««« Retour share
journal n°706 - 05/09/2013
Ray : un enterrement de premičre classe
En rouge et noir, orchestré dans l’émotion par les supporters et affiliés. Une immense et tonitruante ferveur populaire pour une sortie sportive en demi-teinte.

Même les déplacés Montpellierains, pourtant peu nombreux, y ont mis du cœur dans leur tribune invités : du bruit, beaucoup de bruit, des fumigènes et des olas, des clappings et des Nissa la Bella, quelques insultes bien senties pour l’adversaire, car l’heure des adieux, c’était aussi un match… Où les Aiglons, éreintés et fébriles, auront manqué de vista. Qu’importe, le coup de sifflet final passé, les esprits étaient ailleurs, rivés sur cette pelouse foulée pour la dernière fois de son histoire.

 

Et la performance elle-aussi était ailleurs, sans doute dans ce cortège chantant venu de la place Masséna, dans un long flot de joie et de larmes. Ils partirent 6.000 (Denise Fabre comprise), mais par de prompts renforts récoltés tout au long du parcours, ils se virent 10.000 en arrivant aux abords du vieux stade, tenue rouge et noir de rigueur, unanime pincement au cœur en franchissant les portes de l’enceinte, accolades attristées, photos souvenirs, les doigts serrés sur ce tee-shirt offert à l’entrée pour célébrer «la der des ders», dans un même élan collectif, uniforme habile à effacer les différences et à se sentir Nissart per toujou.
Les arbitres ont ramassé, les joueurs ont sué, les spectateurs ont hurlé. De la belle et habituelle ouvrage. Tribunes Nord et Sud se sont affrontées à grands coups de fumigènes et de banderoles, un peu plus violemment qu’à l’accoutumée. C’était la fête pour tout le monde, en famille, entre amis, toutes générations mêlées, toute testostérone dehors…

 

Dommage cependant que l’hommage n’ait été vraiment vibrant que côté populaire. Un tout petit écran vidéo pour raconter l’histoire du Ray ne suffisait guère à l’appétit des spectateurs, que le match nul n’avait pas rassasié, et si belle fut la mobilisation des «anciens» pour rendre les ultimes honneurs à leur stade, elle n’en fut pas moins un peu trop longue au goût des supporters, qui, eux, ne rêvaient que de fouler la pelouse à leurs côtés. Le sanglot monte d’un cran lorsque que le «cœur» est arraché : le rond central mis sous verre pour rejoindre l’Allianz Riviera, sorte de greffe symbolique propre à satisfaire les plus déchaînés de la Sud. Pas suffisant pour mettre le vieux chaudron à terre, revigoré tout à coup par la marée humaine qui l’envahit. Ça pleure, ça court, ça braille. Le feu d’artifice (prévu à l’origine de jour, une première…) n’aura pas lieu, le ciel ne sera embrasé que par les derniers fumigènes sauvés des larmes. Qu’on le veuille ou non, le Roi Ray est mort, vive l’Allianz…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias