««« Retour share
journal n°654 - 30/08/2012
Derrière les ors de l'Opéra
Nouveau chantier-école pour la Chambre de Métiers et de l'Artisanat. Au menu, la restauration du Grand foyer.

A la baguette, Pascal Parilla, formateur de son état, à la tête d'une brigade de neuf artisans volants : à quatre mètres du sol, ils officient de concert. Deux jours de formation aux ancestrales techniques pour rendre son lustre au plafond du Grand foyer (salle de l'entracte) au troisième étage du bâtiment, éprouvé par les ans et la pollution urbaine. Restauration et décoration, de la maçonnerie aux dorures, il s'agit d'apprendre. De savoir-faire et d'esprit d'équipe. De respect du patrimoine : l'objectif de ces "chantiers-écoles", bénévoles et surprenants. Sur les neuf artisans impliqués, six sont des femmes. Tous sont issus du département, sauf Claudia, nantaise, Compagnon du devoir, qui avait déjà répondu à l'appel de la Chambre de métiers maralpine pour la restauration de la façade de l'église de Colomars, en début d'été.

 

Tous ont donné de leur précieux temps pour parfaire leurs connaissances et partager leurs compétences. "Il ne s'agit pas ici de prendre du travail aux artisans locaux, mais bien de leur offrir une formation qualifiante", tient à préciser Pascal Parilla, qui sollicite ses anciens élèves pour participer à ces sessions à haute valeur historique ajoutée. "Il y a aujourd'hui un véritable intérêt pour les métiers manuels. Et nous sommes heureux, par l'intermédiaire de la Chambre, de proposer un ensemble de modules de formations très différents, de la préparation des supports et des couleurs à la maîtrise des patines ou à l'imitation marbre et bois. Nous leur apportons des notions. A eux ensuite de se perfectionner." Un partenariat gagnant-gagnant entre artisans et collectivités, qui profitent ainsi d'une talentueuse et impliquée manne pour restaurer quelques patrimoniaux chefs d'œuvre en péril.

 

 

ia_31_aou_artians_bas_de_5_300A l'école du partage

Ici, on fonctionne en binôme. Et ça n'est pas un hasard.

Sandrine Deruelle et Isabelle Mestreau ne se connaissaient pas. Pendant deux jours, elles ont occupé le même pont roulant. La première officie depuis 1997 dans son atelier à Vallauris, où elle restaure tableaux, cadres en bois doré et objets d'art. La seconde, artiste peintre, s'est spécialisée dans la décoration murale (Terre & Matière, La Colle-sur-Loup). Ensemble, les voilà plongées en immersion dans les techniques picturales du début XXe.

Passion, découverte, esprit de l'artiste originel à respecter, minutie, précision et patience, c'est à petites (re)touches et à quatre mains qu'elles peaufinent les angelots, au centre du plafond. "En tant qu'artisans, ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de travailler sur un site prestigieux, classé Monument Historique. En rendant la vie à ce plafond noirci que plus personne ne regardait, nous rendons aussi la vie au peintre qui l'a créé. C'est aussi l'occasion d'échanger entre professionnels, qu'il s'agisse de techniques ou de produits. Isabelle Mestreau m'a initiée aux glacis et aux patines." Même état d'esprit chez sa consoeur et coéquipière, qui profite pleinement de ce stage pas comme les autres: "c'est mon tout premier chantier-école, et je ne suis pas déçue. C'est un grand honneur... Et une belle carte de visite ! On prend énormément de plaisir à travailler sur une œuvre aussi ancienne. Le côté binôme est également très enrichissant. On s'apporte mutuellement. C'est une aventure humaine. A refaire sans hésiter."

 

Isabelle Auzias