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journal n703 - 14/08/2013
Dialogue somptueux avec la nature pour sculpture urbaine
Latelier varois de Bernar Venet, vie et oeuvres en harmonie.

Si le sculpteur fut niçois aux origines de sa carrière, il est aujourd’hui l’une des grandes références mondiales, partageant son temps, en dehors de ses nombreux voyages, entre New York (atelier de Brooklyn avec une dizaine d’assistants) et Le Muy. Voyage en terre d’harmonie, là où le concept se fait hédonisme méditatif et où la sculpture urbaine attendrit angles et curbes au vert des sous-bois.

 


Rien de bien sensationnel à l’abord premier, en bordure de route banale : un portail donnant sur un grand hangar, certes immaculé. Il y a bien quelques très belles cylindrées garées là, mais Monaco nous a déjà un peu blasés. Le choc, c’est lorsqu’on pénètre un peu plus avant. Arbres centenaires, prairies vert tendre malgré la chaleur de l’été -la propriété borde l’Argens- et, entre ombre et lumière, des sculptures qui érodent doucement leur patine.
L’ancien atelier de matériel ferroviaire, avec en contrebas un authentique moulin, est devenu une thébaïde philosophique à l’image d’une création conceptuelle dont les lignes indéterminées  engagent ici un long dialogue, soigneusement dimensionné et construit avec une nature méditerranéenne en larges restanques surplombant le cours de l’Argens en cascade jouant ici pleinement son rôle de fleuve côtier. Tout est perfectionnisme et sobriété, jusqu’au mobilier de l’atelier construit sur mesure, et donne en même temps une sensation de simplicité familière. Simplicité qui se retrouve dans l’abord très direct et attentif de l’homme, dans la conversation décontractée de la bonne cinquantaine de collectionneurs présents, en majorité anglo-saxons et flamands, dans le sourire du galeriste Guy Pieters.

 


Petit groupe des assistants pour encadrer la visite des ateliers et de la partie privée abritant une remarquable collection d’œuvres minimalistes, conceptuelles, de mail art, d’Arman, majoritairement issues d’échanges amicaux. On retrouve l’écho des années niçoises, des cartons, des premiers schémas mathématiques de la rue Pairolière, du tas de charbon et des toiles enduites de goudron. On saisit bien aussi combien fut salutaire, à l’image d’Arman, l’éloignement de l’Ecole de Nice et de ses stratégies étouffantes, le contact avec New York où, encore à l’instar d’Arman, il abandonne symboliquement  le d final de son prénom. Quand, en 1985 à Acropolis et surtout, en 1988 au jardin Masséna, il installe ses arcs et lignes, on ne parle plus, depuis longtemps, de la même carrière.
Le sculpteur qui a récemment marqué Versailles de sa forte signature, Marseille aujourd’hui et part, après l’Asie, à la conquête des terres d’Amérique du sud, a décidé de transformer son atelier varois en Fondation présentant les points forts de sa carrière, son amour de la nature préservée et ses amitiés artistiques. Un message profondément humaniste, sans pathos.
Liliane Tiberi