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journal n°704 - 21/08/2013
Art Deco Kolors : qui peut le plus, peut le moins…
A l’origine spécialisé dans la réparation des véhicules de prestige, Thierry Goggia change son fusil d’épaule : oui aux belles cylindrées, mais pas que…


Un garage flambant neuf, du côté de la Fenerie, sur les contreforts du Tanneron. Le royaume de Thierry Goggia, qui ne cache pas son penchant pour la marque au cheval qui cabre. Codes couleurs, petites touches de rappel aux murs, et belle Italienne bâchée attendant ses bons soins, apprenti au précis ponçage, on est bien loin du concept de carrosserie rapide en centre ville. Comme Max Alunni, c’est un autodidacte, qui après des études en mécanique (un autre monde…) s’est jeté corps et âme dans la transformation de véhicules, des motos d’abord, des voitures ensuite. Sa première Harley, il la (re)façonne à 17 ans, écume les concours en France et en Europe, par pure passion. Un loisir devenu aujourd’hui entreprise.

 


L’homme a du caractère, et ne plie pas. Le traditionnel ne l’intéresse que très peu, et les prix toujours plus tirés vers le bas l’exaspère. «Dire que les gens trouvent ça tout à fait normal. Tout est cher, tout augmente, et les prix baissent… Il y a forcément un problème quelque part.» Et pour lui, le problème, c’est la méconnaissance du consommateur sur ses droits : «il ne faut pas céder au diktat des assurances. Non, vous n’êtes pas obligé de choisir une carrosserie agréée, non vous ne paierez pas plus cher si vous confiez votre voiture à un professionnel qui facture plus cher pour un meilleur travail. Ça, c’est ce que l’on veut bien vous faire croire…  Et c’est ce qui oblige la plupart d’entre nous à bâcler le boulot, pour rester dans les rails.» Qu’en pensent les compagnies d’assurance ? «Appelez-moi avant, et je me charge des explications.» Un incessant bras de fer qui, il l’avoue, l’épuise. «Il ne faut pas se laisser faire. Après les dernières crues de la Siagne, en novembre 2011, j’ai tout perdu, mon garage, mes voitures. Le remboursement proposé était dérisoire, et pourtant j’ai fini par avoir gain de cause, en n’acceptant pas le verdict de l’expert mandaté. Et j’ai pu rouvrir dans de vrais locaux.»


Thierry Goggia a beau être rebelle, il n’en est pas moins patron. Alors, pour satisfaire ses talents artistiques et pour éviter les inutiles palabres, il s’est très vite dirigé vers la voie royale : la voiture de prestige. Bentley, Ferrari, Rolls, les plus grands concessionnaires cannois lui font confiance, et sous-traitent volontiers leurs travaux de carrosserie. Cerise sur le gâteau : très prochainement s’ouvrira à Cannes Al Ghassan Motors, sous la coupe d’un investisseur des Emirats qui y proposera ses Lamborghini et ses Aston Martin d'exception. Contact est déjà pris, même si notre homme refuse les traditionnels agréments : «payer une marque et me plier à leurs codes pour obtenir le droit de travailler sur leurs voitures, ça me dépasse. Je préfère que les professionnels locaux me fassent confiance, et c’est le cas.» Il est vrai que sur le bassin cannois, le bichonnage de belles cylindrées ne manque pas. C’est aussi pour cela que Thierry Goggia a très vite cherché à s’implanter aussi du côté de Monaco ou sur une commune limitrophe : «mais les carrosseries à reprendre y sont hors de prix. Alors, pour me développer, je vais penser autrement.» Car ça urge : en un an seulement, le bassin cannois a connu une dizaine de fermetures. Il s’agit donc de se prémunir. En évoluant. En «pensant autrement.»


Penser autrement, c’est poser ses mains expertes sur la voiture lambda. Et c’est dès ce mois de septembre qu’il lancera sa première offensive sur les communes les plus proches, Mandelieu en tête : «pour contrer le système mis en place par les assurances et les experts, je vais commencer par distribuer 4.000 flyers pour sensibiliser les automobilistes.» Une démarche ouvertement militante, avec un slogan : «votre véhicule est un patrimoine, confiez-le en de bonnes mains.» Possible prise en charge de la franchise, nettoyage intérieur et extérieur, contact direct avec les assurances, récupération du véhicule et prêt gratuit, Thierry Goggia s’est mis au niveau de la grande concurrence côté services clients, avec seulement trois salariés. Loin d’oublier l’art du poli lustré sur les plus belles courbes, il compte désormais étoffer son marché pour résister aux chaines et groupes hyper-structurés. Son cœur, lui, balance toujours : «entre Ferrari, pas parce que c’est mon plus gros client, mais sans doute pour son perpétuel renouvellement. A chaque nouveau modèle, c’est une découverte… En 2014, ils vont atomiser tout le monde, avec une pure merveille ! Et puis, il y a l’œuvre d’art, la Lamborghini…» Deux légendes qui désormais, chez Thierry Goggia, côtoieront sans doute d’aseptisées berlines toutes aussi chères à leurs propriétaires.
Isabelle Auzias

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