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journal n°664 - 08/11/2012
CCItal : 15 ans, l'âge de raison ?
Si la plupart des élus et institutionnels semblent d'accord sur une coopération renforcée et l'émergence d'une grande région transfrontalière, quelques voix dissonantes se sont faites entendre. Et pas forcément là où l'on pourrait l'imaginer.

Anniversaire studieux pour la Chambre de commerce et d'industrie italienne de Nice, qui programmait au Boscolo Excedra une grande conférence bilingue et conviviale autour des territoires transfrontaliers face à la crise. Concernées, les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur (élargie à Rhône-Alpes), Piémont et Ligurie, avec une excroissance historique vers la vallée d'Aoste. "Renforcer et accélérer le développement économique de la métropole Nice Côte d'Azur, avec pour volonté finale de fédérer une grande Métropole internationale de la Méditerranée" : le message de Dominique Estrosi-Sassone se veut clair, le travail a commencé, et si une grande région transfrontalière devait être portée sur les fonts baptismaux, honneur en reviendrait à Christian Estrosi, géniteur de la Métropole originelle, qui raffermit ses relations avec Gênes. "Mais il faudra relever deux défis pour y parvenir : être beaucoup plus performants en diversifiant notre économie et en situant notre Métropole à la fois sur l'échiquier des grands territoires français, mais aussi sur de grands territoires étrangers." Une conquête en quelque sorte, pour rester dans le vocabulaire amoureux.

 

Voilà qui fait réagir Jean-Claude Guibal, député-maire de Menton, qui voit en ce rapprochement un territoire citronnier pris dans l'étau métropolitain. Et qui prône une unité nationale déclinée en coopérations "qui n'ont jamais bien marché jusqu'ici, il faut bien l'avouer" .

 

Agostino Pesce, directeur de la CCItal, rééquilibre en douceur les forces : depuis 2004, en partie grâce à cette CCItal, l'image de Nice aurait changé de l'autre côté de la frontière. Et l'institution a fait sa part d'ouvrage, en particulier au travers de belles manifestations in situ, comme l'Italie à table. La Région, qu'en pense-t-elle? Pour son vice-président Patrick Allemand, "oui, les relations se développent, au moment où nous affrontons une crise extrêmement dure dans les deux pays. Et il reste de nouvelles pistes à explorer, outre les leviers classiques du tourisme. (...) A l'heure de la mondialisation, et à l'échelle de ce que l'on appelle les pays émergents, la Chine, le Brésil, il faut nous adapter: Marseille et Gênes paraîtront toutes proches." Enfin pour peu que l'on arrive à imposer la LGV côté français, puisqu'elle est acquise, semble-t-il, de Gênes à Vintimille... "Si nous n'encourageons pas l'axe Gênes-Barcelone, nous manquons le défi de la première moitié du XXIè siècle".

 

Une bonne coopération commence donc par de belles infrastructures. Si le tunnel de Tende élargi laisse la France dans l'expectative, voire rétive devant l'afflux de camions dont il pourrait accoucher, la LGV est défendue par tous, même par Claudio Scajola, député du parlement italien (Ligurie) et ancien ministre de l'Intérieur et de
l'Industrie : lui-aussi préfère le tracé sud à une liaison ferroviaire Lyon-Turin, jugée trop onéreuse en ces temps de disette économique.

 

"Nous le savons, c'est l'échelon régional qui est pertinent", scande Patrick Allemand bien assis sur sa paroisse, "et nous avons toujours souhaité une Euro-région Alpes-Méditerranée, qui aurait pu être créée il y a deux ans déjà, retardée par les élections piémontaises. Il serait fabuleux pour nous que Nice se retrouve au cœur de cette Euro-région, avec plus de relations entre nos universités, nos entreprises..." Les volontés sont là, unanimes ou presque, l'Europe est dans la panade et se soucie bien peu des frontières. Et si la crise provoquait de nouveaux découpages ? Euro-région ou super-métropole ?

 

 

Isabelle Auzias