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journal n661 - 18/10/2012
Il faut sauver le soldat Euro
Oui, le navire a tangu. Mais de lavis des experts convoqus au 1er colloque sur la gestion de fortune (les 12 et 13 octobre Mougins), rien nest moins crdible que les potentielles menaces deffritement de notre monnaie unique. Preuves macro-conomiques lappui.

ia_19_oct_euro_p1_300Pour ce premier rendez-vous organisé par quelques grands noms de la gestion de patrimoine, l’on attendait le fort polémique Marc Touati, auteur d’un récent "Quand la zone euro explosera". Victime d’un léger accrochage, il sera excusé et remplacé par des confrères qui ne l’entendent pas de la même oreille. Mais l’on connaît l’esprit taquin de notre médiatique économiste : sans doute son titre a-t-il dépassé sa pensée. L’analyse d’un Sassan Golshani (Global Equities) ou d’un Eric Bengel, journaliste financier émérite, n’aura pas suivi son défaitisme. Et quelques participants auront même considéré comme excellent augure cette défection de dernière minute.
Pour Sassan Golshani, président général d’Assya Asset Management, la zone Euro n’explosera pas : elle serait même en passe d’être sauvée. L’on aurait vécu en 2012, et contre toute attente, la première trève depuis cinq ans. Souvenez-vous l’an dernier : l’été meurtrier sur la Grèce, la tempête, l’incertitude. Et si les Hellènes sont loin d’avoir réglé tous les problèmes, l’œil du cyclone est derrière nous. Pour comprendre, il faudra en passer par un petit tour du monde des économies. Et par une première constatation: d’un marché directeur, celui des USA, et de son satellite suiveur européen, nous sommes passés à une multitude de places émergentes qui prennent désormais la main et forgent, ensemble, l’économie du futur. Bon ou mauvais signe pour le vieux continent ?

 

ia_19_oct_euro_p3_300_01«Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’actuellement, il existe une forme de dichotomie, un découplage entre une situation macro-économique qui n’est pas forcément encourageante (poussée du chômage, ralentissement de la croissance, chute de la production industrielle…) et les décisions politiques, l’action des banques centrales qui ont été de réels facteurs de soutien du marché, qui ont sauvé la zone Euro, même si tout n’est pas réglé. En revanche, je pense vraiment que nous nous sommes éloignés de la côte dangereuse. Et que la survie semble aujourd’hui assurée.» Une problématique qui, pour Sassan Golshani, doit s’appréhender zone par zone.

 

En commençant bien sûr par les Etats-Unis: «le point positif, c’est l’emploi. Le chômage se réduit sensiblement, et la confiance des consommateurs est en hausse. Par exemple, les ventes de voitures reprennent. Le secteur du logement aussi. Néanmoins, il reste d’autres paramètres un peu moins encourageants, comme la baisse récurrente de la production industrielle. Quant à l’emploi, les chiffres sont parfois trompeurs : oui, les demandeurs sont à la baisse, mais il y a eu une sortie massive d’inscrits suite à un abaissement de la période d’indemnisation. Certains sont sortis des listes officielles. ça n’est donc pas complètement dû à une reprise copieuse de l’activité, et la précarité est elle-aussi en hausse.» Aux Amériques, il y a aussi le Brésil : «après un net ralentissement, le pays a retrouvé une certaine vigueur économique. Avec une belle reprise de la consommation, et surtout intérieure. D’où une sensible amélioration…»

 

Côté vieille Europe ? «La récession s’installe. Mais il faut faire la différence entre l’Europe du sud (Méditerranée) et celle du nord. Certains chiffres font froid dans le dos : en année glissante, la Grèce connaît une récession de 6%, et l’Italie de 3%, soit la pire situation qu’elle ait connue depuis la seconde guerre mondiale. La France (avec –0,3%) ou l’Allemagne (+1% de croissance) montrent des signes d’essoufflement. La zone Euro est molle, très molle… Avec une faiblesse évidente de la consommation, l’un des moteurs de l’économie.» Et si notre gouvernement s’est arrêté sur un taux de 0,8% de croissance pour 2013, le consensus de nos experts nationaux, lui, table plutôt sur un petit 0,4%. Problème : le budget, lui, est calculé sur les prévisions du gouvernement… «Si nous faisons effectivement 0,4%, ce sont 10 milliards d’euros de manque à gagner dans les caisses de l’Etat en retombées fiscales, à ajouter aux 30 milliards déjà évoqués dans la loi de finances initiale. (…)
La France n’est certes pas l’Allemagne, mais Mme Merkel, après avoir obtenu cette année ses objectifs de réduction du déficit, a annoncé… une baisse des impôts, qui va permettre mécaniquement de relancer la consommation, avec l’augmentation du revenu disponible des ménages. C’est aussi simple (et efficace) que ça, dans le cadre d’un plan de relance.»

 

Quid de l’Europe «émergente» ? «Des pays très touchés par la crise, comme la Tchéquie, la Hongrie, là où la sous-traitance automobile est omniprésente. Par contre, il y a quelques pays étonnants comme la Russie, ou la Pologne, la bonne élève de la zone Euro, avec une croissance de 2,8% et qui maintient son taux de chômage aux alentours de 8%, donc bien en dessous de la moyenne européenne.» Et si la Turquie n’est pas vraiment du club, la vigueur de son marché confirme son rang de potentielle puissance avec laquelle il faudra composer dans un avenir proche.

 

L’Asie, dans un contexte de ralentissement généralisé, conserve des taux de croissance qui, chez nous, font rêver : entre 7 et 8% pour la Chine… «Mais le pays doit absorber 100 millions de nouveaux travailleurs tous les six mois. La baisse des exportations traduit bien le coup de frein économique.» Le Japon décélère itou : «les tensions géopolitiques avec la Chine ne sont pas neutres, et tous vont y perdre… Des tensions qui masquent en fait des problèmes internes bien plus inquiétants.» Autre relative faiblesse, celle de la Corée du Sud, pourtant un indicateur de choix sur les marchés : les exportations, là-aussi, sont à la baisse. 

 

Les conclusions de ce tour du monde des marchés en convalescence ? «On observe une détente sur les différents taux des pays européens, et c’est un facteur positif de soutien à l’économie. Mais nous n’aurons aucune visibilité tant que l’Espagne ne demandera pas d’aide : l’Euro va vaciller, à la hausse comme à la baisse. Enfin, sur les actions, nous abordons une phase de consolidation. Mais pas de visibilité non plus, quel que soit le secteur.» On l’aura compris, le bateau Euro navigue à vue. Mais refuse son rôle de galère…

 

 

 

Isabelle Auzias