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journal n°690 - 16/05/2013
Le cinéma azuréen veut crever l’écran
En parfaite synchro avec le Festival, la Commission du Film des Alpes-Maritimes dresse son bilan 2012 et liste ses attentes. Et activités il y a.

Lumière sur le joli mois de mai, le mois du cinéma : à Cannes, la saison démarre en fanfare, et à Nice, place du Palais de justice, Guillaume Canet sort de ses loges. Plus haut, les équipes de Section de Recherches ont posé leur matos : la série française aux six millions de téléspectateurs et à la confortable part d’audience a investi un bâtiment d’AromaGrasse pour y tourner (au moins) une vingtaine d’épisodes sur deux saisons, délaissant Bordeaux où elle résidait depuis sept ans. De quoi conforter le moral des troupes cinéphiles de la Côte d’Azur, réglé sur les activités de la Commission du Film présidée par Jean-Pierre Leleux et soutenue par les collectivités territoriales, la CCI ou le CRT (Comité Régional du Tourisme).  «Le résultat d’un travail de contact» pour le maire de Grasse, «un moteur économique, une démarche globale» pour Bernard Kleynhoff, qui livre avec gourmandise les chiffres 2012 de la filière cinématographique dans notre département : 305 projets aidés contre 204 en 2010 (films, séries, documentaires, pubs…), pour 1.600 jours de tournage au compteur et 29.000 nuitées hôtelières induites.

 

La filière audiovisuelle dépasse largement les frontières des salles obscures pour impacter notre économie, et c’est tant mieux. Du côté de la Commission, 13 ans de réflexion ont abouti à une certaine prudence : car le segment, au niveau mondial, va mal. Grosses difficultés dans les pays du sud, qui voient leurs productions prendre du plomb dans l’aile en ces périodes de crise : l’augmentation de la TVA fait bien plus peur que les films à la demande ou les DVD. Il n’empêche que sur les trois premiers mois de l’année, l’on a observé une chute de 18% des entrées dans les cinémas hexagonaux, à l’exercice prolifique depuis quelques années. Faut-il continuer à favoriser les tournages ? Oui, répondent en chœur nos institutions locales.

 

 


«On ne nous enlèvera ni nos décors, ni nos collectivités», scande le président Kleynhoff. Il n’empêche que la crise européenne de la filière audiovisuelle est bien réelle : l’Italie, historique en la matière, est aujourd’hui au point mort, l’Espagne souffre, la renégociation des conventions collectives du secteur va augmenter le prix de production, et les chaînes de télévision voient leurs budgets création s’étioler comme peau de chagrin…  «Il faut être prudents. Et cohérents.» D’où ce massif consensus autour d’une Commission du Film qui veut sa part de tapis rouge. Salons dédiés, MIP TV, renommés festivals, de La Rochelle à Cannes, les hommes de Jean-Pierre Leleux sont partout, épaulés d’une solide logistique : un site étoffé (www.filmcotedazur.com, concocté par une entreprise mouansoise) pour qu’au casting des destinations, la Riviera française tire son épingle du jeu. Et surtout des communes qui facilitent l’accès aux tournages divers et variés… Même les particuliers sont mis à contribution: ils peuvent désormais ouvrir leurs portes en grand aux caméras pour multiplier les décors à l’infini, aide non négligeable aux régisseurs venus d’ailleurs… Et ça marche : derrière Möbius en 2012, production-phare made in Côte d’Azur, nombreux sont les réalisateurs attirés sur la toile maralpine.

 

L’envers du décor, c’est la sous-utilisation des effectifs locaux dans les équipes, même si là-aussi, l’effort est fourni pour former des personnels compétents.

 

Alors, l’on se rattrape sur le créneau de la création de contenus : sur 419 entreprises recensées pour la filière dans les Alpes-Maritimes et en grande majorité sur la seule bande littorale (soit 1.400 emplois hors intermittents du spectacle), elles sont fort nombreuses sur le segment de la conception d’image ou de son tous supports confondus, mais restent trop souvent à l’état de toutes petites structures. L’éco-système endogène est là, certes, mais manque de visibilité dans un milieu fermé où les collaborations se décident en amont. D’où une réelle dichotomie entre les forces vives du terrain et les chiffres d’affaires engendrés : 231M€ en 2012, une manne pourtant appréciable.

 

S’il est un secteur à ne point négliger, c’est celui de la publicité, formidable vecteur touristique : 35 spots et shootings en 2012, 6.800 nuitées… Nos institutions, quand elles parlent cinéma, glissent volontiers du culturel à l’économique, sans complexe aucun. Même si le 7e art reste une carte de visite attractive : 62% des touristes choisiraient la France comme terre de vacances suite à une bonne séance… Alors, l’on attend avec sérénité la sortie de Grace of Monaco, actuellement en post-production. Sans délaisser pour autant quelques beaux projets à venir, dont L’Homme qu’on aimait trop, un long-métrage signé André Téchiné autour de l’affaire Agnès Le Roux, avec Guillaume Canet, Adèle Haenel et Catherine Deneuve. La caravane des loges et autres intendances d'usage s'est installée devant nos bureaux de la rue Alexandre Mari : même le maire de Nice, dans ses traditionnels trajets hôtel de ville-palais sarde, ne rechigne pas à emprunter l'asphalte pour laisser libre trottoir aux acteurs...

 

Plus pittoresque et bizarrement nommée, cette série indonésienne I love in Paris, qui se décentralisera quelque peu pour aborder les paysages cannois, niçois ou vençois…  La télé, du pain bénit : aussi, à Grasse, vit-on désormais au rythme des enquêtes de Section de Recherches (TF1), déroulant le rouge tapis à Dominique Lancelot, productrice de la série. Pas sûr qu’elle soit bien au fait de l’effort consenti en termes d’accueil par nos collectivités alléchées : non, Madame, on ne vous a pas fourgué un «site industriel désaffecté» comme vous semblez le penser, mais bien l’un des fleurons de notre économie locale actuelle et à venir, avec ce bâtiment d’AromaGrasse désormais dévolu aux décors intérieurs… Une bourde qui n’atteint pas nos hautes instances, qui continueront à œuvrer pour un accueil irréprochable et soutenu des équipes de tournage, beau compromis entre activités économiques pérennes et valorisation d’une lumière et d’un patrimoine qui s’étendent bien au delà des salles obscures. Un spectateur est -et restera- un touriste en puissance…

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias