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journal n712 - 17/10/2013
Banque et morale, meilleures ennemies ?
Vaste sujet que celui choisi cette anne par lAEDBF Monaco pour son traditionnel rendez-vous. Et beaucoup drudition pimente dhumour pour la synthse de Me Hubert de Vauplane (Kramer Levin Paris), en fin de travaux.

Forcément décalé, le rapport final d’Hubert de Vauplane, inspiré malgré la fatigue d’un voyage tourmenté jusqu’en Principauté. Si l’on a coutume de dire que la banque est amorale (et non immorale), le raisonnement n’est pas si simple, et les multiples interventions, tout au long de ce 11 octobre, l’ont largement démontré. Car, à l’instar de bien d’autres activités commerciales, la façon dont une banque se comporte peut aussi être immorale… Avec un bémol pour Me de Vauplane : «plus que l’activité elle-même, ce sont plutôt les hommes qui l’exercent qui seront considérés comme tels.»

 

Toucher à la morale, c’est en aborder les nombreux rivages, qu’elle soit religieuse, humaniste, naturaliste, positiviste… Il y aurait donc autant de morales que de… banquiers. Et les combinaisons possibles se multiplient. Petit rappel historique, avec l’émergence d’une banque aux rênes de religieux mésopotamiens qui accordaient crédits aux paysans anté-déluviens. Le créancier était né, et ce bien avant l’apparition des premières monnaies.

 

Une question taraude depuis anthropologues et économistes : qui, du crédit ou de la monnaie, a débuté les hostilités ? Les avis divergent, et se retrouvent autour d’une date plus ou moins fixée à -600 ans avant JC pour l’apparition des piécettes, en Egypte, mais aussi en Chine ou en Mésopotamie. Quant aux intérêts et autres prêts, ils auraient précédé l’écriture. Partir de si loin pour évoquer la banque dans ses atours moraux ? Oui, sans doute, car il aura fallu distinguer la monnaie du crédit, l’une attachée à l’Etat comme attribut de souveraineté, l’autre enchaîné au commerce et aux hommes. L’autorité juridique se heurte à la bonne volonté individuelle… De quoi alimenter un débat sans fin. Que l’Etat contrôle la frappe de la monnaie, soit. Le crédit, lui, hors cadre juridique, par l’intermédiaire des banques, est sans frontière.

 

La question est ailleurs. Et plurielle. Tout d’abord, doit-on toujours rembourser ses dettes ? Et pourquoi ? Certes, il y a une exigence juridique, née du contrat de prêt, mais si l’on se place d’un point de vue moral ? Et tant pis si nos cultures de la vieille Europe en souffrent, les USA, eux, ont tranché par un proverbe dont ils ont le secret: «si tu dois 100.000$ à la banque, elle te tient. Si tu lui en dois 100 millions… tu la tiens.» CQFD.

 

C’est dans l’étymologie que se trouve une réponse: crédit, de credere (croire) ; dette, de debere (devoir), die Schuld dans la langue de Goethe (le pêché, la faute), tout nous renvoie étroitement à la religion, «à ce sentiment de culpabilité permanent développé par le christianisme occidental», complète Hubert de Vauplane. D’ailleurs, ne parle-t-on pas de «dette morale» par opposition à la «dette financière»? La dette morale engage l’honneur du débiteur, sa consoeur financière ne relève que de la confiance accordée par le prêteur au débiteur. La dette d’honneur est hors champ commercial, là se loge la différence. La dette financière, par contre, est quantifiable. A l'échelle d'un Etat, elle peut se transformer en émeutes, voire en révolution. Elle peut même s'avérer "odieuse" et pourquoi pas s'envoler... Là, plus d'obligation, ni juridique, ni morale. Et si morale il y a, elle tiendra en quelques lignes : la banque moderne, post XVIIIe, est devenue trop commerciale et pas assez humaine. Le désamour est consommé, et le banquier puni. "Prêter ne doit pas être seulement un calcul financier", prévient Hubert de Vauplane. Visiblement sans trop y croire...

 

 

 

 

Isabelle Auzias

 

 

 

 

Etaient présents Philippe Narmino, président du Conseil d'Etat, le doyen Philippe Neau Leduc, directeur scientifique du congrès, professeur à Paris-Panthéon-Sorbonne, Mesdames Porasso et Buisson (CCIN, SICCFIN), et quelques sommités locales et nationales, comme le doyen Patrick Rampal, Me Ezavin, Alain Ghozi, Pauline Pailler, Michel Santi,Antoine gaudmet, Dominique Legeais, Marina Teller, François Capdeville, Bertrand Brehier...