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journal n°716 - 14/11/2013
Grasse : une rentrée rythmée forte en émotions
Folle soirée ce 8 novembre pour les avocats du barreau grassois, entre nombreux rappels à l’histoire et percutantes festivités. Compte rendu en images…

Ils sont venus, ils sont tous là, derrière Me Jonathan Turrillo et Me Catherine Becret-Christophe, qui vivait là sa dernière rentrée solennelle avant que d’endosser son costume de bâtonnier, dans quelques semaines.

Et la Maison de l’Avocat n’aurait pu accueillir la foule d’invités et les diverses surprises du programme (chargé et ambitieux) : cap sur le Palais de Justice, et préliminaires dans la salle d’audience avec le consentement du président Ruffier.

 

Non, ce ne fut pas une rentrée ordinaire. En filigrane flottait le souvenir des glorieux aînés, tout particulièrement, en cette semaine de commémorations, celui des avocats du Barreau de Grasse tombés au front lors de la Grande Guerre.

De l’émotion, et un curieux clin d’œil de l’histoire, avec cette délibération quasi-centenaire lue par le Bâtonnier Turrillo, où les confrères d’alors s’alarmaient devant les difficultés rencontrées par… l’aide juridictionnelle, sujet ô combien d’actualité (voir notre vidéo). Une belle et caustique introduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre fol amour et belle justice, voire juste procédure, la frontière est ténue.

Et parfois le vocabulaire et la façon de (bien) le manier quelque peu… ambigus, comme l’ont montré les deux nouveaux secrétaires de la Conférence du Stage, ultime étape d’un concours d’éloquence réservé aux jeunes confrères, remis à l’ordre du jour après une brève interruption.

 

A la barre, le couple Aurélie Laversa-Vincent / Ludovic Loyer, unis à la barre pour une originale plaidoirie où robes noire et blanche se confondent en de réussies joutes oratoires sur fond de conflit amoureux et de slam (voir notre vidéo).

 

Une démonstration de force qui n’a manqué ni de précision ni d’humour, avec un dénouement… (d)étonnant, bien en phase avec l’esprit du jour, où la «caution solidaire» n’aura pas fait long feu face aux affres du quotidien.

 

 

 

 

 

 

 

Il régnait au Palais l'atmosphère des grands jours, imposante scène montée dans la salle des Pas perdus et foule de sièges pour profiter du spectacle. Courts discours protocolaires d’usage, émouvante lecture de mots d’antan, empruntés au Bâtonnier Léon Escolle, prononcés le 23 juin 1919 devant son barreau rassemblé, hommage aux combattants comme à ceux restés aux services d’arrière en raison d’un âge trop avancé, hommage surtout aux quatre membres du Barreau de Grasse qui ne sont jamais revenus : le capitaine Roca, les sous-lieutenants Jourdan et Laure et Me Salamite, morts pour la France, mais aussi «pour la défense du droit et de la justice.»


Ce 23 juin 1919, il était question d’apposer dans l’une des salles de l’ancien Palais de Justice une plaque commémorative, pour ainsi «donner un nouvel exemple de l’esprit de solidarité qui soit avant, soit durant la guerre, n’a cessé de nous animer, et nous montrerons aux générations futures que les membres du Barreau de Grasse ont su, comme tous ceux des autres Barreaux, défendre la cause la plus sacrée entre toutes : celle de la Patrie».

 

Et le Barreau aujourd’hui se souvient, transférant ladite plaque au cœur de l’actuel Tribunal, et proposant un réel moment de grâce où un brillantissime Orchestre des Percussions de la Côte d’Azur aura rendu lui-aussi son hommage appuyé aux soldats disparus, en s’attaquant au Concerto pour la Main Gauche de Maurice Ravel, œuvre tout en symboles, accompagné par une habitée Valérie Bautz pour la partie piano. Sur l'avant-scène trônait un casque de Poilu, solennel et solitaire, impassible aux vibrations imposées par l'orchestre.

 

 

On connaît (et l'on plébiscite) l’originalité affichée du Barreau. La surprise suivante viendra des jeunes musiciens de l’Orchestre des Percussions (avec parmi eux un certain… Simon Turrillo, fils de l’honorable chef de cérémonie) : place à une incroyable batucada, tambours en bandoulière pour guider les invités du Palais à l’Espace Chiris, quelques centaines de mètres sévèrement rythmées dans les rues de Grasse, endiablé cortège, applaudissements soutenus devant cette débauche de dynamisme revigorante.

 

La petite grimpette n’aura dérouté personne, mais en aura étonné plus d'un : au passage de l'insolite troupe, les fenêtres s'allument, et les riverains, surpris, tapent des mains en cadence. Plutôt une mise en jambes pour la soirée à venir, jazzy et musicale avec le concours de La Tribu et de ses clinquants cuivres. Apéritif dînatoire apprécié et gourmand, piste de danse prise d’assaut, salle redécorée aux allures de boîte branchée…

 

Décontraction exigée, les talons tombent et l’on danse pieds nus jusque tard dans la nuit, une coupette en main et un large sourire aux lèvres. Et si le dossier de l’aide juridictionnelle est toujours en attente, il est une affaire, à Grasse, que l’on sait plaider toutes spécialités confondues : celle de la confraternité…                                                                          

 

 

 

 

 

 


                                                              
Isabelle Auzias