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journal n707 - 12/09/2013
Ne tirez pas sur la plaisance !
Au salon ddi de Cannes, qui se droule actuellement autour du vieux port, la Fdration des Industries Nautiques pousse un cri dalarme : si les taxations diverses et varies continuent, la filire va droit au naufrage.

Quelques-uns des plus beaux fleurons des mers sont là, pour illustrer une (grande) plaisance qui fait toujours rêver. Et surtout, qui draine dans ses filets une foule d’activités, de la réparation à l’entretien en passant par l’équipement ou la gestion d’équipages. Si la vitrine est belle, le moral est en demi-teinte. Pas vraiment de vents contraires, mais une solide pétole qui s’attache à la conjoncture économique générale. Et pour les Alpes-Maritimes, enjeux il y a : l’ensemble de la filière nautique représente quelque 3.250 emplois pour 926 entreprises recensées (chiffres Sirius-CCI 2011). Ils étaient 3.700 en 2008, sur un territoire où le service aux plaisanciers et le yachting sont les deux mamelles de l’économie côté mer. Alors certes, on nous dira que l’emploi repart à la hausse. Mais pour un secteur presqu’uniquement composé de TPE-PME, il s’agit surtout d’auto-entrepreneurs sur de mini-structures, fragiles, fluctuantes. Pour preuve : sur le seul yachting (367 établissements maralpins), les entreprises de plus de 20 salariés ne représentent que 2% des sociétés, pour plus de 30% du chiffre d’affaires global du segment. Dans ce contexte délicat, les professionnels s’insurgent contre le poids des taxes qui poussent les plaisanciers à naviguer dans d’autres eaux. Ou à réduire la voilure sur l’entretien de leurs petits bijoux flottants. Pourtant, sur le salon cannois, l’on se veut optimiste.

 

Bien défendus, mieux formés et débarrassés du pic de cette maudite crise, les exposants veulent y croire. Certains voient même d’heureux rivages dans un export démultiplié, comme Bénéteau, leader du marché de la plaisance, qui prévoit en 2014 une reprise sur l’international et qui s’y prépare. Et si le Made in France résistait mieux à la vague ? Encore faut-il lui en donner les moyens.

 

Palais des Festivals, 11 septembre, 18h30, les professionnels de la filière nautique locale sont invités à débattre des grandes orientations du segment et à dresser leur liste de doléances devant Jean-François Fountaine, président de la Fédération des Industries du Nautisme (FIN), Gérard Lachkar (AGL Marine), son administrateur local, et Bernard Kleynhoff, président de la CCI, institution partenaire. Conjoncture, actualités, prospectives, opportunités et besoins, les thématiques sont larges, même si l’ennemie est désignée : la taxation à tout crin qui sévit et prospère. Une aberration pour nos hautes instances rassemblées et unies. Surtout sur un tissu de PME-TPE qui aura bien du mal à redresser la barre devant cette avalanche fiscale : «de petites entreprises que l’on oublie un peu au profit de la grande plaisance, mais qui constituent l’essentiel de notre activité endogène», souligne Gérard Lachkar, «des entreprises qui n’exportent pas, qui vivent de la demande. Alors si effectivement il y a trop de taxes, et que nous faisons fuir les plaisanciers, seuls apporteurs économiques, ce sera terminé. Ces taxes, elles sont quelquefois justifiées, quand il s’agit de services offerts par les ports par exemple. Mais certaines restent opaques… Nous sommes en train de les répertorier.»

 

Flagrant délit de développement durable exagéré ou réglementations douanières sont dans le collimateur d'une FIN qui met en avant quelques atouts à faire valoir auprès de nos parlementaires pour changer de bord : «aujourd’hui, les parcs marins nous font beaucoup de mal, certaines catégories de bateaux ne peuvent plus y accéder, c’est le cas dans les calanques, ou dans les bouches de Bonifaccio. Pourtant, la plaisance est le premier financeur du Conservatoire du Littoral…» Amer paradoxe pour les navires à moteur. Bernard Kleynhoff renchérit: «dans ce pays, on aime par dessus tout taxer ce qui fonctionne, et faire en sorte… que ça ne fonctionne plus, en se tirant une balle dans le pied.» Même aigreur chez Jean-François Fountaine : «il faut faire très attention, la plaisance, ça n’est pas la poule aux œufs d’or. Cette année, avec des taxes plus importantes, c’est un mauvais coup pour nos métiers, et un mauvais coup pour les taxes elles-mêmes puisque l’activité régresse.»

 

Une régression que l’on observe au niveau national: -22% pour les immatriculations françaises, voile et moteur confondus, de bateaux neufs. Et cela fait deux ans que ça dure… Le ralentissement est significatif, et les distributeurs souffrent. Sur le marché de l’occasion, il y a du mieux. Tout au moins une certaine stabilité, même si les valeurs se sont un peu tassées sous l’effet de la crise. Côté local, les répercussions se font sentir jusque sur des entreprises que l’on peut qualifier d’emblématiques, de Rodriguez Group à Elvström (voilures). Les rescapées, il faudra les chercher sur l’activité export: «ce qui se dit aujourd’hui, à l’heure où les bilans ne sont pas encore définitifs, c’est qu’il y a dans le monde des marchés en croissance. Et que l’Europe du Nord serait plutôt sur une relance, Allemagne ou Scandinavie. Hors Union, il faut rester prudents : les volumes de ces marchés émergents sont ténus, et ils restent hésitants», détaille Jean-François Fountaine.

 

Il reste la magie cannoise : «c’est le plus beau salon d’Europe, personne ne fait mieux. Gênes a bien essayé, sans succès. C’est pour ça qu’il faut le soutenir», et Gérard Lachkar s’y emploie. Parmi les 480 exposants, une quarantaine d’Azuréens. «Cette 35e édition se présente bien, au vu de ces deux premières journées», argumente Bernard Kleynhoff, qui scrute l’horizon avec un nouvel espoir : l’avènement d’un centre de formation dédié à la mer sur la darse de Villefranche, peut-être dès l’année prochaine. Du sang neuf, des compétences, la relève… Si dans les Alpes-Maritimes la topographie et la législation semblent obturer toute tentative d’élargissement ou de création d’envergure côté ports de plaisance ou chantiers navals, il est une voisine qui, elle, a vu grand : les Bouches-du-Rhône se jettent à l’eau avec un plan d’investissement de 100M€ sur 20 ans à La Ciotat. Objectif : livrer d’ici 2035 3.000 méga-yachts ! Gérard Lachkar y croit: «oui, il y a une French Touch dans la filière nautique, chez nos architectes, nos designers. S’il n’y avait pas cette French Touch et l’export, nous ne vendrions pas 70% de notre production nationale». Et ce n’est pas Bénéteau qui le contredira.

 

 

 

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias