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journal n°682 - 21/03/2013
BA 06 Event : au bon marché
Business pluvieux, business heureux ? C’est en tout cas le sentiment général après cette troisième édition de «l’accélérateur» azuréen, qui aura su séduire les investisseurs, même venus du froid.

Carton plein pour les troupes de Georges Dao : la cuvée 2013 ressemblerait presque à un millésime, même s’il est encore un peu tôt pour chiffrer les retombées financières côté exposants. Cette année, 45 entreprises innovantes ont tenté leur chance, auprès de 18 donneurs d’ordres (comprenez PME-PMI phares ou groupes de notre écosystème, de Balitrand à Malongo en passant par BNP Paribas ou Orange) et de 18 sociétés accompagnatrices (coaching, gestion…). Pas de temps morts, beaucoup de contacts, et une large fenêtre sur la communication avec «pitch» de rigueur : des présentations rapides et concentrées pour un maximum d’efficacité. Car c’était l’une des leçons 2013 de l’événement, déclinée en conférences et en exemples pendant la matinée : rien ne sert d’innover sans de solides appuis marketing. Oui à la technologie, mais oui aussi à une réflexion préalable quant au potentiel marché à couvrir : ce qui manque parfois à nos géniaux ingénieurs, pressés d’appliquer leur concept sur d’arides contrées commerciales…

 

Un écueil évité par quelques-unes de nos startups-pépites, récompensées en clôture de manifestation. Et un marché de l’innovation gagnant-gagnant pour Yvon Grosso, président de l’UPE 06, qui y voit la marque au fer rouge d’une reprise dynamique qui se rapproche. Un dynamisme qui ne pourra s’affirmer sans investissements publics et privés. Mission accomplie pour Georges Dao: «les cinq fonds venus de Paris ont tous apprécié nos entreprises et nos initiatives, et ont d’ores et déjà promis de revenir l’année prochaine.» Belle victoire sur une étape de haute montagne…

 

 

 

 

Rendez-vous, échanges, pitchs partagés à la cantonade… Pour la première fois, les entreprises innovantes, triées sur le volet, s’étaient rassemblées par grands secteurs d’activités (green tech, industrie, services, infos et communication) : l’occasion de se mêler à ses pairs, entre gens de bonne compagnie, dans les espaces dédiés de la CCI monopolisés pour la journée en une grande foire aux projets du futur.

 

Les partenaires invités à partager leurs expériences, eux, n’ont pas fait dans la discrimination : des conseils utiles à tous, reproductibles quel que soit le segment, la technologie, la taille, le niveau de développement de la jeune entreprise innovante. Forcément emballée devant Jean-Yves Courtois, PDG du groupe Orolia (électronique-applications GPS, référence mondiale, 66M€ de chiffre d’affaires en 2012), grand défenseur du «marketing produit» sans qui rien n’est envisageable dans une option pérenne et confortable. Et qui n’hésite pas à fustiger les entreprises françaises dans leur ensemble, qu’il accuse de faiblesse dans ce domaine particulier : «même celles qui accompagnent des startups comme vous. Nous sommes, en général, beaucoup trop focalisés sur la technologie, et pas assez sur une identification claire et précise du besoin des clients.» En bref, créer l’inutile ne sert pas à grand chose, à moins de s’appeler Apple et de susciter, par simple effet de mode, une envie totalement futile à ajouter à la panoplie de son iPhone…

 

Et Jean-Yves Courtois d’expliquer ce talon d’Achille: «le marketing de l’innovation est très différent du marketing classique, que l’on enseigne dans nos écoles de commerce. Comme la référence-marché n’existe pas par définition sur une innovation, alors comment chercher et trouver la bonne cible, la bonne valeur à apporter au client, au moment où il le demande ? Un véritable gouffre où la plupart des entreprises finissent par se perdre…» Et n’allez pas lui parler business plan dans ces conditions. «Il y a pourtant une méthodologie particulière pour amorcer la pompe et, pourquoi pas, attiser la flamme des grands comptes : on peut les aborder sur deux terrains, en trouvant dans leurs troupes ou un visionnaire qui veut se démarquer et avancer, ou un désespéré qui a déjà tout tenté et qui se dit «et bien pourquoi pas essayer»… Encore faut-il que le projet soit bon et surtout crédible. Pour Jean-Yves Courtois, ça n’est pas l’argent qui manque, c’est la pertinence.

 

Un avis partagé par Georges Dao, grand ordonnateur de cette journée particulière, où pour une fois, le protocole n’aura pas débordé sur les débats. Et où le test en grandeur nature des rencontres pré-organisées (une centaine) a fonctionné grand train. Yvon Grosso, président de l’UPE 06, n’a pu cacher son immense satisfaction : «vous osez, dans une période de fiscalité punitive. Vous êtes supers, vous êtes géniaux, vous êtes les vrais patriotes, les vraies richesses de notre pays ! Nous sommes entrés en résistance avec le Made in France, et nous vous accompagnerons jusqu’au bout !»
Le vocabulaire est guerrier, et la volonté affirmée, à l’heure où le fonds d’investissement local de BA 06 a atteint les 2,4M€ à réinjecter dans les entreprises méritantes. «Nous espérons 10M€. Nous les aurons.» De quoi rendre le moral aux troupes…

 

Et côté fonds d’amorçage, ce porte-monnaie azuréen n’est pas la seule bonne nouvelle au tableau : cinq entités parisiennes étaient présentes sur le salon, et se sont montrées vivement intéressées par la démarche et par les startups en présence. Toutes ont promis de garder le contact et de revenir l’année prochaine. Le message, désormais, est clair: donneurs d’ordres, manifestez-vous, vous avez besoin de l’expertise et du grain de folie créative des jeunes entreprises innovantes, elles ont besoin de votre soutien financier pour mettre le pied à l’étrier. Une synergie qui pourrait bien ramener la confiance. Et encourager les talents à rester sur zone…

 

 

 



Isabelle Auzias