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journal n717 - 21/11/2013
Nice 2013-2014 : c'est l'insurrection !
Question de climat Les frimas sont en avance dans les rangs politiques, lapproche des Municipales.

Jean Icart a eu bien raison de chausser son bonnet rouge pour cette séance impromptue du Conseil municipal de Nice, le 15 novembre dernier. L’atmosphère fut lourde et les éclairs, au fond des yeux, nombreux.

Mise au débat, une unique délibération : autoriser le maire à ester en justice sans préavis contre quiconque oserait ternir l’image de sa ville par des accusations mensongères. Presse et opposition la tête dans le même sac, mains solidement ligotées. Christian Estrosi en appelle à une attitude responsable collective, dans un climat populaire qu’il qualifiera plusieurs fois «d’insurrectionnel».

 

Jean Icart le premier s’était jeté dans une longue bataille des chiffres concernant l’état de la dette communale et métropolitaine.

Patrick Allemand avait enfoncé le clou en scandant haut et fort «Fils de Nice, père de la dette» (seuls les assidus lecteurs comprendront), formule choc distribuée à 65.000 exemplaires par campagne de tracts interposée. «Soyez prudent, M. Estrosi, continue Patrick Allemand d'une voix plus assurée qu'à l'ordinaire, la frontière entre le criticable et le condamnable est mince... Et qui salit l'image de la ville ? Celui qui creuse la dette ou celui qui la dénonce ?»

Pour Robert Injey, c'est tout simplement «surréaliste». Le leader des communistes niçois dénonce le fort potentiel anxiogène des débats : «on se croirait en temps de guerre pour débusquer la cinquième colonne ! Le problème avec les chiffres, c'est que c'est une réalité, on a beau les tordre dans tous les sens...» Quelqu'un dans les rangs murmure: «mais c'est Poutine! Et si nous lancions une souscription populaire pour nous permettre d'ouvrir nos g... ?»

 

Changement d'aile, le match se joue droite contre droite. «Circulez, y’a rien à débattre ? ça me laisse… pantois !» : signé Benoît Kandel, l’ex-garde rapproché, aujourd'hui relégué au dernier rang du conseil pour mauvaise conduite avérée. «Une judiciarisation du débat démocratique, et cela au plus mauvais moment. (…) De la censure. Tout individu a droit à sa liberté d’expression et d’opinion.» Dans les travées de l'opposition, pris d’un commun élan, on cite Napoléon («en politique, une absurdité n’est pas un obstacle»), Voltaire ou Diderot, tout en se plaignant de l'absence de... Lumières.

Patrick Allemand, à l’approche du vote, abandonne la littérature pour le côté pragmatique de la force et demande un vote à bulletin secret.

 

Et puis, subrepticement, c’est la mouche dans le lait : Olivier Bettati, le jumeau bébé Médecin, le fidèle du rang 1, le tempéré, se lève avant le verdict des urnes et s’en va tel un prince… Patrick Allemand réclame sa procuration, histoire de ne pas laisser s’envoler un vote à l’heure où le mot démission résonne de fauteuil en fauteuil, dans une incrédulité presque générale.

Cerise sur le gâteau : la procuration est bien là, et c’est Benoît Kandel qui la sort du chapeau ! Insurrection, vous avez dit insurrection, Monsieur Estrosi ?

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias
Vidéo Lizza Paillier