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journal n°687 - 25/04/2013
Nice-Turin : l'autre train nommé désir
Rigueur budgétaire oblige, la région Piémont, en charge de la ligne, brandit la fermeture avant la fin de l’année si n’est pas trouvé un accord pour une juste répartition entre la France et l’Italie des dépenses pour les travaux d’entretien.

Après la suppression des haltes dans les petites gares, la fermeture programmée de la ligne ! Le Piémont persiste et signe. La ligne ferroviaire Turin, Cuneo, Tende, Breil, Vintimille, qui relie directement le Piémont, les Alpes-Maritimes et la province d’Imperia en Ligurie pourrait disparaître d’ici la fin de l’année. En cause, une fréquentation en  baisse et un programme drastique d’économies budgétaires. Pour Roberto Cota, président du Conseil régional du Piémont, il faut faire des lp_26avril_train_une_300choix face à la baisse des crédits accordés par l’Etat aux collectivités locales. Et il manque 120M€ pour boucler le budget 2013 des transports publics piémontais. Confrontées à une décision unilatérale de leur voisine, les régions Ligurie et PACA sont montées au créneau pour soutenir les élus de la vallée de la Roya. «Nous demandons à ce que soit organisée une rencontre entre les trois régions pour trouver une solution, afin d’éviter la fermeture», précise Jean-Yves Petit, vice-président de notre Conseil régional délégué aux transports.

 

Une Région qui hausse d’autant plus le ton que son assemblée a choisi le ferroviaire contre le routier pour relier les Alpes-Maritimes et la province de Cuneo. Pour preuve, elle n’a pas intégré dans son budget infrastructures 2013 le financement du nouveau tunnel routier de Tende, dont pourtant  les premiers travaux, budgétés par les Italiens, viennent de démarrer sur le versant... français.

 

Quels sont les enjeux ?  «Garantir la desserte de la vallée de la Roya tout en préservant les intérêts environnementaux, maintenir une liaison ferroviaire directe entre Nice et Turin», assure Jean-Yves Petit. «Permettre aux étudiants et aux habitants de la vallée d’aller travailler sur le littoral (Imperia, Savone, mais aussi Monaco), offrir aux touristes l’accès aux plages de la Riviera, et à ceux du littoral la desserte des stations du haut pays», ajoute Giovanni Enrico Vesco, conseiller régional de la Ligurie en charge des transports.

 

 

Pour le président du GIR Maralpin (Groupe Interdisciplinaire de Réflexion sur les traversées sud-alpines et l’aménagement du territoire) Eric Gasperini, maître de conférences en sciences économiques, le tunnel routier de Tende assure aujourd’hui un simple trafic pendulaire, surtout en fin de semaine, entre le Piémont et les Alpes-Maritimes. «Compte tenu de l’itinéraire alternatif par le col de Nava (dans l’arrière-pays d’Imperia), il n’y a pas besoin d’une seconde galerie, d’autant que le réseau routier de la vallée de la Roya n’est pas adapté à un accroissement du trafic. Il en résulterait un durcissement de la pollution, en particulier des eaux de la Roya et de la Bevera qui alimentent les Alpes-Maritimes. La meilleure solution passe donc par l’amélioration du tube actuel». Ces arguments sont aujourd’hui repris par les associations de défense de la vallée de la Roya.

 

La ligne ferroviaire Vintimille, Breil, Tende, Cuneo, Turin a-t-elle un avenir ? Pour Jacques Molinari, secrétaire scientifique du GIR Maralpin, qui suit le dossier depuis de longues années, la réponse est sans équivoque : «le potentiel de cette ligne est tout à fait sous-estimé, ou pourrait y développer un trafic mixte, voyageurs et fret». Il s’explique : «le tracé de cette ligne à voie unique, comme celle de Nice-Sospel-Breil, présente des caractéristiques (rampes, rayons de courbe, gabarits d’ouvrages) plus généreuses que la plupart des lignes alpines en service actuellement. Les quatre tunnels les plus longs ont été conçus pour la double voie, la ligne est équipée d’une commande centralisée de trafic, les gares sont pourvues de voies d’évitement de grande longueur, la ré-électrification doit permettre de simplifier l’exploitation...». Utilisée autrefois pour amener les touristes suisses sur la Riviera (française ou italienne), cette ligne pourrait donc retrouver sa vocation de liaison internationale et relier Nice à Turin, grâce à du matériel ferroviaire inter-opérable, avec des temps de parcours inférieurs à trois heures. Si les travaux d’urgence sont estimés par RFF à 27M€, le budget pour une modernisation serait de 120M€. On est bien loin des milliards  nécessaires pour la nouvelle LGV Lyon-Turin.

 

Reste à régler la répartition de la charge des travaux. Reconstruite par les Italiens dans le cadre des dommages de guerre, la ligne Turin-Vintimille a été remise en service en 1979. Une convention de 1970 impose à l’Italie la charge des travaux de maintenance, même dans sa partie française, entre Tende et Breil-sur-Roya (47km). Ce que conteste aujourd’hui le Piémont, en charge de la ligne.  «S’agissant d’une convention internationale, des discussions ont été engagées depuis peu entre les deux Etats», précise Jean-Yves Petit, mais aucune décision n’a été prise». En attendant, les travaux d’entretien ne sont plus réalisés et pour des raisons de sécurité, les trains roulent toujours plus lentement, décourageant ainsi les voyageurs potentiels. Prétextant une faible fréquentation, le Piémont s’oriente donc vers la fermeture. La barrière des Alpes entre la Côte d’Azur et le Piémont est en passe de devenir infranchissable, un obstacle de plus sur le chemin de l’Euro-région Alpes-Méditerranée.

 

 

 

Ils ont dit, ils ont fait :

 

> Eric Ciotti
«Cette fermeture porterait un coup terrible au développement économique et social de la vallée de la Roya». Le président du Conseil général dénonce «le silence assourdissant» du gouvernement sur le sujet et exige la réactualisation de la convention internationale signée entre la France et l’Italie en 1970.

 

> Gianna Gancia (présidente de la province de Cuneo)
Elle appelle à «une rencontre au sommet pour sortir de l’impasse, la région Piémont ne pouvant assumer seule les coûts de maintenance de la ligne ferroviaire» (Gianna Gancia est, comme le président du Conseil régional Roberto Cota, élue de la Ligue du Nord).

 

> Piero Fassino (maire de Turin)
Avec plus de 500 élus locaux, il a défilé dans les rues de la capitale piémontaise pour protester contre les coupes dans le budget régional des transports publics. Ardent défenseur de la LGV Lyon-Turin, il estime néanmoins qu’ «il faut préserver la liaison ferroviaire Nice-Turin, qui a un rôle à jouer dans le rapprochement des deux métropoles».

 

> Ferruccio Dardanello (président de la CCI du Piémont, président national des CCI italiennes)  
«Il faut sauver cette ligne et faire pression sur la région Piémont pour qu’elle revienne sur sa décision».

 

 

 

 


Christiane Navas
Vidéo Isabelle Auzias