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journal n673 - 17/01/2013
CCI : sur les rails et dans les clous
En ce dbut danne, un seul mot dordre pour les troupes de Bernard Kleynhoff : donner de la voix. Avec une premire manif prvue ds ce 22 janvier en gare de Saint-Augustin, symboliquement rebaptise pour loccasion.

Adieu LGV, bonjour NLF : question de sigle, de tracé, de repositionnement sur les voies ferroviaires. La Ligne à Grande Vitesse définitivement mise à quai fait place à une Nouvelle Ligne Ferroviaire, moins rapide certes, mais qui placera, à l’orée 2025, Nice à 1h15 de Marseille. Largement suffisant pour Bernard Kleynhoff, revigoré par cette récente annonce du comité de pilotage dédié, même si l’alternative n’a pas fait l’unanimité du côté des réfractaires varois. Qu’importe, la NLF commencera aux extrémités, Menton et Marseille, et finira bien par s'auto-rejoindre un jour… Une NLF qui se superposera à la troisième ligne de TER pour parer aux attendues saturations routières et aériennes et désenclaver les Alpes-Maritimes. Le combat de la dernière chance pour la chambre consulaire, qui se gagnera par les hommes : le 22 janvier prochain, CCI, UPE, Chambre de métiers et syndicats professionnels ont rendez-vous main dans la main en gare de Saint-Augustin, renommée Nice Aéroport, pour une marche symbolique vers le terminal 1. «Pas de politiques, que des socio-pros», scande Bernard Kleynhoff. «La ligne Nice-Paris devient un épi-phénomène, ce qu’il nous faut, pour le développement économique du territoire, c’est une réflexion globale autour des transports. En 2018, on passera en moyenne 22h par mois dans la voiture entre Nice et Cannes, ça n’est plus tenable.»

D’autant que le climat ambiant n’est pas à la perte de temps inutile : «aujourd’hui, il faut que l’on donne de la voix pour soutenir les entreprises et les activités, c’est notre rôle. Qu’il s‘agisse de transports, de traitement des déchets, de stabilité législative. Nous portons des messages, nous ne sommes pas des révolutionnaires. Nous demandons à nos collectivités de prévoir, de façon à ce que nos entreprises puissent se développer.» Dont acte avec cette première manif niçoise d’un nouveau genre.

Côté perspectives ? «2013 ne va pas être une année facile. On nous avait annoncé un second semestre 2012 diabolique, ça n’a pas été le cas, hormis quelques secteurs plus impactés tels le BTP ou le commerce, qu’il soit de gros ou de proximité. L’activité économique ne sait pas vivre dans l’incertitude, et c’est là que ça coince. Il faut créer autour de nos entreprises un environnement réglementaire et fiscal clair, se battre contre les délocalisations administratives provoquées par les changements incessants de normes.» L’appel aux collectivités et aux politiques est net, et la CCI se positionne comme force de réflexion et de proposition. Une force de terrain, qui dressera cette année le bilan du Pacte Eco enclenché lors des dernières élections municipales: les maires du cru devront rendre copie et assumer avant de repartir pour 2014, bons points en poche. Ou pas…

 

 

 

Traitement des déchets : l’autre problème

 

Autre vice récurrent outre les transports saturés : que faire de nos ordures, qu’elles soient ménagères ou industrielles ? Un vice qui a un coût…

 

Les décisions sont tombées à la chaîne, dans un environnement déjà plus que bouché : fermeture de la décharge de la Roque, pour de nébuleuses questions administratives, et décision subite du SIVADES de stopper son projet d’incinérateur (CVO, centre de valorisation organique à Cannes, et CVE, centre de valorisation énergétique à Grasse). Sans doute les conséquences du récent remodelage territorial intercommunal… Et bel exemple pour Bernard Kleynhoff de ce qu’il ne faut pas faire. Surtout que cette problématique des déchets concerne en premier lieu un secteur économique déjà malmené: le BTP. Les solutions maralpines sont insuffisantes pour se délester des gravas engendrés par les travaux en cours (La Turbie, Malaussène…), et les surcoûts pour les acheminer vers le Var ou les Bouches-du-Rhône se révèlent effectifs et pénalisants. En ligne de mire, la future ligne 2 du tram’: pour Bernard Kleynhoff, «il va falloir trouver une solution, et vite, car pour l’heure, on ne sait pas ce que l’on va faire de ces déchets inertes», qui vont forcément impacter les marchés et les budgets.

