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journal n°662 - 25/10/2012
François de Closets : les Français à la faute ?
Les Français ? «Des enfants gâtés du monde devenus des têtes à claques à force de se plaindre». Une crise, oui, mais plus morale que conjoncturelle. Et sans rémission annoncée.

Pour la conférence de François de Closets, point d’orgue d’Ecobiz 2012, la salle des séances du Palais consulaire niçois est comble. L’homme est bel orateur, et pourtant, va porter sur un ton badin le pire coup au moral déjà bien entamé des troupes entrepreneuriales. Il faudra remonter jusqu’à la nuit des temps, la création de l’humanité pour comprendre le présent (voir notre vidéo). Ou plus pragmatiquement aux années 70, lorsque toutes les études (même américaines) donnent la France comme le pays champion de la dynamique économique, celui qui va dévorer tout cru l’Europe.

 

40 ans plus tard, bérézina : nous voilà tous montrés du doigt, comme un peuple «déprimé, pessimiste, et mécontent.» La raison? «Depuis quatre décennies, les Français sont persuadés qu’ils subissent l’austérité… En fait, on fait rigoureusement le contraire : de la relance perpétuelle, c’est cela qui nous a envoyé dans le mur. Vivre dans la relance (donc en consentant des dettes) tout en étant certain que l’on vit dans l’austérité, il n’y a qu’un Français pour ne pas s’en apercevoir! Nos parents se sont endettés en faisant la guerre, et nous… en faisant la paix : on notera le progrès…»

Et François de Closets d'enfoncer le clou : «nous avons tout, même des atouts industriels. Il n’y a qu’à voir notre place sur le créneau du luxe en ces temps de crise… D’ailleurs, la crise n’est pas pour grand chose dans l’explication de notre situation financière : la dette serait là quand même, c’est écrit depuis 2005. La crise n’a été qu’un accélérateur en matière de destruction des finances publiques. Elle n’en est pas une cause.»

La conséquence, par contre, est démontrée : à tout moment, nous risquons d’être sauvagement étranglés par nos investisseurs étrangers. «Ce déséquilibre de la société française (56% du PIB en dépenses publiques, et 46% en prélèvements, d’où une économie écrasée qui perdde sa compétitivité) a provoqué l’effondrement de notre balance commerciale et de notre balance des paiements d’une façon générale.»

 

François de Closets aura aussi défendu le capitalisme d’antan: «jusque dans les années 80, le capital comptait pour du beurre dans les grandes entreprises, il était dispersé. Et puis, il s’est regroupé. Il a créé des puissances de feu énormes, à travers des fonds de pension par exemple, il a pesé de tout son poids sur l’économie. Et tout a changé : les grands patrons ont gagné dix fois plus, une sur-rémunération qui les a détachés du reste des salariés, avec une seule mission, celle d’augmenter les profits. Ils ont défendu des intérêts antagonistes par rapport aux entreprises, converties en machines à fric. Mais le capitalisme, au départ, ce n’était pas ça…Les Schneider de l’époque étaient durs, mais c’était des industriels. Leur fortune était bien réelle. Des seigneurs… Aujourd’hui on s’en fiche, c’est au rendement, et si ça n’est pas suffisant, on vend et surtout on va ailleurs. Le seul objectif de la gestion, ça n’est pas la survie de l’entreprise, c’est l’augmentation à court terme du profit.»

 

 

 

> «Les PME vont trinquer»
Ainsi, les grands groupes vont-ils, pour accélérer ce profit, se recentrer sur leur cœur de métiers. Et…


Et toutes les activités bâtardes, et bien, on les externalise. On s’entoure d’une nébuleuse de sous-traitants, et tout le jeu consiste à répercuter chez elles les exigences de rentabilité. Ce qui a l’avantage de transformer les problèmes sociaux en problèmes commerciaux… On a dissocié tout l’appareil de production : il y a les donneurs d’ordres, et des PME… aux ordres. Et quand le MEDEF prétend regrouper en même temps multinationales et TPE, c’est aussi convaincant que lorsque les grandes centrales ouvrières disent défendre les travailleurs statutaires, les précaires et les chômeurs. D’où aujourd’hui, des taux de profit plutôt élevés et brillants pour les entreprises du CAC40, alors que pour les PME-TPE, c’est grave.»

 

Le rôle de l’Union européenne dans tout ça ? «On ne peut rien contre la mondialisation, mais au lieu de développer les échanges sur une base égalitaire et réciproque, il a été décidé que l’Europe devait s’exposer sans défense à la concurrence internationale…»


Le remède ? Pour notre confrère, la posologie est difficilement applicable : «la politique gère la rareté, la pénurie. Les envies, les désirs vont toujours au delà des richesses disponibles. Les gens veulent plus que ce que l’Etat peut leur donner… Du «droit de» de la société libérale, on est passé au «droit à» d’une société socialiste…»  Pas question cependant de fustiger le gouvernement en place : la vision, de gauche comme de droite, apparaît toujours comme hémiplégique. Pour lui, c’est l’Italie qui a montré la voie : en confiant les rênes à Mario Monti, évitant ainsi l’écueil de la politique politicienne. Pour se recentrer sur l’essentiel… Mais les Français, une fois encore, en seraient-ils capables ? Et sans rougner ?

 

 

 

Isabelle Auzias