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journal n°696 - 27/06/2013
Eva Vautier, nouvelle galeriste solidement ancrée au riche terreau niçois
Exposition inaugurale prometteuse et ambiance chaleureuse.

Certes, le nom du père plane forcément sur le lieu, d’autant plus qu’Eva Vautier lui succède ici directement, qu’elle a toujours été partie prenante dans les archives ou éditions de Ben, et qu’elle a rencontré l’univers de l’art dès le biberon.

 

Mais ses ambitions ouvrent aussi aujourd’hui à une aventure plus personnelle poussée par l’évidente insuffisance, à Nice, de lieux de présentation d’une création foisonnante. La première exposition, présentée par la galerie immaculée aux volumes contrastés, apte à des scénarisations variées, réunit deux personnalités féminines.

 

Sandra D. Lecoq nous avait habitués à ces «ouvrages de dame» lentement élaborés au contenu impertinent. Mais c’est justement ce risque d’identification systématique aux phallus et formulations pouvant devenir réductrices -female wild soul- qui a œuvré à un renouvellement qui apparaît ici dans l’installation qu’elle présente. A la littéralité du phallus se substitue un déplacement de sens se déclinant en moustaches, cravates ou jeté de slip, et nous vaut des pièces, toujours élégantes, fortement structurées. Et même pour la première fois une construction spatiale en volume. Avec ce Mourrons des oiseaux jouant du nom -Lecoq…
le coq…les oiseaux…les fleurs, les brindilles, le mouron- et de bien d’autres contenus qui foisonnent au subconscient, elle pétrit sa vie (Zitt - chut ! en napolitain, allusion à son compagnon) au levain de ses choix fondamentaux avec l’impressionnisme de ses chiffons d’atelier dont les tissus sont sélectionnés avec soin. Une synthèse, un point d’équilibre, un aboutissement qui ouvrent à une nouvelle phase d’un travail à la fois en pleine maîtrise et bouillonnant.

 

Occupant la mezzanine, les travaux de Virginie Le Touze offrent au regard l’infinie élégance d’une série de couronnes précieuses, d’une élégante féminité presque surannée, disposées sur des minéraux aux intentions japonisantes de jardin zen. Aux murs, les photos de petites filles, princesses de contes de fées, et les miroirs ronds en constellation donnent, au premier abord, l’image d’un univers délicat qui se révèle plus troublant en y regardant de près. Les fines couronnes sont faites d’épines de roses, le paysage minéral se transforme en «land art affecté». De ces affects qui flirtent avec féminité en sacrifices subtils, bijoux aux charmes ambigus, christique destinée, les miroirs sont tâchés et altèrent l’image et les clichés de ces fillettes de blanc vêtues, regards baissés, reflétant les expressions générées par ces objets flatteurs mais si complexes à porter et à manipuler. Un travail dont la délicatesse s’imprègne d’un réseau de force.

 

Débuts plus que prometteurs pour une galerie conviviale fourmillant de projets.

 

 

 


Liliane Tiberi

Vidéo Isabelle Auzias

 

 



Jusqu’au 15 août, galerie Eva Vautier, 2 rue Vernier à Nice