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journal n°680 - 07/03/2013
Immobilier : attention, on dévisse !
Et ce n’est pas Marc Touati, en invité d’honneur de l’Observatoire dédié piloté par la CCI, qui aura regonflé le moral des troupes.

Un marché du neuf à l’arrêt en 2012, et de la revente au ralenti (-24% sur l’année dernière). Une offre nouvelle amputée de 33%, idem pour le volume global de ventes enregistrées… Et des prix qui, paradoxalement, continuent à grimper (+4% sur le secteur libre). Une déroute, pire, une débâcle : pour la première fois, les Alpes-Maritimes enregistrent des résultats inférieurs à la moyenne nationale (-28%). L’impact est fort, et les mines grisâtres pour la grande réunion des professionnels de l’immobilier et de l’acte de bâtir, ce lundi à l’aéroport de Nice. Un contexte qui inquiète l’Observatoire Immobilier d’Habitat (OIH), qui récolte statistiques et infos diverses pour éclairer les acteurs locaux du secteur. «Il ne faut pas s’attendre à des miracles», prédit Bernard Kleynhoff, président de la CCI, fort marri devant les perspectives 2013.

 

Les augures sont mauvais, devant un dispositif Duflot jugé «insuffisant» pour notre OIH («une niche fiscale de plus» dira même Jean-Marie Ebel, président de l’Observatoire), une réforme du prêt à taux zéro bien trop timide, des critères d’attribution de crédits par les banques de plus en plus difficiles à rassembler, sans compter les mouvantes évolutions fiscales et légales (taxation des plus-values pour les étrangers…). Si l’on ajoute l’incertitude récurrente côté acheteurs qui se murent dans un collectif attentisme, il est effectivement bien hasardeux de se laisser aller à la moindre pointe d’optimisme.

 

Ce qu’il nous faut? «Une vraie réforme des droits de l’urbanisme en France», scandent promoteurs et constructeurs unis, qui s’insurgent contre les 900 appartements «bloqués» par des recours devant le Tribunal administratif. «On conduit dans le brouillard», regrette Michel Puy, représentant des promoteurs au sein de l’OIH. «Quand le bâtiment ne va pas, rien ne va !» prêche Philippe Gautier (FBTP 06) pour toutes les paroisses en présence, qui rappelle que l’activité globale du segment avoisine les 3Mds€ de chiffre d’affaires pour 25.000 salariés dans le département. Partout sonne le glas…

 

La pilule est amère pour Frédéric Pelou, président de la FNAIM Côte d’Azur : «avec la disparition du prêt à taux zéro, nous avons perdu la clientèle des primo-accédants. Ce que nous souhaitons ? Une aide du Gouvernement en matière fiscale… C’est dit, nous n’arriverons pas, entre 2012 et 2015, à tenir le planning des constructions programmées. Alors il faut mettre le turbo sur l’ancien, faire la chasse aux logements vacants, et aboutir à une politique fiscale attractive, si possible en faveur de loyers modérés. En parallèle au logement neuf, il faut aider le privé et ses nombreux bailleurs.»

 

Et si, pour une fois, la bonne nouvelle venait des banques ? Pour Patrick Poncet (OIH, directeur des affaires immobilières pour la BPCA), «les taux d’intérêts sont historiquement bas, entre 2,80 et 3,70%. Ce serait plutôt très favorable à la re-solvabilisation de quelques acquéreurs.» De fait, l’on note, pour ce début d’année, une légère hausse côté crédits. Mais ça ne sera pas suffisant pour dégripper la machine. Bernard Kleynhoff tonne : «l’administration nous met des bâtons dans les roues, tribunal administratif, PLU pas signés, jusqu’aux problèmes des déchets du BTP… Professionnels, vous êtes en droit d’obtenir certaines choses. Il faut de l’innovation… dans nos façons de réclamer !» Une révolte, sire ? Non, une révolution…

 

Et Jean-Marie Ebel d’amorcer une solution déjà éprouvée : «du temps du préfet Breuil, nous avions formé un comité pour débloquer les situations. Demandons la même chose à Christophe Mirmand !»

 

Au premier rang, un homme écoute attentivement avant d’entrer en scène : Marc Touati, la blague au bout des mots malgré l’atmosphère pesante de la salle, tente le corollaire entre la crise et l’immobilier en s’appuyant sur des propos qui marchent avec à peu près tout : finance ou BTP, il suffit de remplacer un champ par un autre, et les conséquences (et solutions) sont toujours les mêmes. Mais le discours a un peu de mal à passer sur certains points : ainsi, notre économiste tout-terrain prône-t-il «une baisse des prix qui, combinée à des taux d’intérêts au plus bas, devrait booster la demande.» Les agents immobiliers sont chafouins, les promoteurs aussi. Et de poursuivre : «nous sommes en récession, même si on essaie encore de la masquer. Le danger, c’est que si nous n’acceptons pas maintenant une baisse des prix de 10 ou 15%, bientôt, ce sera la dégringolade. Et ça c’est grave.»

Les regards sont inquiets : Marc Touati, c’est le bons sens économique près de chez vous. Et les nouvelles sont encore pires que les constats…

 

Alors, ces fameuses recettes ? «Diminuer les dépenses publiques, qui ont bondi de 100Mds€ ces dix dernières années, et surtout baisser le coût du travail, fluidifier son marché et, à l’instar de l’Allemagne, réduire la pression fiscale. Pour repartir, il faut que les impôts tombent de 70Mds€. Il faudra aussi surveiller l’Euro: trop fort, ça n’est pas bon pour les investissements…» Face à l’adversité, il reste quelques pistes à exploiter: «favoriser les marchés et les stratégies de niche, toujours avoir un train d’avance sur les innovations, et en matière de bâti, nous en avons les possibilités, car nous avons des savoir-faire. C’est une croissance mondiale qu’il faut viser, en exportant nos techniques…» Dernier conseil : soigner son  «intrapreneuriat» : «n’hésitez pas à responsabiliser vos salariés, à surveiller le juste prix côté salaires, avec plus de transparence. N’oubliez jamais que plus que le PIB, c’est le BIB l’important : le Bonheur Intérieur Brut…C’est vital pour l’entreprise. Et pour l’homme.» Pourvu qu’il ait un toit…

 

 

 


Isabelle Auzias