plus élaboré que les désuètes Pages jaunes, avec des alertes, des messages, des infos supplémentaires et une recherche facilitée pour l’internaute averti, notre ancien ministre fait illico une projection sur les FISAC, plans d’aide aux commerces épaulés par les collectivités locales. En attendant d’investir d’autres départements, voire le pays. Et de dupliquer le modèle ailleurs.

 

Nos politiques et institutionnels sont sortis revigorés de cette matinée dans les entrailles du Business Pole. Bernard Kleynhoff, président de la CCI, piafferait presque d’impatience: ses équipes seront très vite de l’aventure, avec quelques services spécifiquement choisis (aide à l’innovation, intelligence économique…). Jean-Pierre Mascarelli, vice-président du Conseil général en charge du développement économique, est aux anges : pour les créateurs d’entreprises et d’emplois, Sophia reste «the place to be». Marc Daunis, sénateur-maire de Valbonne, heureux élu s’il en est, se fait presque lyrique, et en tout cas savoure l’instant : «cet ancrage fort dans la chaîne de l’innovation, c’est aujourd’hui une réalité. La première technopole d’Europe se consolide. C’est un processus, mais c’est aussi du talent, et de l’aventure humaine, on l’a vu aujourd’hui. Il y a de l’enthousiasme et de l’engagement personnel. Tout en sachant que les pouvoirs publics sont là pour accompagner les entreprises, les projets. Ayons confiance en nos talents !»


Pour Jean Leonetti enfin, c’est plus que ça encore : c’est un oracle profondément optimiste quant au projet, plus global, de Sophia 2020 (on dit désormais «20-20», sans doute pour appuyer sur la bonne note…). «Notre slogan, «Ici, l’avenir se conjugue au présent», c’est une volonté forte et effective. Nous l’avons vu, les projets qui naissent chez nous sont concrets, et porteurs d’applications collectives. Jusqu’à présent, nous étions à fond, et bien aujourd’hui, on accélère…» Penser 2020, pour Sophia, c’est se donner de la marge. Un peu le contraire de ce que l’on voit ailleurs…

 



Isabelle Auzias