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Plages, tout baigne ?
Les plages azuréennes sont bondées, mais si les pavillons sont au vert, nos limpides eaux de baignade sont-elles réellement saines ? Les études d'un biochimiste niçois mettent en évidence les dangers de la pollution.

  Canicule oblige, cette semaine, touristes et Niçois en sueur se sont jetés sur, sous ou dans tout ce qui était susceptible de les rafraîchir : glaces, climatiseurs et surtout Méditerranée. Des pauses salvatrices sous le soleil alors que grimpaient les pics d'ozone, mais aussi rafraichissant soit-il, l'environnement est-il vraiment plus sain dans la grande bleue ?

Pas plus tard que lundi 22 août, la baignade était interdite sur la plage de la Batterie à Villeneuve-Loubet. En cause : la présence d'une nappe d'hydrocarbures à une centaine de mètres du rivage. "En quatre ans à mon poste, je n'avais jamais vu ça", souffle Yves Chaminadas, adjoint au maire de Villeneuve-Loubet, délégué à l'Administration générale et à la sécurité urbaine. En quelques heures la nappe est dispersée par les services de Veolia Eau. "Il n'y avait plus de traces, tout est rentré dans l'ordre et la plage a pu rouvrir le lendemain matin", poursuit l'élu.

Et pour cause : les analyses matinales des eaux de baignade, menées quotidiennement sur l'ensemble du littoral, ne cherchent que les bactéries type E.Coli et Entérocoques, responsables d'otites, gastro-entérites et autres réjouissances. Les hydrocarbures ou produits chimiques ne font pas partie des éléments pistés. Pourtant, les recherches du biochimiste niçois Pierre Doglioli tendent à démontrer que la pollution par les hydrocarbures et métaux lourds est aussi dangereuse pour le vivant.

 
  A en croire les relevés* de l'Agence Régionale de la Santé (ARS), les eaux azur de nos rivages sont de bonne qualité, à l'exception de quelques années classées "C", à savoir momentanément polluées, pour trois spots : 2008 sur la plage Nouveau Palais à Cannes, 2009 côté Paillon à Nice et 2010 aux abords de la plage Marco Polo, à Eze. Des résultats satisfaisants, notamment comparés à l'Hérault, qui compte moins de plages mais plus de zones classées "C", ou au Finistère, où les marées ne jouent finalement pas en faveur de la propreté de l'océan, en tout cas pas au moment des analyses. "Si les tests sont effectués à marée basse, les résultats seront mauvais, et en plus, dans le sud, les UV contribuent à éliminer les bactéries", explique Gilbert Fontes, ingénieur du génie sanitaire au sein de la délégation Alpes-Maritimes de l'ARS.

Mais dès 2013, en vertu d'une directive européenne, les critères vont changer, et certaines plages devraient se voir contraintes de fermer plus fréquemment. Par exemple, le seuil limite d'E.Coli présentes dans les eaux de baignade est aujourd'hui fixé à 2000 bactéries pour 100 ml d'eau. En 2013, on remballera les maillots dès que la présence de 1000 unités sera signalée. Si cette règle était déjà appliquée, Mandelieu-la-Napoule aurait déjà vu ses plages désertées cinq fois depuis le début du mois de juin. En cause? Les lavages de rue, qui entraînent l'écoulement d'eaux usées. Mais la pire des sources de pollutions recensées, c'est la pluie. "A Antibes, un épisode pluvieux a entraîné un pic atteignant les 68.000 E.Coli/100ml, et lorsque j'effectuais les prélèvements, un père jouait au bord de l'eau avec une toute petite fille", alerte Marjorie Aviles, ingénieur d'études et projets techniques à Veolia Eau.

Pour prévenir ce genre de désagrément, la multinationale prépare depuis déjà trois ans le programme Gestion intégrée des rejets d'assainissement côtiers (Girac) à Brest, Saint-Malo, Toulon et Antibes. Une matrice recoupant prévisions météo, hydrométrie et plans des canalisations afin de prévoir les pics de pollutions à l'avance pour avertir collectivités et public. Mais ça reste de la pollution de la terre vers la mer... La circulation des eaux entre ports et plages est peu considérée, pourtant le pic de bactéries enregistré le 7 juin à Mandelieu provient, selon les professionnels, des eaux du port. Ce qui prouve bien que les eaux circulent, emportant leurs pollutions avec elles...

Lucie Lautrédou

*Retrouvez les relevés ici

 
  Des moules stressées dans les eaux azuréennes

M
oules et puces nous parlent, écoutons-les... Pierre Doglioli mène des recherches dans un port de Nice Côte d'Azur grâce aux "biopuces", un système permettant d'isoler les gènes d'une espèce pour mieux analyser ses éventuelles évolutions. En octobre 2010, le biochimiste plonge des moules méditerranéennes saines dans ce fameux port, pour ne les ressortir que deux mois plus tard. Résultat de l'étude comparative entre un génome sain et celui d'une moule portuaire : sur les 10.000 gènes étudiés, 508 sont inhibés, ceux liés à la reproduction, et 275 sont sur-exprimés, ceux du stress, de l'immunité et du métabolisme. "Nous savons que les sur-expressions sont dues aux hydrocarbures et les inhibitions aux métaux lourds, présents notamment dans les peintures", analyse le scientifique qui mène une deuxième expérimentation, du 15 juin au 20 septembre. Chaleur et fréquentation maximale laissent présager le pire, qui serait... Des mutations génétiques. Sans envisager le scenario catastrophe, et même si cela n'aurait d'impact qu'au fil de la chaîne alimentaire et sur les espèces (à moins de vivre dans les eaux d'un port), il est relativement désagréable d'imaginer que dans nos eaux turquoises, courants obligent, les baigneurs avalent des tasses de métaux lourds et autres carburants.

Pierre Doglioli décortique le génome des moules.


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