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journal n649 - 22/07/2012
Parc pluvieux, Parc heureux
Premire sortie officielle de Delphine Batho, ministre de lcologie, pour la naissance du parc naturel rgional des Pralpes dAzur.

ia_27_juillet_pnr_p1_300Caille, Alpes-Maritimes, 340 âmes, et un orage du tonnerre pour accueillir Delphine Batho, nouvelle promue à l’écologie du gouvernement Ayrault. A la baguette pour cette symphonie sous la pluie dédiée à Dame Nature, Yves Funel, maire de la commune, et surtout Marc Daunis, sénateur-maire de Valbonne et premier président du Parc naturel régional (PNR) des Préalpes d’Azur, dont on fêtait ce dimanche l’officiel avènement en grande pompe : 45 communes adhérentes, main dans la main pour prôner un nouvel art de vivre, pour un essor maîtrisé, mais concret de notre arrière-pays. Et si le premier argument avancé reste la sacro-sainte biodiversité, l’on parle aussi de développement économique, d’aménagement du territoire, d’accueil et de tourisme. Il aura fallu cinq longues années pour que le projet aboutisse, et que les Préalpes d’Azur deviennent le 48è PNR de France. Et quel meilleur symbole que la commune de Caille pour porter le parc sur les fonts baptismaux : une vocation agricole à renforcer, entre plaine et forêts, des commerces qui perdurent malgré la désertification… Mais il est vrai qu’ici, l’on aurait plutôt tendance à se re-densifier, et que quelques initiatives, comme le bistrot de pays labellisé en plein village ou la vente de produits locaux, pousseraient même à l’optimisme, maîtrisé lui-aussi, mais partagé avec les terres environnantes : Gourdon, Saint-Auban, Coursegoules ou Gréolières, tous les villages étaient de la fête, à travers de nombreux stands, pour présenter leurs activités. Que leur apportera ce PNR tant attendu ? Pour l’heure, beaucoup d’espoirs…

 

 Elus, de droite et de gauche mêlés, présidents ou représentants des chambres consulaires, socio-professionnels, associations, partenaires : tous rassemblés sous la bannière du PNR nouveau né. Une consécration pour Marc Daunis, très en forme malgré les caprices de la météo. «Nous avons su surmonter les intérêts personnels ou catégoriels pour une ambition générale, en faveur d’un patrimoine à transmettre aux générations futures. Avec la volonté que ce territoire soit vivant, sans la nostalgie d’un passé un peu morbide, rude. Créer un PNR, c’est trouver le bel équilibre entre le développement économique, la présence humaine et le respect de la biodiversité. C’est un énorme privilège.» Un événement majeur qui n’aura pas déplacé les ténors de notre droite locale ou métropolitaine, n’en déplaise à cette «entente cordiale» où Charles-Ange Ginésy représentait plus le Conseil général que sa propre circonscription. Et qui profite de la visite de Delphine Batho pour «vendre» le projet de centrale énergétique de Saint-Auban et son champ de panneaux solaires sur 36 hectares, histoire de l’éclairer sur ce projet… départemental. La Région se rebiffe illico, renvoyant le député dans les cordes du temps de parole réglementaire. Et Michel Vauzelle reprend la main : pour le désormais historique président de Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui gère déjà cinq PNR sur son territoire et en soutient quatre à venir, les vertus d’un bon parc dépassent allègrement le caractère physique. «Dans une période de crise économique et sociale, nos parcs préservent non seulement la nature, mais aussi un modèle de société (forcément républicain), dans des paysages qui portent notre identité.» Voilà l’entité territoriale propulsée dans l’univers de la morale, de la philosophie, de la politique non politicienne. «Non pas pour exclure les autres, mais pour mieux les accueillir, dans le respect de l’environnement et de ceux qui vivent et travaillent au pays.»

 


Des propos confortés par Delphine Batho, qui prend la parole alors que l’orage redouble : «si je suis ici aujourd’hui, c’est pour marquer symboliquement la présence du gouvernement à vos côtés, pour marquer aussi la dimension d’intérêt national de cet événement, la reconnaissance d’un territoire magnifique, d’un patrimoine exceptionnel à bien des égards.» Et la première préoccupation reste… la biodiversité. Naturelle, mais également des intérêts : scientifique ou économique, même combat. «Avec la tradition des plantes aromatiques, qui fait l’identité de cette terre.» En bon Grassois, Jean-Pierre Leleux gonfle le torse : sa ville ne fait pas partie du parc, mais pourrait bien en tirer les substantifiques essences grâce à cette promesse de développement local. Pour la ministre de l’écologie, «la biodiversité, c’est d’abord la diversité naturelle des êtres vivants et des éco-systèmes, et la dynamique de leurs interactions. Il faut garder une nature vivante.» Elle-aussi parlera de crise, financière, sociale, écologique bien sûr, avec des ressources qui s’épuisent : «une crise de notre modèle de développement, et notre génération a ses responsabilités. Il faut organiser une mutation, une transition vers la civilisation du développement durable. Et votre projet s’inscrit dans cette perspective d'une économie locale pérenne, capable de se projeter dans l’avenir en expérimentant des solutions innovantes.» Le public, attentif et humide, n’en saura pas beaucoup plus, mais approuve. Il faut dire qu’une ministre, ici à Caille, ça en impose. Et ça rassure : «il ne s’agit pas de mettre le territoire sous cloche, mais au contraire de favoriser des dynamiques nouvelles, profondément tournées vers la modernité.» Pour l’heure, il s’agira d’appliquer une charte commune, révisée tous les 12 ans, et d’essayer de s’entendre sur la valorisation d’un territoire. Une sorte de Métropole… version montagne.      

  

 

Isabelle Auzias