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journal n°718 - 28/11/2013
Business angels, mode d’emploi
La 8e semaine dédiée s’achève partout en France. A Nice, l’enjeu est double : il s’agit d’informer, certes, mais aussi de recruter. La mission du réseau azuréen Méditerranée Investissements.

Rendez-vous a été donné à l’EDHEC, en ce 28 novembre, où une grande conférence était organisée pour promouvoir la mission parfois méconnue des business angels : rôle et fonctionnement des réseaux, dossiers éligibles, sensibilisation des potentielles troupes, être BA ne s’improvise pas.

ia_29_nov_ba_p1__recadrer_un_peu_cest_moche_300Sur le département, peu d’alternatives : le traditionnel Méditerranée Investissements, qui depuis 2007 s’est déjà passionné pour 18 entreprises à hauteur de 2M€ pour 70 emplois créés, plutôt spécialisé dans les filières technologiques et services innovants, biotope exige.

Et l’international Sophia Business Angels, qui n’hésite pas à s’affranchir des frontières et à préférer ouvertement l’idiome anglo-saxon. Tous ou presque sont fédérés par l’association nationale France Angels, qui rassemble plus de 4.200 BA sur 86 réseaux de proximité. L'objectif : financer chaque année 350 entreprises à fort potentiel de croissance, pour un montant d’investissement global de 40M€, soit 2.600 créations d’emplois sur chaque exercice.

 

Alors, qui sont ces gentlemen de l’économie locale, prêts à miser sur les pépites en devenir, à engager leurs propres capitaux pour faire démarrer la machine? Et quels sont les porteurs de projets qui les intéressent en priorité ? Que gagnent-t-ils vraiment, en s’impliquant souvent très en amont dans la grande chaîne du risque entrepreneurial ?

Dans un pays, la France, où malgré une certaine confidentialité, les BA s’attendent à «des perspectives de développement plutôt optimistes, qu’il s’agisse du nombre de projets financés, des montants investis ou même du nombre de business angels dans les réseaux» (source enquête France Angels 2013). Leur point commun ? Assumer quasi seuls la phase d’amorçage des entreprises, sans laquelle l’aventure ne peut commencer.

 

 

José Massol est un convaincu. Cet ancien ingénieur Thompson, spécialiste des fusions à forts enjeux et des missions de haut vol, est aujourd’hui aux rênes d’une trentaine de BA azuréens, tous persuadés du bien fondé du travail en équipe. Vice-président de la fédération France Angels depuis 2010, il est tombé dans la marmite de l’investissement privé un peu par hasard, sur un coup de cœur pour le projet de… son voisin vençois. Du conseil d’ami, il passe très vite au soutien financier sur un créneau en devenir: l’audit en dépenses télécom dans les entreprises.

Avait-il le bon profil ? «Sans doute. Un BA, c’est quelqu’un qui a un peu d’épargne, qu’il est prêt à risquer pour investir dans une startup innovante à fort ia_29_nov_angels_p3_300potentiel. Il doit aussi assurer l’accompagnement bénévole à l'éducation du futur chef d’entreprise, surtout sur la gouvernance et le management.» Et, pourquoi pas, faciliter l’ouverture de quelques portes grâce à son propre carnet d’adresses. D’où l’im.portance de ce travail d’équipe, déjà mentionné, qui permet la salvatrice superposition des compétences nécessaires à la réussite.

A Nice, qui sont-ils ? «En grande majorité, nous avons  de 35 à 70 ans, encore actifs ou dynamiques retraités, cadres, professions libérales, chefs d’entreprises…» A chaque profil son point fort : expert-comptable ou conseil en gestion de patrimoine, commercial d’envergure ou DRH, l’expertise doit être la plus complète possible pour être réellement efficace. Seul regret : «sans doute le manque de femmes, nous avons besoin d’elles, elles ont un regard différent, c’est intéressant.»

