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La Côte vue par ses expats
10% des entreprises azuréennes (pérennes) sont créées par des étrangers. Qu'est-ce qui pousse ces dirigeants venus d'ailleurs à s'installer chez nous ? Et que nous reprochent-ils ? Tour de table au Freelance Café.

Expats On reproche parfois aux Français de ne pas avoir la fibre entrepreneuriale. Les étrangers l'ont pour nous... Une enquête de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) tend à le prouver, puisqu'elle révèle qu'en 2009, 11% des entreprises créées en 2006 et toujours en activité avaient été fondées par des personnes (physiques ou morales) étrangères. Même tendance en PACA, avec sur les 15.457 sociétés pérennes nées en 2006, 735 qui devaient leur paternité à des ressortissants de l'Union Européenne -hors France- et 840 à des entrepreneurs d'autres nationalités.

Ce qui les attire sur nos rivages ? Le climat, la beauté des lieux, la douceur de vivre... De petits plus qui surpassent les nombreuses difficultés rencontrées par les expatriés : barrière de la langue, prix du foncier, taxes diverses… Ce qu'ils vivent plutôt mal ? L'isolement. Ils se retrouvent donc chaque mois lors de «Freelance Cafés», l'occasion d'échanger bon plans et coups de cafard, cartes de visite et expériences. «J'avais besoin de créer une plateforme pour partager les énergies», justifie Chiara-Ida Young-Bondi, serial blogueuse originaire des États-Unis, mariée à un Niçois. Son objectif : mettre en contact travailleurs venus d'ailleurs avec les professionnels locaux qui pourront alors les épauler : avocats, comptables, conseillers juridiques … Avis aux intéressés.

Lucie Lautrédou

 


R
estaurant Le Gaglio, boulevard Jean Jaurès à Nice, mardi 12 avril. La terrasse ensoleillée s'agite au rythme du lézard entre deux siestes. Cadre plus que tentant, mais c'est à l'intérieur que s'est réunie la dizaine de travailleurs étrangers participant au Freelance Café. Cadre sérieux et ambiance bon enfant pour ce rendez-vous mensuel, l'occasion de faire le point sur ce qui les a séduit en France. Ou pas ...

LES MOINS


Les taxes.

C'est la spécificité française à double tranchant : autant le monde envie le système social à la française, entre santé, éducation et infrastructures collectives, autant, une fois les deux pieds sur les terres hexagonales, les expats' découvrent l'envers de la médaille : les charges. « Elles sont écrasantes », commente l'américaine Chiara-Ida Young-Bondi, à tel point que « beaucoup d'entrepreneurs sont dans un esprit de survie ». Un jugement appuyé par son voisin allemand, Stefan Hofmann, qui se souvient de la création de sa société en France : « toutes les mains se sont tendues pour prendre mon argent, je n'avais pas l'habitude de ça en Allemagne. C'est extrême en France, et ça fait moins plaisir de gagner de l'argent ici ... » regrette l'entrepreneur qui, s'il a attendu deux ans pour obtenir son numéro de carte de sécurité sociale, profite aujourd'hui des bons côtés du système social.

Les bureaux.

Pas besoin de débarquer d'un autre continent pour s'en apercevoir : les prix du foncier sur la Côte dépassent des records, d'où le problème de trouver bureau à son pied. Une question qui se conjugue avec la douloureuse sensation d’isolement du travailleur indépendant scotché à son ordinateur, souvent à domicile, trop souvent assujetti à de petits soucis de motivation. Mais à chaque problématique sa solution : Simon Crann, d'origine allemande mais installé en France depuis ses onze ans, qui se présente comme un « entrepreneur social », planche sur le lancement d'un service de « coworking » à Nice, « un lieu physique pour se rencontrer » et travailler en interaction.

L'esprit.

L'esprit français … Réputé peu (voire pas) aventureux, les Français s'en prennent plein les gencives au Freelance Café : de « à trop s’asseoir pour réfléchir à une nouvelle idée, ils brûlent leur énergie en discussions et tuent l'idée dans l’oeuf », à « ils se cantonnent à leurs horaires et ne restent pas plus tard au travail pour le bien de leur entreprise », ou encore « le système éducatif est fantastique, mais sans diplôme, on ne va nulle part, c'est montre-moi ton diplôme, je te dirais ce que tu as le droit de faire », les critiques sont volontiers acerbes. Une série de petites piques lancées entre deux éclats de rire. Qui aime bien châtie bien ...

LES PLUS


La langue.

Exit le stéréotype du Français incapable d'aligner deux mots dans la langue de Shakespeare, seulement sauvé par son accent « so cute »… « Aujourd'hui, tout le monde parle anglais ou italien ici », apprécié James Salazar, consultant en technologies de l'information originaire de Mexico. Tellement bien qu'il vit très confortablement sur la French Riviera sans jamais tutoyer Molière. Idem pour Anne Pilling, conseillère comportementale, ou Diane Messias, auteur de théâtre et blogueuse, qui s’apprête finalement à quitter la Côte : « c'est un endroit difficile lorsqu’on est une femme seule »… Face à eux, d'autres ont fait l'effort de se mettre au diapason : « les Français sont contents d'être avec quelqu'un qui, au moins, essaye de parler la langue, c'est pour ça que nous devons le faire », observe Simon Crann, en français dans le texte bien évidemment.

« Being different »

Pour Stefan Hofmann, « lorsque l'on est expatrié, on est toujours quelqu'un de différent », que ce soit lorsque l'on rentre dans son pays d'origine ou au quotidien dans son pays d'accueil. Et être un peu extraordinaire, l'expat' aime ça ! Un trait encore plus forcé sur la Côte d'Azur qu'à Paris – capitale d'un pays qu'ils reconnaissent comme très centralisé - qui déborde de travailleurs étrangers. « Being different », c'est plus vrai sur la Côte.

Last but not least…

Le soleil, la douceur de vivre, le soleil, le cadre, et encore un peu de soleil. S’il est une qualité que personne ne songe à oblitérer, c’est bien le radieux climat qui, pour quelqu’un qui vient du nord et du froid, reste surprenant. Des années durant…