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journal n695 - 20/06/2013
Conjoncture : humeur noire sur le 06
Malgr quelques belles performances sur le ple grassois, boost par les exports, le moral des chefs dentreprises est en berne.

Moues de circonstance pour le traditionnel point économique livré chaque trimestre par la CCI. Et autour de la table, personne pour faire frémir le thermomètre entrepreneurial. Bernard Kleynhoff avoue même ressentir les premières courbatures, «un début de difficulté que l’on attendait depuis longtemps… Même si les Alpes-Maritimes continuent à résister, nous sommes sur les bases d’un fléchissement des activités.» Et cette fois-ci, plus question de rémission, les mines sont grises et le moral au fin fond des chaussettes. Pourtant côté statistiques, ça n’est pas vraiment la catastrophe : un chiffre d’affaires départemental en peu en deçà du pointage effectué il y a tout juste un an, une bonne contribution des livraisons à l’international, certes, mais qui ne suffiront plus à compenser les déficits des marchés locaux ou nationaux. «Et cette médiocre orientation conjoncturelle a bien sûr des incidences sur l’emploi permanent» : le président Kleynhoff enfonce le clou là où ça fait mal…

 

Et surtout, il y a cette aggravation très sensible des problèmes de trésorerie dans nos entreprises. On parle de plus en plus de risques de défaillance, avec un indice inquiétant au niveau des procédures collectives, dans un flux tendu de liquidations judiciaires qui ne passent plus par la case redressement : car désormais, elles ne sont plus générées par un accident de parcours, mais bien par des carnets de commandes qui ne se remplissent plus, avec peu ou pas d’espoir de les voir se remplumer à moyen terme. Sur l’industrie, le seul rayon de soleil réchauffe l’aromatique et la chimie, avec des ventes à l’étranger maintenues et des matières premières qui n’encaissent pas de fortes variations de prix. Une visibilité qui sauve le segment. Ailleurs, le brouillard s’intensifie.

 

 

 

Quand le bâtiment ne va pas… Et c’est le cas, avec un segment construction qui certes continue pour l’heure à faire son chiffre, mais qui ne renouvelle pas ses commandes : plus de lancements de programmes, hormis sur le social, mais encore une fois, ça ne sera pas suffisant pour faire vivre l’ensemble des entreprises du territoire. Et puis, il y a ces redondantes concurrences jugées déloyales, auto-entrepreneurs ou groupes étrangers assujettis à des taxations plus laxistes. Quoique… Un tout récent jugement du Tribunal de commerce de Pau a donné raison à une société française qui dénonçait l’obtention d’un marché par sa concurrente espagnole, mieux disante. Il y aurait donc une petite lueur d’espoir de ce côté-là.

 

Sans surprise, les activités de commerce (gros et détail) reculent. Et les services se scindent en deux courbes bien distinctes : d’une part les prestations aux entreprises qui, crise oblige, progressent un peu. De l’autre, des branches en souffrance, comme la coiffure ou la réparation automobile, fortement impactées. Partout, on serre la vis pour rester dans les budgets… Même la météo n’est pas de la partie, et saccage les prévisions touristiques: bien pour la montagne grâce à un enneigement copieux, «exécrable» (dixit Bernard Kleynhoff) pour le littoral où la pluie aura gâché le printemps.

 

 

 

Laurence Chaleil, vice-présidente de l’UPE 06, se sera acquittée du focus sur l’emploi sans sous-estimer la gravité de la situation: une perte sur tous les secteurs d’activités ou presque (+0,2% sur les services, c’est bien peu). Et si le département avait réussi, jusqu’à présent, à conserver une relative croissance sur le nombre de postes générés grâce aux auto-entrepreneurs, là-aussi la tendance s’inverse. La barre des 60.000 chômeurs «pleins» est allègrement franchie, avec 8.000 demandeurs supplémentaires en un an (mai 2012/mai 2013). On n’avait pas connu telle mouise depuis 1997…

 

Ce que confirme Jean-Pierre Galvez pour les artisans : 5,7% de baisse sur les immatriculations au premier trimestre, ce que le président de la Chambre de métiers explique par «la dégradation de la volonté d’entreprendre». Lui-aussi confirme la régression côté nouveaux auto-entrepreneurs (-36%), une première… Et pas mal d'interrogations sur le statut lui-même. «Le signe encourageant, c’est que les radiations baissent dans des proportions similaires.» Ce qui permet au registre de la CMA 06 d’enregistrer un solde positif de 671 créations. «Plus grave, les transmissions d’entreprises s’étiolent (-22%), et devant la contraction du marché, les cédants préfèrent différer leur départ alors que les repreneurs peinent à lever des fonds auprès des banques pour s’installer.»

 

Son coreligionnaire Georges Bisson (UPA 06) ne le contredira pas : selon une récente enquête menée par sa fédération de secteurs d’artisanat (bâtiment, alimentaire, fabrication), on observerait au niveau national une baisse de 3% sur les chiffres d’affaires, encore plus marquée dans le sud-est (-4%). «C’est le quatrième trimestre consécutif de repli sur l’ensemble de nos professions.» La rénovation dans la bâtiment s’en sort un peu mieux en puisant dans le réservoir des nouvelles normes (énergétiques en particulier), mais les travaux publics, eux, plongent de 5,5% en un trimestre. Et certains segments côté services, jusqu’ici épargnés, comme la fabrication dans l’ameublement ou le textile, dégringolent itou. «Les artisans sont pessimistes. Un sur trois pense que l’activité sera moins soutenue dans les prochains mois. Sans compter les aléas de la loi LME : les clients paient de plus en plus tard, et nous faisons les banquiers… ça ne peut plus durer !»

 

Coup de pouce à l’export, refonte des procédures dans l’attribution des marchés publics, voire «préférence régionale», soutien au tourisme, il faudra tirer en rangs serrés et tous azimuts, sans certitude aucune de redresser la barre…                                          

 

 

 

 

 

 

 

Isabelle Auzias