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journal n°717 - 21/11/2013
Industria 2013, hauts les cœurs
L’année dédiée s’achève sur une note que l’on veut positive : oui, c’est de l’industrie qu’il faut attendre le meilleur, en termes de croissance, d’emplois, d’avenir. Le message que nos institutions ont soutenu de concert sur le salon cagnois.

Cela valait bien une soirée de clôture sans doute : préliminaire au salon Industria, une rencontre-événement pour dire adieu à «2013, année de l’industrie» dans toutes les CCI de France. Et quel meilleur endroit que notre forum azuréen pour conclure sur une bonne et collective note…

Invité d’honneur, Guy Métral, président du Comité d’orientation stratégique Industrie de CCI France, venu recueillir le témoignage de nos précieux entrepreneurs locaux. Le spectre des interventions se veut large, aussi large que le nombre de filières impactées : innovation, développement durable, ressources humaines, transferts de technologies, partenariats avisés, formation et accompagnement, tout est bon dans l’industrie. Et avec ses 12 ans d’âge, Industria se révèle être un rendez-vous pérenne tout à la gloire de la sacro-sainte promotion azuréenne, impulsée par l’APPIM et son président Sfecci aux manettes depuis trois ans déjà, particulièrement actif. «Ce que nous voulons, c’est délivrer un message positif, et surtout faire connaître nos métiers, dont certains sont en tension. Nous cherchons en vain des soudeurs…»

Cap donc sur une meilleure (in)formation, pour un secteur économique qui représente peu ou prou 10Mds€ de chiffre d’affaires pour 32.000 emplois sur le département. «Une très forte contribution à la vivacité du tissu local, avec un maximum d’innovations à la clef.» Un enthousiasme partagé, à quelques degrés d’écart certes, que l’on regarde de Nice ou de Marseille… Il n’en reste pas moins une constante : si tout décline en région PACA depuis quelques décennies, c’est sans doute moins flagrant du côté industriel. Alors, un bon signe ?



Gagner en compétitivité, comment répondre dans l’urgence ? Vaste thème abordé par des CCI bien campées en première ligne, toutes impliquées dans le même souci : l’accompagnement au quotidien, qui commence par un rapide et chiffré état des lieux. Sur la base d’une étude INSEE réalisée sur le pôle industrie PACA en début d’année, notre région dénombrerait 141.000 emplois sur le secteur, soit 9% des postes salariés. Bien en deçà de la moyenne nationale, au 7e rang du tableau général. Pas d’exploit de ce côté-là.

Ce que l’on prône plus volontiers, c’est la relative stabilité des filières par rapport aux autres territoires. Là aussi, l’explication est plutôt simple : chez nous, pas d’industrie lourde fortement impactée par les successives crises, ni auto, ni textile, ni métallurgie pure et dure… Du coup, au premier semestre 2013, les statistiques sont formelles : ce sont les entreprises industrielles de plus de 50 salariés qui supportent le mieux le choc conjoncturel. Leur secret : une salvatrice ouverture à l’export, cruciale lorsque le marché intérieur s’affaiblit. Et la CCI régionale, emmenée par Dominique Estève, de rappeler son rôle prépondérant en matière de soutien à l’international.

 

Qu’en pense Guy Métral, notre Monsieur Industrie made in Savoie ? En tribune à Industria, il se dit «bluffé» par la qualité des Alpes-Maritimes, «surtout avec Sophia Antipolis». Lui rappellera aussi la vocation lobbyiste des CCI au niveau national, «qui représentent notre réseau dans les ministères ou à l’international, et qui assurent la gestion et la coordination des projets.» Il croit beaucoup en 2014, «année de l’innovation», pas si loin de 2013 dans l’esprit et dans les troupes. «On a besoin de parler de l’innovation, on n’en parle pas assez en France.» Séance de rattrapage programmée…

 

Point fort de cette année dédiée qui s’achève : l’édition d’un guide recensant les 700 métiers de l’industrie, comme une évidence pour les CCI qui, outre l’accompagnement, se présentent aussi comme partie prenante sur le volet formation. Les multiples événements, des rencontres locales au Train de l’industrie avec Arnaud Montebourg en chef de gare (20.000 jeunes accueillis sur l’ensemble du voyage), auraient rassemblé près de 80.000 visiteurs.

 

Mais revenons aux chiffres avec Bernard Kleynhoff : «non, nous n’avons pas d’image industrielle ici, même si nous représentons plus de 9Mds€ de chiffre d’affaires pour 30.000 emplois.» Le Livre blanc que l’entité nationale veut concocter, il en connaît déjà les arcanes : «nous étions précurseurs, il est prêt depuis 2010.» Il faut dire qu’alors, nous avions le ministre qui va avec. Sa pierre à l’édifice industriel ? «Nous avons réussi à emmener de toutes petites TPE à l’export, nous les avons guidées auprès des services de l’Etat, nous les avons conviées à chasser en meute, avec de grands groupes à leurs côtés. Nous avons uni nos forces, CCI, APPIM, UIMM… Oui, l’industrie azuréenne existe, et pas seulement à Grasse, il y a Cannes et l’aérospatial, Sophia et la défense, Carros et les produits vétérinaires ou pharmaceutiques.»

Pour le président Kleynhoff, nous souffrons surtout d’un manque de formations à disposition. Et d’un déficit de compétitivité par rapport à notre cousine allemande. L’espoir viendrait de notre capacité à (bien) réagir : Texas Instruments, 517 emplois perdus, et déjà 400 solutions trouvées… Réembauches, formations, reconversions, et même créations d’entreprises.

 

Avec Dominique Estève arrivent d’autres courbes, plus complexes, répondant tout de go aux propos de la DIRECCTE, elle-aussi invitée aux agapes industrielles cagnoises : «il y a aujourd’hui pléthore de mesures en direction des entreprises. On s’échine à leur rendre ce qu’on leur prend en amont. Résultat, seules 40% d’entre elles les maîtrisent.» Aah, la sagesse marseillaise à la sauce niçoise…

Et la recette ne peut aller qu’en s’améliorant, avec l’arrivée de Patrick Allemand aux rênes du développement économique de PACA (voir notre colonne). Lui s’enorgueillit d’un territoire truffé de pôles de compétitivité, de PRIDES et autres regroupements autres que les meutes privées. «Il faut se rapprocher des travaux d’Arnaud Montebourg sur 34 filières d’avenir, se positionner. C’est la première fois qu’un tel effort de prospective est fourni, et nous avons ici les moyens de réagir dès maintenant.»


L’industrie aurait-elle réussi ce que la politique défait ? Une sorte de consensus, même sur des terres encore en jachère, où pourtant de jeunes pousses entrepreneuriales commencent à s’implanter ?

 

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias