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Fusion de la pédiatrie niçoise : Chronique d'un avortement annoncé ?
Près de trois ans après la création du Groupement de coopération sanitaire « Hôpitaux pédiatriques de Nice - CHU - Lenval », toujours pas « d'omelette » entre privé et public. Pas faute d'avoir cassé des œufs.

  La municipalité babille, fière de son prix des « PPP », pour Partenariats Public-Privé, remis lors des cinquièmes Rencontres internationales des PPP à Paris pour saluer le projet Nice Stadium (lire en page 4 du journal du 14 octobre). La pédiatrie niçoise n'est, elle, pas prête de brandir un tel hochet.

Pas faute pourtant de jouer au PPP. La Fondation Lenval, organisme privé, et le CHU de Nice ont créé, fin 2008 et conformément aux dispositions du Code de la santé publique, un groupement de coopération sanitaire « expérimental ». Un projet visant à retirer le meilleur des deux systèmes. Belle ambitions sur le papier mais les contractions se sont vite faites ressentir. Première phase du regroupement engagée pendant l'été 2010, et déjà la petite graine peine à germer. « Il y a des frottements entre les médecins du public et ceux du privé, les infirmières du public et celles du privé, les secrétaires du public et celles du privé ... », liste le docteur François Xavier Delorme, président de la Conférence médicale de la polyclinique Santa Maria, établissement hors fusion, « et personnellement je n'ai aucune envie de rentrer dans un Groupement de coopération sanitaire (GCS) quelconque, pas l'intention de rapprochement avec le public. »

Forcément, la clinique a déjà de quoi avoir une première dent contre le dispositif. Dans un rapport de l'Agence régionale de la santé rendu public le 29 septembre dernier, qui souligne également que « les premiers mois de fonctionnement ont mis en évidence plusieurs difficultés de fonctionnement importantes, reconnues par l'ensemble des partenaires », l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) fixe dix recommandations « majeures et incontournables ». Parmi elles, « le règlement de la situation de la clinique commerciale Santa-Maria, actuellement installée au sein de la Fondation Lenval », soit en la changeant en établissement privé à but non lucratif, soit en lui imposant un déménagement.

Christian Estrosi, député-maire de Nice, exprime son « total accord avec les conclusions du rapport de l'Igas », souhaitant que « l’État prenne toutes les dispositions nécessaires pour garantir la qualité de la prise en charge et la réussite de ce projet ambitieux de créer à Nice un grand centre de la femme, de la mère et de l'enfant ». Sans pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain, les patrons azuréens s'en mêlent et l'UPE06 s'élève contre toute décision allant à l'encontre du principe du statut juridique de droit privé retenu par le GCS. « S'il y a une volonté au plus haut niveau de faire ce GCS, alors pourquoi les règles du public viennent influencer le fonctionnement et s'appliquer au privé ? On ne peut pas tolérer cette situation. Soit il y a un équilibre, soit il n'y en a pas et nous restons en privé pur », tranche Yvon Grosso, président de l'UPE06. Et le patron des patrons d'y aller de sa petite métaphore, « il faut faire le point sur cette expérimentation, et si elle ne s'avère pas fructueuse, il faut arrêter de casser des œufs parce qu'on n'arrivera pas à faire d'omelette ». « Une omelette sans lardons en plus », ajoute un poète, proche d'Yvon Grosso.

Après tout, pourquoi pas tout lâcher ? Ni le public ni le privé ne semble prêt à faire les concessions nécessaires, et Nice est, sur les trois expérimentations, la troisième à être toujours en gestation. Les autres ? « Honfleur vient de se défaire, Dunkerque est en règlement judiciaire », précise Bernard Lecat, administrateur du GCS azuréen, manifestement loin d'arriver à son terme ...

Lucie Lautrédou

Téléchargez ici le rapport de l'ARS.