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journal n°674 - 24/01/2013
Délestez-moi tout ça !
Rien ne se crée, tout se transforme : l’adage n’a jamais été aussi vrai, à l’heure où la LGV devient NLF et où un consensus plus affiché se met en place. Sera-ce enfin suffisant ? La guerre du rail se gagnera-t-elle médiatiquement ?

Belle tentative de nos socio-professionnels, qui nous avaient promis en chœur une manif d’un nouveau genre, sans absents et sans politiques. Côté présence, rien à redire : 250 chefs d’entreprises, représentants de syndicats divers et variés, instances économiques locales de haut vol, et même quelques étudiants venus en renfort. De l’osmose, de la vraie, en gare de Saint-Augustin. Même la SNCF y avait mis du sien, en offrant l’une de ces grèves surprise dont elle garde jalousement le secret, et qui a causé quelques retards dans les troupes, retards aussitôt érigés en exemples vivants du manque crucial d’offre ferroviaire sécurisée.

Côté politiques, l’on avait bien noté l’arrivée de Jean-Pierre Mascarelli, gilet jaune de rigueur, sauvé par sa casquette Team Côte d'Azur. Bien vite rejoint par Alain Philip, représentant Christian Estrosi, et Gérard Piel, toujours sur le quai dès qu’il s’agit d’un train. Eric Ciotti et Patrick Allemand, eux, n’arboraient pas le symbolique gilet, trop flashy pour les photos sans doute. Et la manif apolitique s’est un peu perdue en route, entre la gare et le terminal 1.

Arrivés à bon (aéro)port, la crainte se confirme: les socio-pros ne seront pas seuls en tribune. Cela dit, ils voulaient du consensus, ils en ont eu, avec cette Nouvelle Ligne Ferroviaire, NLF pour faire plus court, qui rallie tout le monde (sauf le Var), même si la récente expérience de la Ligne à Grande Vitesse a connu un débarquement plutôt radical, brûlée sur l’autel des finances publiques en berne. Malgré un consensus, l’on s’en souvient, tout aussi affirmé. Alors certes, il y a un goût de déjà vu. Et il y a aussi la réalité du terrain : une route saturée, un trafic ferroviaire mal cadencé, un espace aérien à bout de souffle, l’enclave se confirme et s’aggrave. Et les enjeux sont énormes pour l’avenir proche.

 

 

Notre propre comptage indique 252, celui de la police 248, je pense que nous devons être 250», calcule avec gourmandise et non sans humour Bernard Kleynhoff à l’arrivée du cortège à l’aéroport. Et en termes de chiffres, il en est un que le président de la CCI Nice Côte d’Azur tient tout particulièrement à mettre en avant : «selon un récent sondage IFOP, donc a priori indépendant, 82% des habitants de la région PACA sont pour l’avènement de cette troisième ligne telle que redéfinie, c’est-à-dire à usage de désenclavement, mais surtout pour assurer la fluidité des transports en commun au quotidien.» Un sorte de «Super TER», bien cadencé, rapide au demeurant. Avec la LGV, Nice devait être reliée à Marseille en 50 minutes. Avec la NLF, ce sera 1h15. Pas de quoi déclencher une émeute… Surtout que dans le même temps, les Italiens se modernisent itou, et la capitale azuréenne sera aussi, à terme, à 1h15 de Gênes.

 

L’on attendait dans le cortège une «surprise» d’envergure, ce fut Eric Ciotti, venu soutenir les troupes entrepreneuriales et consulaires. Venu aussi rappeler les mésaventures des précédents essais, avec le blocage inattendu des projets, dans les années 80, pour préserver l’Aigle de Bonelli, qui partageait son biotope avec le tracé ferroviaire envisagé. «Il faut recoudre le maillon manquant, et d’urgence», scande le président du Conseil général, «en obtenant de l’Etat une structuration des transports européenne et performante. La Commission 21 (mandatée à cet effet), devrait retenir notre NLF, c’est du pur bon sens. Et s’il y a des débats dans le Var et à Marseille, ici nous sommes prêts, unis, organisés. Alors, réalisons au plus vite la première phase entre Le Muy et Nice.»

 

Bernard Kleynhoff, lui, recense quelques soutiens de choix, parmi lesquels André Aschieri, maire de Mouans-Sartoux, qui parlerait de tapisser sa commune d’affiches en faveur de cette salvatrice troisième voie. Quelques-uns, dans la salle, ont une pensée émue pour Jean Icart, éternel défenseur de l’alternative ferroviaire et d’un RER à la sauce locale, le grand absent de la matinée, sacrifié sur l’autel du politiquement correct. Mais les temps ne sont pas aux regrets, et Bernard Kleynhoff attaque : il faut aller vite, rencontrer les membres de la fameuse Commission 21 (dont l’un au moins est un solide allié, en la personne de Louis Nègre), demander audience au ministre des Transports, Frédéric Cuvillier. Autre potentiel allié malgré une naturelle méfiance : Michel Vauzelle, «qui a l’écoute du gouvernement et qui soutient sans faille ce projet», souligne Patrick Allemand pour parfaire le tour de table de notre apolitique manif, répondant ainsi à l’indéfectible soutien de Christian Estrosi et de toute sa Métropole représentés par Alain Philip (voir notre vidéo). La politique reprend le dessus, et les socio-pros écoutent.

 

Des réponses, ils en trouveront plutôt dans l’état des lieux dressé par la Chambre de commerce et d’industrie lors de l'assemblée générale de la veille : une CCI qui s’avoue partante (et d’ailleurs obligée) pour participer au financement des transports en commun azuréens, regrettant toutefois l’implication proportionnellement trop forte des entreprises pour le confort de tous… Une récurrente problématique qui ne rapproche malheureusement pas les bus des postes de travail.

 

Parmi la liste établie des 12 travaux herculéens de la Chambre, des propositions ciblées, sur l’optimisation du réseau TER, en passant par une refonte des gares, le regroupement des autorités de transports urbains sur l’ouest, le développement des lignes entre Alpes-Maritimes et Var, la réalisation de l’échangeur de Biot, l’avènement des autoroutes de la mer… Rien de très neuf, mais un maximum de volontés croisées. Pour preuve, l’intervention de Dominique Estève, président de la Chambre de commerce et d’industrie régionale, venu apporter un message de la CCI Marseille-Provence, qui défend aux côtés des Niçois cette NLF nommée désir : «oooooh !», murmure la salle en choeur, si même l’ennemi est d’accord, alors qu’est ce qui pourra bien coincer cette fois ?

 

 



Isabelle Auzias