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journal n663 - 31/10/2012
Nos entreprises en danger
Un an aprs sa cration Nice, le bilan du Centre dInformation sur la Prvention des difficults des entreprises (CIP 06) est sans appel. La situation saggrave.

Experts-comptables, commissaires aux comptes, avocats, magistrats consulaires honoraires du Tribunal de commerce, institutions, syndicats patronaux et associations : pressentaient-ils le malaise des entreprises, en s’associant, au sein d’un CIP départemental, afin d’informer les dirigeants sur les différents dispositifs aptes à contourner leurs difficultés ?

En clôturant le premier exercice, le président Michel Papet ne s’est pas voulu rassurant : «nous allons assister en 2012 à un record de défaillances d’entreprises. Entre 63.000 et 65.000 en France… Du 1er janvier au mois d’août, sur le territoire niçois, on en dénombrait 536 à faire l’objet d’une procédure judiciaire ou collective, contre 443 sur la même période en 2011. A l’échelle du département ? Une augmentation de 7%, avec 1.013 entreprises concernées contre 944 l’année précédente…»

Mais pourquoi donc la France (selon une récente étude du cabinet TAJ) affiche-t-elle un taux de défaillance plus élevé que ses voisins européens ? «C’est ce qui m’a surpris», avoue le président. En 2011, le pays cumulait 59.624 procédures collectives, contre 30.099 pour l’Allemagne, 18.044 pour la Grande Bretagne, et seulement 12.094 pour la toute proche Italie pourtant terrassée par la conjoncture. «La pression fiscale, le niveau des charges sociales, le manque de capitaux propres sont évidemment des éléments à prendre en compte. Mais cela n’explique pas tout…»

 


Ce qui plomberait le pays, bien plus que le coût du travail ? «Les chefs d’entreprises n’essaient de trouver une solution à leurs difficultés qu’au dernier moment, quand la situation est quasi désespérée. Les procédures amiables ne sont pas suffisamment utilisées. Le rôle d’information du CIP sur les outils mis à leur disposition en sort renforcé.»

Car l’on constate effectivement une dégradation du climat des affaires, et plus personne n’ose affirmer que l’économie française réussira à éviter la récession. Du 0,8% prévu par le gouvernement, la moyenne des experts avait répondu par un plus timoré 0,4% de croissance. Pour l’INSEE, ce serait même du 0,2% pour 2012.

Autre signe tangible de cette mauvaise santé générale, le recul de 1%, toujours pour la période janvier/août 2012 par rapport à 2011, des créations d’entreprises. Et Michel Papet décortique : «les carnets de commandes sont en baisse, le BTP connaît un net tassement de son activité, les ventes de voitures neuves chutent. Pour l’immobilier, c’est une année noire, avec -30% sur les ventes et -20% sur les permis de construire. Jusqu’au marché du prêt-à-porter, qui a connu au premier semestre un recul historique… Une situation générale que nous retrouvons à l’échelon départemental. Ici, la création d’entreprises est surtout soutenue par les auto-entrepreneurs. Et l’on a maintenant un peu plus de recul sur ce statut particulier : 9 sur 10 dégagent un revenu inférieur au Smic, et ils ont très souvent une autre activité.»

 

Mais qui sont, dans les Alpes-Maritimes, ces entreprises en difficulté qui viennent chercher conseil auprès des experts du CIP, deux jeudis par mois, une fois à la CCI, l’autre à la Chambre de métiers ? Pour Michel Papet, «le principal problème soulevé est celui de la trésorerie. Faut-il vraiment laisser croire que l’on peut créer une affaire sans un minimum de capital ?» Et si les statistiques du centre maralpin ne sont pas très précises, c’est qu’il s’agit avant tout de garantir, lors de ces rendez-vous, la confidentialité des informations, données dans un cadre anonyme. Sur les 55 entreprises accueillies en 17 sessions, pour cette année 2011-2012 d’activité du CIP 06, on comptait 39% de commerçants, 25% d’artisans, 32% issus du secteur des services, 2% de professions libérales et 2% d’industriels. «Majoritairement des SARL (pour 65% d’entre elles), pour 24% d’entreprises individuelles, et paradoxalement peu d’auto-entrepreneurs (4%). Nous recevons essentiellement des PME-TPE, avec quatre salariés en moyenne, qui réalisent jusqu’à 4,9M€ de chiffre d’affaires, pour un résultat net qui varie entre -500.000 et 63.000€.»

On l’a dit, les difficultés rencontrées émanent très souvent d’une trésorerie défectueuse, «c’est-à-dire un chiffre d’affaires qui baisse mais qui ne permet pas d'alléger les charges… Avec de multiples conséquences : retards de paiement, relations qui se dégradent avec son banquier, qui soit coupe les lignes de crédit, soit les augmente. Mais il y a aussi des problèmes de santé, ou de mauvaise gestion, des litiges clients ou fournisseurs, des contrôles fiscaux…» Voire des luttes intestines entre associés ou avec ses salariés suite à un jugement prudhommal.

 

 

«Dans près de 35% des cas, nous avons eu affaire à des gens qui n’avaient pas ou plus de comptables, et tenaient eux-mêmes leurs comptes. Il est absolument nécessaire de faire appel à un professionnel pour tout remettre à plat…» Une première piste à explorer. Autre conseil souvent divulgué : rehausser le niveau des fonds propres, et si la banque ne suit plus, ne pas hésiter à s’orienter vers sa propre famille pour obtenir de nouveaux financements. Une recette de grand-mère, certes, mais qui peut sauver une entreprise dans la gène passagère. Et puis il y a les outils méconnus, comme le régime de sauvegarde, une alternative au règlement judiciaire si l’on n’est pas encore en situation de cessation de paiement. D’où la nécessité de l’anticipation… Un régime protecteur qui pourrait s’avérer salvateur pour 24% des entreprises qui ont sollicité cette année le CIP 06. Soutien d’un avocat, négociation bien amenée avec le banquier, conciliation, médiation du crédit, il existe bien des pistes. «Mais dans 18% des cas rencontrés, on ne pouvait malheureusement rien envisager d’autre qu’une liquidation judiciaire. Nous avons rencontré des chefs d’entreprises désespérés, qui pleuraient, dans des situations de détresse terrible, plongés dans la solitude, c’est souvent le cas… Que nous pouvons orienter vers les organismes sociaux, qui, nous le savons, sont beaucoup moins rigides qu’ils ne l’étaient, avec là-aussi des possibilités de négociation : URSSAF, RSI, Trésor public, les étalements peuvent aller jusqu’à deux ans, ce qui permet de solutionner des problèmes ponctuels.»

 

Il n’empêche : les défaillances se multiplient et inquiètent, et Auguste Vérola l’a amplement rappelé, soulignant la fragilité des entreprises, en particulier côté commerce. Et le CIP ne pourra pas tout résoudre. Faudrait-il déjà que les dirigeants l’écoutent, et apprennent enfin à… anticiper.

 

 

 

 


Isabelle Auzias

 


www.cip-national.fr