 

Pour tous, l’envie d’investir reste prégnante. Pour ce faire, les BA azuréens ont créé leur petite holding : on les appelle SIBA (Sociétés d’Investissements des Business Angels). «Nous recevons des projets d’entreprises en création, souvent très en amont, par l’intermédiaire de notre plateforme internet. Puis c’est la sélection, par étapes : si nous sommes intéressés, le candidat sera invité à l’une de nos réunions mensuelles pour une présentation rapide, qui permet d’avoir un aperçu sur la personne. L’humain, c’est im.portant…»

Si l’un ou plusieurs des BA présents se montrent confiants (on les appelle alors parrains), vient la phase d’étude approfondie du projet, deux à trois mois en général. Si l’intérêt ne faiblit pas, alors le candidat est rappelé à la table des Sages, pour une présentation plus poussée. «La décision est immédiate. Va t’on passer par la holding ? Qui va investir et combien ? Puis c’est la négociation des obligatoires actes juridiques avant signature finale, et on démarre pour huit à dix ans d’accompagnement.» Une durée conséquente, qui explique cet engagement sans faille prôné par nos serial entrepreneurs. «Un engagement qui sera également financier, et dès le départ il faut s’attendre à rajouter côté investissements au fur et à mesure du développement de l’entreprise.»

 

Que gagne vraiment le Business Angel au final ? «Sur une dizaine de projets sélectionnés, trois ou quatre vont mourir en cours de route, trois ou quatre autres vont vivoter, et deux vont briller.» Ramené au travail d’une année sur l’antenne niçoise de Méditerranée Investissements, sur une centaine de pré-sélectionnés, seuls trois ou quatre iront jusqu’au bout de l’aventure épaulés par leurs parrains.

«Un ratio de 3%, tout à fait normal dans les métiers soumis aux risques. Ça ne veut pas dire que les 97% restants sont de mauvais projets, simplement qu’ils peuvent sans doute se débrouiller sans nous, avec de l’investissement classique. Si au départ, il n’y a ni innovation, ni fort potentiel de croissance, ça n’est pas pour nous… Oui, notre credo, c’est créer de la richesse en espérant pouvoir en tirer une plus-value. En s’investissant vraiment, qu’il s’agisse de moyens financiers ou de moyens humains, pour faire décoller des primo-créateurs qui ne sont pas assez solides pour se lancer seuls. Il faut être passionné, ça n’est pas un loto.» Et parfois, le succès est au rendez-vous, comme ce projet marseillais qui symbolisait alors l’arrivée du e-commerce, monshowroom.com.

 

Quel investissement de départ ? «Pour le premier tour de capital extérieur, la fourchette se situe généralement de 150.000 à 500.000€, hors prêts et familles. A 150, un réseau peut y arriver. Au delà, nous allons chercher des partenaires, des réseaux collègues, au sein de France Angels.»

Et il faut une sacrée confiance quand le tour de table est impulsé par une autre équipe… «Mais ces co-investissements sont très fréquents, et nous collaborons depuis presque cinq ans avec les sept réseaux de la région PACA.»

Les BA locaux peuvent aussi compter sur des groupes plus spécialisés, souvent basés sur Paris : santé, informatique, cleantech ou forêts (et bientôt sur le segment précis du luxe), ils offrent aux antennes géographiques une expertise supplémentaire. Même principes avec les teams d’anciens des grandes écoles, commerce ou ingénieurs. Pour José Massol, ce sera Arts & Métiers, présente en Provence.

 

Pas dans les pratiques françaises, le recours aux business angels ? «Ca n’est pas flagrant. Bien sûr, ce sont des activités que l’on rencontre un peu plus dans la culture anglo-saxonne, et moins dans l’arc latin. Mais c’est vrai pour toute la finance. L’industrie du capital risque s’est développée aux USA, en Israël, en Grande-Bretagne pour l’Europe.

En France, ça n’est pas si mal, mais nous pourrions faire encore mieux, nous avons besoin d’éduquer nos élites et nos enseignants au monde économique. Il ne faut pas se lamenter, nous avons gagné en crédibilité par nos modes d’intervention. A travers les professionnels qui viennent derrière nous, comme les fonds d’investissements. Oui, les BA maîtrisent leur métier, même s’il ne s’agit pas vraiment d’un métier, puisqu’il n’est pas certain qu’ils touchent un salaire. Mais les pratiques se professionnalisent avec le temps. Beaucoup de pays regardent aujourd’hui vers nous.»

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias