Agriculture
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Oenotourisme
 

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Oenotourisme. La vie de château
Fini le temps des simples visites de chaix pour quelques initiés, aujourd’hui le vin azuréen se décline en couleurs et en activités diverses, parfois bien loin de la traditionnelle dégustation. Mais toujours à bon escient.

  Ils ‘appellent Roseline, Escaravatiers, Berne, Ott, Bellet bien sûr. Des domaines où les propriétaires terriens n’ont pas hésité à investir pour accueillir l’œnologue en herbe ou le citadin en quête de dépaysement. Si sur les collines niçoises, la taille des exploitations ne permet pas d’opérations d’envergure malgré de belles initiatives en termes de réception ou de rénovation, le Var, lui, s’organise. Ou essaie. Ainsi est née cette « Route des vins de Provence », autour des huit AOC répertoriées (Baux de Provence, Coteaux d’Aix, Palette, Sainte-Victoire, Cassis, Bandol, Coteaux varois, La Londe, Côtes de Provence, Fréjus et Bellet). 300 domaines des portes de la Camargue à Nissa la Bella, en passant par Saint-Honorat. Une véritable manne touristique qui tente de se fédérer, un potentiel énorme, pour une région qui draine, chaque année, 34 millions de visiteurs. Il y en aura donc pour tout le monde : les chemins proposés par la Chambre d’agriculture régionale se font thématiques (sites d’exception, route des Rosés de gastronomie, des séjours de charme, du bio, des grands Blancs et même des vigneronnes). Le tout décliné en guides, en signalétique et en charte d’accueil communes, et bien sûr en portail internet (). L’oenotourisme n’est plus le seul apanage des imposants domaines, l’effort se veut collectif, même si le démarrage est un peu poussif pour la saison 2011. Qu’importe, nos vignerons ne sont pas pressés, mais quelques-uns ont déjà pris les devant et largement vendangé côté infrastructures et activités annexes. Toute une économie parallèle qui pour une fois, ne se revendique pas de l’industrie, est en marche…

Isabelle Auzias



 
Berne, un domaine viticole et une offre touristique de haut vol
Entre garrigue et oliviers, le visiteur pénètre dans le domaine par un chemin ponctué de panneaux l’encourageant à poursuivre.
  Encore 4 minutes à rouler, 3 … Car Berne, ce sont 491 hectares de nature provençale, 118 hectares de vigne et un charme fou. Le domaine de prestige, modèle de gestion à activités complémentaires, conjugue l’excellence de ses vins avec une offre animation, restauration et hébergement, sachant, fait assez rare, combiner le raffinement d’un 4* Relais & Châteaux à une fréquentation populaire.

La production vinicole remonte ici à 1750. Passant de mains en mains, le vignoble un peu délaissé au sein du domaine est racheté en 1995 par Bill Muddyman, un Anglais passionné qui replante 32 hectares, modernise les installations, travaille scrupuleusement sur les cépages Provence et confie la direction du domaine à Didier Fritz, grand professionnel du tourisme. Sans rien perdre de son identité, le domaine tout entier sublime l’esprit Provence dans une tonalité subtilement élégante. Racheté en 2007 par un homme d’affaires britannique de 48 ans, grand voyageur, tombé sous le charme du château et du domaine, Berne non seulement n’y perd pas son âme, mais reçoit un nouvel élan sur son chemin d’excellence.

Le vin reste la priorité avec des chaix superbes, un caveau d’exception et une organisation remarquable de la présentation des crus. De la visite commentée, individuelle ou en groupe avec dégustation 7 jours sur 7 à la boutique et son offre très élégante dépassant largement la simple vente des crus du domaine, en passant par l’école du vin, le bistrot pour en-cas ou panier pique-nique, tous les types de clientèles se retrouvent autour de la vigne.

