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journal n°699 - 18/07/2013
Entreprises : Rebond, la deuxième chance
Attaquer le mal à la racine, en misant sur une bonne prévention. L’un des axes de cette opération initiée par la CCI, avec une première réunion encourageante.

Ces derniers jours, le ton a changé chez nos consulaires troupes. Qui ont adopté un vocabulaire volontairement musclé, voire militaire : la guerre économique est là, pas question de perdre une bataille. «2013 sera une année de résistance», prévient le président Kleynhoff. Et appel à toutes les voitures, en une grande mobilisation générale pour éviter la débâcle. Avant la voiture-balai, il faudra accepter parfois d’autres stratégies de course, compter sur ses co-équipiers locaux, anticiper sur les rudesses du prochain cap à franchir. Sans viser le maillot jaune, il s’agit de recoller au gruppetto, de reprendre quelques forces, bien protégé des vents contraires. Guerrier ou sportif, le discours est le même : il faut se défendre devant les aléas de la conjoncture. Et en équipe soudée, réaliste et combative, tout est possible. La mission entamée en 2011 par le CIP 06 (centre d’information et de prévention des difficultés des entreprises) se voit désormais relayée et étoffée par l’opération Rebond, drivée pour cette première réunion du 11 juillet par Laurent Lachkar et Hervé Latour, référent sur cette nouvelle action en direction des dirigeants esseulés.

 

Pour le vice-président de la Chambre en charge du commerce, «plus les difficultés sont détectées rapidement, plus nombreuses et efficaces sont les solutions à mettre en place. L’anticipation permet de prendre les bonnes mesures avant que ces difficultés ne deviennent récurrentes, et que la pérennité de l’entreprise ne soit compromise.» Anticipation rimera donc avec information tous azimuts. «Il n’y a pas de fatalité. Mais si les solutions existent, encore faut-il les connaître.» Et au rythme où vont les collectivités et organismes fiscaux/sociaux en la matière, un petit coup de pouce en forme de Rebond ne sera pas de trop.

 


Premier et principal écueil, à dépasser absolument : l’isolement du dirigeant, qu’il soit en difficulté ou susceptible de l’être. Car le sujet est sensible, et le chef d’entreprise peut être touché au plus intime, bien au delà du pur aspect professionnel. «Certains d’entre nous doutent et éprouvent des difficultés à en parler. Il ne faut plus hésiter à nous rencontrer, à nous questionner, et si besoin est, à nous alerter», scande Laurent Lachkar. «C’est notre rôle de vous écouter et de vous aiguiller, surtout aujourd’hui, en pleines turbulences. Si vous ne nous demandez rien, nous ne pourrons rien faire pour vous. Ce que nous attendons ? Un dialogue réamorcé. Et si vous ne deviez retenir qu’un seul message, vous dirigeants de PME, de commerces, c’est que pour rester compétitifs, aucun d’entre nous ne doit se sentir isolé. C’est tout l’enjeu de cette première soirée Rebond, basée sur l’information et sur la recherche effective de solutions. Nous sommes là pour aider à la création, mais aussi pour préserver et développer l’existant.»

 

Message entendu et partagé. Observation des tendances, prévention et détection, recherche de nouvelles parts de marché, à chacun son domaine de compétences dans cette opération que la Chambre a articulé comme «un programme d’accompagnement transversal, et plus encore, un véritable état d’esprit, partant du principe que le premier levier de croissance, c’est la confiance». Pour prendre la balle au (Re)bond et marquer un panier à trois points sur le terrain de la performance entrepreneuriale. Grâce en particulier à ces rencontres en présence de moult partenaires, experts-comptables, avocats, spécialistes du financement et autres, et surtout à une approche web revisitée, plus complète, plus lisible, plus interactive. Pour exemple, ce rapide et intuitif «auto-diagnostic», bouclé en quelques clics, qui permet de mieux appréhender d’éventuelles difficultés, déjà ancrées ou à venir. Et d’anticiper en suivant le virtuel guide qui fournira contacts et ébauche de solution(s). Pour le reste, place au dialogue humain et multiple, car bien souvent, il faudra conjuguer les idées et les talents pour sortir de l'impasse.

