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journal n°681 - 14/03/2013
Nice Méridia, l'éco-exemple
Ecologique et économique, les deux mamelles de la ville de demain. Déclinée, dans sa version niçoise, en une technopole urbaine noyée dans la verdure : le projet a été présenté le 14 mars au MIPIM par Christian Estrosi.

Haut les coeurs, nous entrons dans une phase... constructive. «Une phase que certains auront pu considérer comme un peu longue», souligne Christian Tordo, président de l'Etablissement Public d'Aménagement de l'Eco-vallée, «mais nous passons à la vitesse supérieure». Et pour une quinzaine d'années... Le MIPIM cannois avait présenté en 2012 le futur Grand Arénas de Josep Lluis Mateo, avec aujourd'hui deux premiers ouvrages dans les starting blocks. Les honneurs en 2013 seront pour Christian Devillers, urbaniste choisi pour la conception de Nice Méridia, un peu plus au nord dans la plaine, «la ville de demain, une éco-cité à grande échelle, où nous irons beaucoup plus loin qu'ailleurs.» Vous l'aurez pressenti, il s'agit bien d'une première mondiale pour notre collectionneuse Métropole, qui s'offre un second coeur de ville tout neuf sur cet espace de 10.000 hectares, dont 450 à bâtir.

En prévision ? 4.000 emplois in situ, 2.000 logements, des entreprises et des commerces, des loisirs aussi : de la mixité naîtra la croissance... On sent Christian Devillers impatient de réaliser cette cité innovante «qui ne sera pas une simple démonstration, mais un modèle de ville, pour demain et pour tout le monde.» Espaces naturels renforcés, activités denses et intenses, approfondie réflexion sur l'eau et sa gestion, et place nette pour les smarts grids, ces réseaux intelligents qui, combinés aux fournisseurs d'énergie, permettront de générer plus de renouvelable tout en consommant moins.

Erigés en symboles, les premiers partenaires : GDF Suez (qui y installera sa direction régionale sur 4.000m²), EDF pourvoyeur de 350 emplois, IBM qu'on ne localise pas encore en haut ou en bas... Et moult TPE et PME promptes à épauler ces grands groupes, en leur offrant un terreau dynamique et soudé.

 

Le président de la Métropole n'en démord pas, quitte à écorcher quelques locales «concurrentes» : «force est de constater que les technopoles conçues telles des contre-villes sont aujourd'hui en difficulté. Si la ville était perçue comme peu propice à la recherche et à l'innovation, il n'en va plus ainsi : les déplacements quotidiens des salariés pèsent sur l'environnement et sur la vie sociale, il faut réfléchir autrement.» D'où cette ville du futur hyper-connectée, qu'il s'agisse de transports, d'animation ou de communication. «Oui, les entreprises trouvent dans les villes une vraie valeur ajoutée, pour peu qu'elles soient bâties pour...»

Dont acte : Nice Méridia aura pour autre avantage de clairement se positionner autour de secteurs d'activités savamment choisis autour de l'éco-industrie et de la croissance verte. Pour Christian Estrosi, c'est là qu'il faut cibler, «avec en France, sur les dix années à venir, plus de 250.000 emplois potentiels pour 10Mds€ de chiffre d'affaires annuel. C'est un marché mondial de très grande ampleur, encore peu exploité, où nous nous positionnerons.» Un pôle santé en sus, pour profiter des forces pharmaceutiques et vétérinaires déjà implantées, et voilà Nice Méridia sur les rails. «Avec des espaces naturels et agricoles maintenus, voire développés», soulignent en choeur Christian Tordo et Christian Devillers, «dévolus à la biodiversité et à la qualité de vie.»

 

Au MIPIM, les Niçois et affiliés sont venus chercher une belle visibilité, propre à attirer quelques supplémentaires investisseurs pour boucler les conséquents budgets à prévoir: côté finances publiques, l'éco-cité à la sauce Devillers sollicitera une enveloppe de 360M€, pour près de 2 milliards espérés du secteur privé. «Il faut donc montrer à nos partenaires où va leur argent, et surtout quel est leur intérêt», conclut Christian Tordo. En cela, le MIPIM reste la plus prestigieuse des vitrines.

 

 

Ils en pensent ...



Marco Doria, maire de Gênes : «pour un développement renforcé grâce aux transports»

 

Dans un français choisi, le nouveau premier magistrat parle surtout de collaboration et de rapprochement. Invité par Christian Estrosi sur le stand de la Métropole au MIPIM, il voit d'un bon oeil une coopération transfrontalière d'autant plus affirmée qu'il faudra bientôt moins de temps, en train, pour relier nos deux villes que pour aller de Nice à Marseille.
Le leitmotiv de nos deux élus : un aéroport international d'un côté, le port qu'il nous manque de l'autre. De quoi envisager, ensemble, bien des projets.

 

 

Annabelle Jaeger, conseillère régionale Europe Ecologie : «un projet très intéressant, mais...»

 

Elle a fait de l'Eco-vallée son combat pour une écologie raisonnée. Et s'avoue cependant séduite par le projet de Christian Devillers, tout au moins sur le fond. «En théorie, c'est ce que l'on nous propose de meilleur», avoue-t-elle, «même si mon inquiétude reste toujours la même, à savoir qu'il faut, pour l'Eco-vallée, une vision globale et non pas un traitement projet par projet. De cette vision globale dépend la cohérence écologique. C'est très bien de s'intéresser à la gestion de l'eau, il le fallait, mais si on ne connecte pas cette gestion aux autres implantations de l'OIN, ça ne sert pas à grand chose... Je mettrais deux bémols au programme Nice Méridia : d'abord la notion de «vert», avec cette volonté d'insérer la nature dans la ville, qui réclame compétences et innovation. Mais encore une fois, c'est très intéressant. Ensuite, qu'entend-t-on vraiment par terres agricoles ? De mémoire, les plus vastes du site sont le parc métropolitain, dédié aux loisirs, et... le centre équestre. Pour moi, ce ne sont pas des terres agricoles...»


 

 

Isabelle Auzias