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journal n646 - 04/07/2012
Aux armes, investisseurs
Le geste est quasi-patriotique en cette priode morose. Et Georges Dao y adjoint l'action, en concrtisant son attendu fonds d'investissement ddi aux jeunes entreprises innovantes.

Au commencement était l'UPE, dans laquelle l'homme s'est largement engagé, prenant les rênes de la commission Développement Economique Durable : Georges Dao a fait du triptyque "attractivité-compétitivité-excellence" son fer de lance, baptisé BA06 pour Business Accelerator. D'une manifestation annuelle, qui regroupait jeunes entrepreneurs, financeurs, donneurs d'ordres et experts divers, le concept s'est peu à peu élargi à une aide plus pérenne en direction des entreprises innovantes à fort potentiel de croissance. Et aujourd'hui, le process est en place, à l'aube d'une obligatoire validation de l'AMF (Autorité des marchés financiers) : un fonds d'investissement de 10M€, sur une durée de 10 ans, avec pour objectif avoué une liquidation dès six ans pour récupérer sa mise majorée de potentielles plus-values. Premier constat : l'ambition... Mais Georges Dao y croit. "10M€, c'est une échelle suffisante. Souvent, ici, on attaque les projets trop bas, et on n'a pas les moyens de les mener à terme ou de bien les mener. Nous tablons sur l'accompagnement d'une quarantaine d'entreprises innovantes, avec des investissements de 100.000€ à un million." Il aura fallu au préalable bâtir les fondations d'une association dédiée, BA06 Accompagnement, chargée de la sélection et de l'appui financier des projets. Il aura fallu aussi trouver des partenaires : une société de gestion (Equitis), un soutien juridique (cabinets Askesis et Alpha Legal Vaughan), un commissaire aux comptes (KPMG). Et s'assurer de belles signatures côté investisseurs. C'est aujourd'hui bouclé, même s'il reste quelques millions à débaucher pour atteindre la dizaine.

 

Ils s'appellent Anny Courtade, Gilbert Stellardo, Stéphane Cherki ou Patrick Zucchetta : tous sont de sacrées références dans le monde de la réussite entrepreneuriale. Ils ont donné l'exemple : déjà 17 promesses d'investissement privé (pour 1,7M€), trois banques hameçonnées (plus d'un million dans la balance), et le solide soutien de la Caisse des Dépôts si ces promesses se concrétisent, ce dont Georges Dao ne doute pas : "tous sont sérieux, cela aura même un effet d'entraînement sur les autres... Le plus dur, c'est de démarrer. Et nous avons démarré."

Avant l'argent, la réflexion : il s'agit d'articuler tous ces leviers dans un même sens. Georges Dao enchaîne : "il est très important d'ouvrir des passerelles pour permettre aux entreprises innovantes des Alpes-Maritimes d'accéder aux marchés. Dans cette optique, nous sommes en train de créer un club de donneurs d'ordres, qui vont accepter de recevoir ces créateurs à fort potentiel, afin de tester leurs produits et leur démarche commerciale. Et devenir clients si possible." Premier écueil : "une insuffisance d'investissements flagrante pour assurer les débuts. Voilà pourquoi nous lançons ce fonds, qui sera complété par un fonds de dotation pour faire du pur mécénat, dans un concept solidaire. Nous sommes tous bénévoles, nous ne sommes pas là pour faire des bénéfices."

 

Mais pour qui, ce salvateur fonds? "Notre objectif est de financer de 30 à 40 entreprises. Dans des domaines reconnus sur notre territoire, je pense aux TIC (techniques de l'information et de la communication), aux éco-technologies (construction, énergie...) et bien sûr aux services. Trois domaines très porteurs dans les 10 ans à venir. Nous avons des richesses, utilisons-les!" Les critères, pour espérer un financement? "Habituels, que ce soit côté créateur ou produit. Il faudra convaincre bien sûr le comité d'engagement (huit membres désignés par les investisseurs), il faudra aussi qu'il y ait un fort potentiel de croissance, pour générer de l'emploi. Pour l'investisseur, c'est aussi la garantie d'un bon retour. Cependant, nous demandons un peu plus : d'abord que les créateurs sélectionnés soient ouverts à nos conseils et à nos efforts. Ensuite, qu'ils aient un esprit développement durable, car aujourd'hui, les entreprises qui veulent progresser doivent réfléchir sur leur environnement au sens large si elles veulent vraiment perdurer."

Dernier critère, et non des moindres, montrer patte blanche quant à l'avenir : "dans nos choix, nous allons aussi nous pencher sur l'ancrage territorial. Il existe des solutions pour garder son activité ici. A nous de former les dirigeants dans ce sens. Et aux collectivités locales de nous donner un coup de pouce, en proposant des incubateurs, des locaux, en facilitant les installations." Un discours qui, visiblement, porte. Nice Côte d'Azur ou Pôle Azur Provence, tous soutiennent BA06. Pour Jean-Pierre Leleux, sénateur-maire de Grasse, c'est même la clef : "au delà de la qualité des animateurs de ce fonds, l'objectif est intéressant pour nos territoires. C'est d'ailleurs notre exacte stratégie, avec notre pépinière InnovaGrasse et notre programme Arômagrasse que nous inaugurons cette semaine. Il ne faut pas qu'après deux ans de soutien, les entreprises partent ailleurs. Quand la collectivité publique s'engage, elle doit être assurée d'un retour. En faisant vivre notre économie. En créant des emplois sur notre bassin."

 

Pour l'heure, il y aurait déjà, côté entreprises innovantes, une bonne centaine de postulantes, souvent déjà rencontrées lors des deux premières éditions du Business Accelerator. Il y en aurait 200, dans notre département, capables de prétendre à cette croissance obligatoire pour pouvoir accéder au fonds. Georges Dao, lui, continue sa croisade, fort de ses premiers engagements encourageants. En juillet sera déposée la demande d'agrément à l'AMF, pour une réponse attendue en septembre. Les promesses d'investissements déjà récoltées pourront alors se concrétiser, et le travail de BA06 devenir effectif. Le moral de Georges Dao semble inébranlable : "le patrimoine des Alpes-Maritimes? 25 milliards d'euros... Alors, si nous n'arrivons pas à détourner 10M€ sur l'économie locale, c'est que nous ne sommes vraiment pas bons. Je n'y crois pas." Et même s'il reste un an et demi pour réunir l'ensemble de la somme, Georges Dao l'assure, les entreprises pourront en profiter bien en amont. Quant aux investisseurs, même si le risque est évident, BA table sur un taux attractif de 12% pour décider les retardataires...

 

Isabelle Auzias

Montage : Lizza Paillier