 

Pour être efficace, le Rebond sera donc pluriel. Option jeu collectif. Avec un capitaine, la CCI, qui coordonnera manœuvres, choix des joueurs et stratégies. Avant le grand match, il faudra se plonger dans les statistiques, fournies par différents observatoires dédiés dont Sirius pour les Alpes-Maritimes. Une bonne préparation physique inclut aussi une théorie bien huilée, avec quelques informations glanées auprès du chef d’équipe ou de son portail web. Aux avants, les conseils, experts-comptables et avocats, parties prenantes incontournables, comme l’explique Hervé Forestier, président de la Commission administrative départementale, représentant l’Ordre : «l’homme du chiffre, expert-comptable ou commissaire aux comptes, détecte en amont et alerte. Si le commissaire aux comptes, dans son rôle d’audit, est un peu plus en aval des difficultés, l’expert-comptable, lui, est le premier à voir que les chiffres se dégradent. Et nos indicateurs sont simples : un impayé reporté de mois en mois, comme un décalage de TVA. Une petite chose, certes, mais un signe précurseur. Souvent, les dirigeants en sont bien conscients. Mais souvent aussi, ils ne veulent avouer une période de faiblesse. Or c’est à la base qu’il faut prendre les difficultés pour les contourner sans casse. A nous de mettre en place un tableau de bord de suivi sur certains paramètres, qui dépendent de l’activité de l’entreprise. Et de surveiller les marges.»

 

Une mission qu’il partagera ensuite avec l’homme du droit : pour Me Jean-François Tognaccioli (Barreau de Nice), «notre image est encore trop attachée à la pure procédure. Mais nous sommes comme les médecins, nous soignons, oui, mais nous avons aussi notre rôle à jouer dans la prévention, pour éviter d’en arriver à un traitement lourd. Et c’est tout l’esprit de ce Rebond. Non, les problèmes d’une entreprise ne sont pas toujours liés à une carence de son dirigeant. Non, il n’est pas forcément condamnable. Et non, il n’est pas non plus forcément coupable.» Et oui, il faut croire en cette prévention qui consiste à préférer des procédures légères et anticipées, tels les mandats ad hoc ou les conciliations, plutôt que d’en arriver à un plan de redressement «qui échoue au bout de deux ans dans 80% des cas». Les atouts de l’avocat auprès d’un chef d’entreprise en difficulté ? «Dans les négociations qu’il peut y avoir pour bénéficier de délais de paiement, auprès de l’URSSAF, des fournisseurs, des organismes fiscaux et sociaux en général, ou même des banques.»

 

Non négligeable en effet… Car le nerf de la guerre, c’est aussi l’investissement. Ce qu’explique Olivier Vincent, nouveau référent de la banque publique bpi France : «quand une structure est mal en point, c’est compliqué d’obtenir de nouveaux prêts. Mais il y a des méthodes qui, parfois, relèvent certes du parcours du combattant, mais qui existent. Dans le cadre de notre mission de service public, nous pouvons régler quelques problèmes ponctuels de trésorerie, grâce en particulier au CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), un cadeau fiscal qui permet de diminuer l’impôt sur les sociétés ou de toucher un crédit immédiat à des taux très bas. Un dispositif qui a démarré doucement, mais qui est en train de monter en charge.» Et il existe aussi des banques privées spécialisées, telle Delubac, représentée lors de cette soirée Rebond par Jérôme de Marroussen : «l’idée, c’est de remettre un outil bancaire opérationnel dans les mains du chef d’entreprise, avec ouverture de compte rapide et mise en place de nouveaux financements.» De quoi rebooster le moral des troupes. Fabien Paul, président du Tribunal de commerce de Nice, y croit dur comme fer. Le principe de Rebond, il l’applique et le recommande depuis des lustres. Et compte aujourd’hui sur l’important réseau CCI pour le développer : «chefs d’entreprises, venez ! Venez et utilisez ces outils performants et ces compétences croisées. Et allez sur le site Rebond…»  C'est un président de Tribunal de commerce qui le dit. Nulle meilleure publicité n’était envisageable…

 

 

 

 

 



Isabelle Auzias