««« Retour share
journal n°685 - 11/04/2013
Une économie industrielle durablement conquérante dans le département
Le thème de la 4e table ronde de l’année organisée par le Club Business 06.

Les apparences (et la communication) sont parfois trompeuses : les Alpes-Maritimes seraient donc une terre industrielle. Avec 9Mds€ par an, le chiffre d’affaires généré par l’industrie sur notre territoire est supérieur à celui du tourisme qui, lui, ne rapporte «que» 6Mds€. En introduction de cette soirée, Emmanuel Gaulin, président fondateur du Club Business 06, aura donné quelques chiffres à l’attention de la trentaine de participants. Le secteur industriel, c’est 6% des établissements inscrits au RCS (5.500) dans le département pour 35.000 emplois, soit 9% des actifs. Certes, les chiffres annoncés ne se réfèrent pas tous au même panel, certains tenant compte des bureaux d’études ou des laboratoires R&D, d’autres non…

 

Premier axe abordé : la profitabilité du secteur pour le territoire. Et c’est Jean-Pierre Savarino, président de Studiel, vice-président de la CCI et fondateur de l’APPIM, entre autres, qui ouvre le bal : «par rapport à 2011, le chiffre d’affaires de l’industrie a progressé de 0,5% en 2012, 1,5% à l’export, mieux que le commerce et la construction,  mais le secteur n’a pas embauché. Les meilleurs élèves ? La chimie et les arômes, alors que les TIC et les métaux affichent des indicateurs négatifs. Et les perspectives pour 2013 sont peu encourageantes.» Toujours est-il que l’industrie génère des emplois.  «C’est un secteur premier : un emploi dans l’industrie en induit deux à trois en aval.»


Technologies de l’information et de la communication, chimie fine, électronique, agroalimentaire… «La diversité de notre paysage industriel est une force, elle permet de protéger la globalité du secteur quand un domaine est touché : par exemple la crise de l’automobile en France ne touche que très peu notre territoire. Mais c’est aussi une faiblesse, car elle ne nous permet pas d’avoir une véritable identité.» Pour Hervé Zekri, responsable du pôle dédié à la CCI, la taille est un problème : «près de 90% des entreprises industrielles comptent moins de 10 salariés. Elles connaissent donc les mêmes problématiques que toutes les TPE : manque de fonds propres, de visibilité…» Côté UPE, représentée par Laurence Chaleil, on abonde, en élargissant la question au niveau national : «il y a trop de TPE et pas assez de PME suffisamment grandes pour pouvoir innover, et exporter. Et la lourdeur du système les empêche de devenir des ETI.» Autre point faible, commun à tous les secteurs : le foncier. «La création d’une entreprise industrielle demande de la surface. Et des moyens financiers, contrairement à une société de services.» Enfin l’on parle d’image, d’un manque flagrant de volonté politique, avec une industrie pas assez mise en avant, au profit d’autres secteurs, plus sexy. Un déficit qui affecte également la formation : peu de volontaires pour la filière, toujours synonyme de pénibilité, de chômage, bref un manque d’attractivité côté main d’œuvre.

Mais il y a quand même des optimistes, comme Georges Dao : «lors du dernier BA Event, un tiers des entreprises innovantes présentes étaient industrielles, dont la moitié dans les green tech. Elles représentent un vrai potentiel pour le territoire.» Les green tech, mais aussi le pôle aromatique, reconnu dans le monde entier et «essentiel pour que l’industrie du 06 continue d’afficher un chiffre d’affaires positif», la pharmacie humaine et animale, les compléments alimentaires… Les Alpes-Maritimes comptent quelques fleurons. Mais peuvent-elles encore attirer de nouveaux industriels ?

 

«Nous avons des atouts : beaucoup de centres R&D qui représentent une vraie valeur ajoutée, un territoire attractif, une culture internationale, l’Eco-vallée, qui doit être complémentaire de Sophia Antipolis…» Pour Jean-Pierre Savarino, ces atouts et les acteurs doivent être coordonnés, pourquoi pas en créant de nouveaux pôles, pour la chimie fine par exemple. Pour Georges Dao, il faut aussi mieux organiser la collaboration entre les organismes accompagnants, comme la CCI, l’UIMM et l’APPIM. Il faut surtout «être capables de s’orienter vers de nouvelles productions ici, de créer du maillage relationnel sur le territoire»… Pour que les entreprises aient de bonnes raisons d’y rester. Avec des investissements consentis. Car une autre fragilité réside dans l’ancrage des entreprises, qui ne font pas partie de l’écosystème local tout simplement parce que les décisions se prennent à l’étranger, comme pour Texas Instruments, pourtant historiquement installé sur la Côte d’Azur. Mais dont les futurs ex-salariés sont grandement invités, par nos intervenants, à créer des structures bien à eux, et bien ici…

 

 

 


Lizza Paillier