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journal n718 - 28/11/2013
Avec Daniel Herrero, stage intensif de rugby en salle
Le lion toulonnais na rien perdu de sa superbe, et sa faconde vaut amplement ses exploits dantan. Non, Antha nest pas tombe sur le chien

Fond noir, crinière blanche, bandeau rouge. Le plaisir du contact immédiat, le tacle verbal facile, la provoc' au bout des lèvres, et le talon bien planté en poétique Ovalie. L’homme a de l’âme, et ça se sent. La conquête de l’arène est presqu’immédiate: carte blanche offerte par Daniel Benoin à Daniel Herrero, l’homme des planches contre celui du stade, pris dans une collective mêlée de bons mots.

 

Daniel Herrero sur scène, c’est d’abord de la générosité : deux mi-temps plus la pause sans reprendre son souffle, un jeu permanent avec la première ligne de spectateurs, parfois même avec les arrières, en milieu de salle. Ça n’est pas un one man show, c’est comme au rugby c’est un travail… d’équipe, qui s’est joué à guichets fermés et à gorges déployées.

«Ma mère aimait les mots, mon père aimait les matches» : d’où sans doute cette reconversion réussie -et donc atavique- pour Daniel le sauvageon des vestiaires, qui cite les philosophes comme on lâche un drop.

D’ailleurs, en écoutant entre les vannes, ne sera-ce pas une fabuleuse leçon de vie que nous délivre l’entraîneur d’un soir? Comme coach en entreprise, ce serait le grand Chelem. Tout vient des tripes, Tonton Platon l’affirmait déjà : dans ce cas, en voilà un sévèrement tripé, avec du cœur au ventre.

Et lorsqu’Herrero narre l’Ovalie, là, tout à coup, même le poulpe le plus sceptique se prend à rêver d’affronter un car de All Blacks. Parfois, on sent même les épaules et la tête du voisin qui se relèvent. Les mots ont donc un pouvoir, pour peu qu’on les dise avec conviction.

Et c’est cela, le talent d’un Herrero, fort, seul, loin de son pack et pourtant victorieux. Gouleyant et appliqué, qui monte son spectacle comme on élabore une stratégie.

Et la victoire est au bout : une salle qui chante en langue provençale, Toulonnais et Antibois main dans la main, purs sportifs et équipés du bocal en communion.

Lui continue son tour de passe-passe, interpelle le public comme on demande le ballon. Même Daniel Benoin, au premier rang, ne semble pas si loin de courir acheter son billet pour Cardiff…

 

Une carte blanche réussie qui en augure bien d’autres, et qui place Anthéa loin du hors jeu sur l’échiquier de la (bonne) surprise. Prochain rendez-vous le 16 décembre avec Bernand Venet.

 

 

 



Isabelle Auzias