Berne , c’est aussi une offre hôtelière 4*, de grandes chambres et suites déclinant une tonalité provençale en version charme aristocratique dans des tonalités de grandes demeures. Gris, bleus éteints, verts discrets ponctués de rouge. A Berne, le raffinement se niche dans tous les détails, les bancs sous un arbre, les marches fleuries, la signalétique, les coussins, le buffet somptueux du petit-déjeuner, le spa et l’espace fitness, le potager en bio dynamie, pure merveille d’harmonie visuelle aux légumes parfois surprenants qui se retrouvent dans les assiettes.

Ici, peu de chance de s’ennuyer. Parcourir le domaine à pieds est un bonheur simple le long du chemin botanique qui peut aussi être sportif ou inattendu, en croisant le parc à autruches, le faire en VTT dans le bike park, version tranquille ou très branchée dernières tendances ludiques, en quad parfois… Le tout se combine avec des offres culturelles –concerts, expositions, journées à thèmes, pique-nique jazz... Si les familles trouvent ici leur compte en toute liberté et gourmandise avec, à midi La Bouscarelle sur la terrasse aménagée de l’ancienne cave ( belles formules à 22 ou 28€, menu provençal à 35 €) ou le soir à l’Orangerie en version gastronomique concoctée par Sébastien Nouveau, les entreprises trouvent aussi à Berne un lieu idéal, parfaitement équipé pour des séminaires ou des présentations : l’exemple réussi d’une gestion sachant coupler un authentique et solide domaine vinicole à constante recherche de perfectionnement à une offre touristique de grande qualité dans un cadre superbement préservé.

Liliane Tiberi

 
  Le domaine du Dragon, un pur produit vigneron

L
’AOC Côte de Provence en version rustique solidement ancrée sur ses 68 hectares, grimpant dans les collines de 200 à 400m, sur des terrasses de sol caillouteux calcaire dont certaines sont plein sud... Pour des vins francs, bien typés, en culture raisonnée. Ici, l’on pénètre au cœur d’une exploitation en pleine vérité vigneronne, fière, à côté d’un rosé à robe tendre et de blancs contrastés, de ses rouges intenses et complexes qui tiendront devant gibier et truffe et ne faibliront pas en garde. On grimpe le chemin, on croise les engins agricoles, on s’accroche à la garrigue et on atteint même le castrum médiéval en bordure du plateau de Malmont. Si aujourd’hui ne restent plus visibles que quelques pans de murs et les ruines d’une chapelle, le site fut aussi occupé dans l’Antiquité et à l’âge du fer comme l’attestent des fouilles conduites en 1997.

Venir au domaine du Dragon pour y séjourner est une option qui plonge dans une vérité provençale agricole. L’hébergement spacieux, bien aménagé, se fait sur trois bâtiments, la ferme, la bastide et la bergerie en gîtes présentant une heureuse indépendance, chacun ayant sa terrasse, son accès, cuisine et salle de bains. Idéal pour des séjours famille ou groupes d’amis avec des locations à la quinzaine ou au mois en juillet/août ( 2.600€ la quinzaine pour 2 chambres de 3 lits + une de 2 lits, 1.320€ hors saison haute ou semaine à 820€. Bergerie 2 lits 780€ la quinzaine en haute saison).Les entreprises pourront aisément y organiser des séjours motivation dans une nature encore âpre, au cœur du vignoble, avec des parcours pédestres s’ouvrant largement sur le Malmont ou des présentations. Le gérant du domaine, ancien kiné bruxellois, couple passion vigneronne, culture terrienne et sens inné de la convivialité et de l’accueil.

LT

 
  Château Sainte-Roseline : tous les arts en leur domaine

A
voir une chapelle classée Monument historique au cœur de son domaine, ça encourage à l'ouvrir aux visiteurs. Et ça tombe bien : quand Bernard Teillaud, un « visionnaire » selon sa fille Aurélie, achète le Château Sainte-Roseline situé aux Arcs-sur-Argens dans le Var en 1994, il a déjà la volonté de se lancer sur le créneau de l'oenotourisme. « Nous avons toujours été ouverts au public, avec l'objectif de faire découvrir le vin d'une manière nouvelle, de l'associer à de belles choses, et de transmettre des émotions aux visiteurs, à travers l'art et la musique », explique Aurélie Bertin-Teillaud, aux commandes du domaine depuis trois ans.