 

Comme pour les transports, la problématique est double : individuelle pour les déchets ménagers, industrielle pour les activités économiques. Et comme pour les transports, les collectivités… réfléchissent. Dans un courrier commun, Eric Ciotti, président du Département, et Christophe Mirmand, préfet des Alpes-Maritimes, réagissaient en début de semaine sur la position du SIVADES : «Nous prenons acte de la décision prise (…). Aussi, face à cette situation d’urgence, nous avons décidé que le Conseil général, maître d’ouvrage du Plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilés, en lien avec l’Etat assurant la police des installations classées pour la protection de l’environnement, réunisse dans les meilleurs délais les partenaires institutionnels directement concernés par le traitement et l’élimination des déchets dans les Alpes-Maritimes pour aboutir à une solution équilibrée et respectueuse de l’intérêt général.» En clair, retour à la case départ. Bernard Kleynhoff bouillonne : «le souci, c’est qu’on ne peut rien faire sans se heurter aux réglementations et aux procédures, et que tout le monde produit des déchets, mais que personne ne veut les traiter sur son territoire. On ne peut même pas se débarrasser des déchets inertes en les transbordant sur des barges, direction les hauts fonds… D’autres pays le peuvent, pas nous. Le transport par camions vers de lointaines décharges est-il vraiment plus judicieux pour l’environnement ?» Petite surprise à peine dévoilée par le président : «oui, nous avons bien une alternative, mais pour l’heure, nous préférons peaufiner les études techniques. Nous en reparlerons en milieu d’année. On ne peut plus se contenter d’être contre tout sans jamais rien proposer…»

 

 

 

Un Rebond sinon rien

 

Une stratégie offensive, à l’anglo-saxonne : la feuille de route consulaire 2013 prendra aussi en compte les difficultés immédiates du terrain. Un exemple concret : Texas Instruments et ses 517 collaborateurs en devenir incertain. Peut-être pourront-ils bénéficier d’une seconde chance, avec accompagnement dédié. Pour Bernard Kleynhoff, «certains ont des compétences extrêmement pointues, et nous pouvons les réorienter vers d’autres entreprises locales. Nous pourrons aussi leur proposer des bilans de compétences, voire de l’aide à la création d’activité, car il y aura forcément de l’essaimage. Cette deuxième chance, sur le principe d’une re-création, c’est plutôt courant aux Etats-Unis, mais encore mal exploité chez nous. D’où ce nom de Rebond. Ce sera bien plus efficace que l’implication des politiques, et je reste fermement contre leur action personnelle sur les entreprises.» TI serait donc la première structure d’envergure à bénéficier de ce Rebond consulaire. Et pour IBM? Si Texas rebondit, la convoitée gaudoise, elle, botte en touche avant de transformer l’essai : «il y a de très beaux projets à venir pour IBM. Ici… On l'espère.» Investissements sur de futures zones d’activités, meilleure organisation des surfaces commerciales départementales, projets à accompagner, c’est dit, la CCI veut mettre son grain de sel partout : «on a besoin d’un environnement pour vivre et prospérer, et ça, c’est le rôle des politiques. Nous, nous pouvons donner notre avis, faire profiter de nos expertises, mettre en avant nos compétences. Tout n’a pas été fait… Aujourd’hui, il y a des solutions à apporter à nos entreprises pour les garder. Certaines sont en grande difficulté, et ce sera difficile, mais sans être d’un optimisme béat, difficile ne veut pas dire qu’on a perdu.»                                             

 

 

 

 

 

Isabelle Auzias