Fait Divers
Forcené
Nice

Éric Melloul : la journée de trop ?
Il avait prévenu. Il avait re-prévenu. Ce matin même, interviewé par Tribune-Bulletin Côte d’Azur, il parlait d’une action « dont on allait parler dans toute la France »...

  Ce lundi 4 juillet, une source serial shoppeuse prévient la rédaction. « Le vendeur d'American Basket, la boutique de chaussures sur Jean Jaurès, prépare un gros coup pour aujourd'hui, une action dont on pourrait entendre parler dans toute la France d'après lui, mais il me demande de garder le silence ». Éric Melloul, le gérant, est célèbre pour ses frasques, nous faisons un détour à la mi-journée. Derrière la vitrine couverte de d'affiches contre le maire de Nice, type « Estrosi, les indignés sont en marche, j'en fais (sic) partie, et j'irai jusqu'au bout », nous trouvons un homme pour le moins fébrile, qui déballe pêle-mêle avis d'expulsion, lettres de soutien, certificats administratifs … Il évoque dans un même flot l'indemnisation insuffisante suite aux travaux du tram (d'après la mairie, il a perçu 80.000€), l'expulsion de son logement, le projet rejeté de transformation de son commerce en brasserie (d'après les services de la mairie, le dossier est en cours d'instructions et le blocage réside dans un simple manque de pièces). Ce qu'il compte faire ? « Non je ne vais pas vous le dire ».

Ce n'est que vers 16 h que les pompiers s'approchent, sirènes éteintes. Le GIPN est sur place, le quartier bouclé, le tram stoppé, l'électricité coupée dans une portion de la rue de la Boucherie, celle attenante au magasin situé face au parking du Paillon. Éric Melloul s'est barricadé derrière un rideau de fer baissé, à grand renforts de bidons d'essences, environ 40 litres selon un pompier, il menace de s'immoler. Une ambiance un peu "Neuilly", version école maternelle. Un négociateur du GIPN commence les négociations. Sur place, Christian Estrosi aurait souhaité entrer immédiatement, mais se plie aux consignes des professionnels qui l'entourent. Vers 16 h 30 on lui tend le téléphone. Quelques mots puis le rideau s'ouvre, le maire entre dans la boutique, couvert par les forces de l'ordre. L'ex-ministre de l'Industrie dit avoir négocié « avec quelqu'un sous traitement, qui avait certainement pris un certain nombre de produits ».

Sans l'intervention des forces de police, l'équipe de négociation obtient du forcené qu'il se rende au CHU. Seule condition : être accompagné par son médecin. Le maire assure par ailleurs qu'il suivra personnellement le projet de requalification du commerce du 34, boulevard Jean Jaurès en brasserie. En l'attente du praticien, la circulation est petit à petit rétablie. Quelques coups de fils sont passés depuis l'intérieur du magasin. Ce n'est que quelques poignées de minutes après l'arrivée du soignant qu'un vendeur de chaussures apparemment apaisé sortira, entouré notamment de son médecin et de Christian Estrosi. Il prend la direction du CHU. On souffle sur le trottoir, les services de la mairie évoquent les 36.000 € de dettes locatives d’Éric Melloul, puisque son local appartient à la ville, on évoque les antécédents, laissant planer le doute sur la crédibilité de l'homme en route vers l'hôpital. Côté commerçants on est plus sceptiques, partagés entre la connaissance des difficultés à répétition sur cette artère, entre arrivée du tram et disparition prochaine et connaissance d'un personnage à fleur de peau qui n'a pas fini de faire parler de lui …

Isabelle Auzias et Lucie Lautrédou

Sur la photo : "Dénouement heureux", selon Christian Estrosi, Eric Melloul embarque dans un camion de police, direction le CHU, sous le regard de son médecin.




La police écarte les bidons d'essence.



Les autorités patientent devant un rideau baissé.



Essence saisie.



Benoit Kandel devant une porte finalement ouverte.