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journal n°667 - 29/11/2012
Entreprenariales 2012 : ils ont osé !
Ils sont venus, ils étaient tous là. Ou presque : cette année, pas de têtes d’affiche politiques, mais beaucoup de contacts, d’accompagnement, de bonnes volontés.

Ne nous voilons pas la face, il y a eu un tassement de l’activité par rapport à 2011. Vous êtes certainement inquiets, nous le sommes aussi un peu» : une première audace, thème central de ce rendez-vous niçois des chefs d’entreprises, signée Jean-Pierre Savarino (CCI). Car l’on aura attendu longtemps le premier discours pessimiste de cette crise qui n’en finit pas. Mais patrons, attention : pessimiste ne veut pas dire défaitiste. Et tous de miser, en cette pluvieuse journée, sur le conseil, la synergie, la ténacité. «On observe, on agit, on ajuste», synthétise façon Audiard Jean-Pierre Savarino en tribune, oeuvrant pour sa propre paroisse, mais aussi pour celle de l’UPE, historique organisatrice de l’événement. 73 exposants, huit tables rondes aux thématiques bien ciblées, trois conférences plénières, le programme de cette onzième édition a été respecté à la lettre.

Osons l’innovation, osons la création, osons la différence, osons faire de nos marques des objets de désir, osons l’entreprise : sans doute aucun, la journée n’a pas manqué d’audace. Ni de participants. Objectif atteint et contacts intensifiés, les créateurs/repreneurs étaient à l’honneur avec un grand espace central entièrement dévolu, appuyé par la présence de la Métropole. Des premières formalités au financement, sans prise de risque inutile, le chemin est tracé et les candidats potentiels mieux dirigés. Et au vu des chiffres (17.000 créations dans le département l’année dernière, pas si mal malgré la conjoncture), l’initiative était loin d’être stérile.

 

 

 

 


Des allées qui fourmillent à Acropolis. Peu de protocole et beaucoup d’activité. Le retour à Nice des Entreprenariales, après un détour par Sophia ou Mandelieu, n’a pas manqué de cachet. Du contact direct bien sûr, mais aussi de l’information: ainsi, un Français sur quatre désirerait créer ou reprendre une entreprise (source IFOP 2011). Ce même sondage indique que cette irrépressible envie d’entreprendre concernerait 35% des salariés de la sphère privée. «A la lecture de ces chiffres, on se dit que l’engouement, au niveau national, existe bel et bien. Même s’il est modéré», concède Bruno Valentin, maître de cérémonie en cette journée particulière. «Oui, il y a la crise, et oui, on le sait, les toutes premières années sont décisives pour une entreprise. Elles ne sont que 50% à survivre à leur cinquième anniversaire, et elles sont 12% à succomber dès leur premier bilan.» Un écrêtage naturel qu’il faut accepter, selon nos confirmés patrons, et qui n’empêche en rien de tenter l’aventure. Nous revoici plongés au cœur de l’audace…

 

ia_30_nov_sandra_p3_300A l’heure des Entreprenariales, mais aussi de la traditionnelle semaine Ecole-Entreprise, il serait grand temps de remettre du nouveau grain au moulin. Par nouveau, entendons jeune, et ce n’est pas Alain Belais (Agence Pour la Création d’Entreprises-APCE) qui dira le contraire : «il faut absolument enseigner la culture de  l’entreprise à nos enfants, les former, les préparer. C’est ce qui se fait dans les autres pays…» Car une bonne audace, c’est avant tout une audace qui s’anticipe. «Et il faut en finir avec cette peur, cette honte de l’échec», renchérit Sandra Le Grand, PDG de Kalidea (200 salariés), auteur entre autres de «Entreprendre avec succès», l’une des invitées les plus attendues du salon, venue témoigner avec un enthousiasme loin d’être feint devant les azuréennes troupes. «Un principe qui marche avec les clients, les fournisseurs, les banquiers ? Tant que vous ne comprenez pas pourquoi on vous dit non, il faut continuer jusqu’à arracher un oui !» Plus que de l’audace, de la ténacité, de la passion.

 

ia_30_nov_guillin_p3_300De quoi rebooster le moral, car au final, la France ne se débrouille pas si mal sur le grand échiquier européen si l’on se base sur les créations d’entreprises : 500.000 par an, contre 300.000 en Allemagne… Mais un bémol d’Olivier Guillin, directeur Entreprises à la CCI : «les motivations des créateurs ? Pour 61% d’entre eux, c’est le désir de devenir indépendant. Et c’est loin d’être une raison suffisante, d’où peut-être le taux d’échecs élevé avant cinq ans. Pour 44% des sondés, il s’agit d’un réel goût pour l’entrepreneuriat, pour 22% de saisir une opportunité. Reste une part relativement faible pour celles et ceux qui désirent développer une idée ou un produit. C’est dommage… Créer son entreprise, c’est bien plus que créer son emploi. (…) Le dynamisme est là, le volume aussi. Là où le bât blesse, c’est sur la taille des structures.» Alain Belais confirme la dure réalité par ses propres données : «en Allemagne, on compte 16.000 ETI (Entreprises de Taille Moyenne, jusqu’à 5.000 salariés), contre 4.000 seulement en France. L’une de nos faiblesses, qui se mesure surtout à l’international.» Il faut dire que nous ne sommes pas vraiment gâtés côté financements privés, quasiment obligatoires pour franchir le cap d’un développement économique pérenne: avec 4.000 Business Angels, comment se battre contre la Grande-Bretagne (40.000 investisseurs privés) ou les Etats-Unis (400.000…).

 

Alors, crise ou pas crise, la success story à la Française est-elle encore envisageable ? «Bien sûr, mais il faut en amont se poser les bonnes questions», répond du tac au tac Alain Belais. «Suis-je vraiment fait pour mon secteur d’activité, est-ce que je m’attaque à un marché porteur ? Et il ne faut pas confondre surtout marché porteur et effet de mode.» Les niches passagères, tels les bars à sourire, ont montré leurs limites. Et fermé leurs portes… «10% seulement des entreprises démarrent avec une idée nouvelle, c’est assez peu. Et puis, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner. 80% des entreprises qui s’appuient sur un réseau, qu’il soit privé et/ou public, type CCI, Business Angels ou Oséo, passent le cap des cinq ans. Ténacité, idée et écoute des autres, voilà la vraie recette.» Idem pour Olivier Guillin et sa divine alchimie : «une entreprise pérenne, c’est un rendez-vous réussi entre une motivation, un objectif bien ciblé, un contexte et un état d’esprit.» D’où, pour Sandra Le Grand, un seul mot d’ordre : «n’oubliez jamais que l’on a plus de chance d’obtenir ce que l’on demande que ce que l’on mérite.» Et de rajouter malicieusement : «encore faut-il mériter ce qu’on demande…»

 

 

 

Isabelle Auzias