La famille de mélomanes et amateurs d'art organise donc ses concerts et expositions, comme celle des sculptures de bronze de Jim Dine parsemées dans les vignes du 2 juillet au 30 septembre, avec un plaisir non dissimulé. Le petit truc en plus ? Un sacré coup de pub aux 108 hectares du vignoble… Retombées presse après les concerts de musique classique, jazz ou baroque, réputation du domaine, tout joue en la faveur du précieux breuvage, d'autant qu'un amateur de vin attiré sur le domaine a tendance à y rester pour flâner, entre dégustation, visite de la chapelle et pauses dans le parc. Résultat : les ventes au caveau représentent 20% des 9,2M€ du chiffre d’affaires 2010, soit 1,8M€ de bouteilles écoulées. L'événementiel pèse, lui, pour 7% des facturations. Une proportion qui devrait augmenter : le château vient d'investir 800.000€ pour sa rénovation. Le caveau et la salle de réception rénovés devraient attirer plus de conférences ou de mariages, à l’image du flambant neuf Clos des Roses à Fréjus, conçu sur le même modèle. La dirigeante estime que ces travaux généreront une croissance annuelle de l'événementiel de 10 à 15%. Le vin va encore couler à flots…

Lucie Lautrédou

Sur la photo : Aurélie Bertin-Teillaud, dirigeante du Château Sainte-Roseline, a fait certifier son domaine Agriculture Raisonnée.

 
  Mas des Escaravatiers : un peu de vin, beaucoup de concerts

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e Mas des Escaravatiers, ses concerts, ses apéros sonores, ses pool parties et … son vin. Il se fait parfois oublier au détriment du caractère résolument festif du domaine le plus branché du Var, mais oui, on produit bien les trois couleurs sur les 38 hectares de vignes achetés en 1927 par l'arrière-grand-père de Sébastien Costamagna. Mais par passion, le tout juste trentenaire s'est lancé dans la production de concerts, alors que son cousin s'occupe de la partie purement viticole. A l'arrivée, l'événementiel est devenu le premier client du domaine. « On se vend à nous-mêmes, et cela représente 10 à 12% des ventes, c'est plutôt pratique », sourit notre diplômé de marketing international. « L'oenotourisme et l'événementiel, c'est un complément de recettes pour certains, c’est nécessaire pour d'autres, et ça peut même rapporter plus que la production », observe-t-il.

LL

Sur la photo : Sébastien Costamagna ouvre son domaine aux artistes. Cette année, Moriarty, Yaël Naim ou Médi enflamment les vignes.

 
  Le Clos Saint-Vincent : agrandir le caveau de dégustation

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ares sont les domaines maralpins capables de rivaliser avec leurs voisins varois. Seuls le Domaine de Toasc, Château Bellet et Château Crémat possèdent les surfaces suffisantes pour accueillir séminaires et mariages d'envergure. Mais les petits s'y mettent progressivement. Ainsi Joseph Antoine Sergi, du Clos Saint-Vincent, envisage par exemple d'agrandir son caveau de dégustation. « Nous avons racheté le domaine il y a 18 ans avec mon beau-père. Il faisait alors deux hectares, nous en avons aujourd'hui six, nous sommes donc à l'étroit et allons agrandir, en réservant un espace plus important aux dégustations », explique le président du syndicat des vignerons du Bellet. Pousser les murs pour augmenter les ventes …

LL

Sur la photo : Joseph Antoine Sergi, du Clos Saint-Vincent, est aussi président du syndicat des vignerons de Bellet.