Carnaval
Nice
 
 

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Carnaval de Nice : la tentation de la privatisation ?
Entre barricades et accès payant, l'esprit populaire du Carnaval de Nice s'en va, et cède la place à celui d'entreprise.


  Le Carnaval de Nice, ce n'est pas juste de la farine, des fripes et trois serpentins. Ce sont plus de vingt chars, même chose en tonnes de confettis, 23 tribunes, des opérations de com' en pagaille ... Résultat : la note est salée. En 2010, le budget global du grand raout de l'hiver s'élevait à environ 6M€. Une grosse cagnotte, surtout si l'on considère que les recettes directes globales ne dépassent pas les 1,8 M€. La fête n'est pourtant pas une affaire à pertes, puisque les retombées économiques sont estimées à près de 35 M€ sur l'ensemble de la Côte d'Azur.

Il n'empêche, l'Office de tourisme entend rationaliser tout ça : en faire un « événement rentable », ose même son directeur général, Denis Zanon. « Nous souhaitons faire évoluer le modèle commercial par une optimisation de la gestion des dépenses et l'apport de partenaires extérieurs ». Des sponsors privés autant nationaux qu'internationaux pour organiser de concert des campagnes marketing, affichage... Le directeur général travaille également avec des contacts pour élaborer des « formules d'accompagnement pour leurs propres réalisations », à l'instar de la ville de Haïfa, en Israël: « ce genre d'échanges nous permettrait de donner un écho au Carnaval dans des pays où nous n'irions sûrement pas le promouvoir », insiste Denis Zanon.

Partenariats avec des privés, exportation des savoirs-faire, rationalisation des coûts : décidément, cette petite fête est gérée comme une multinationale... Le corso n'est-il pas en marche vers la privatisation ? « Non, c'est juste une optimisation de la gestion de l'argent public », tranche le roi du Carnaval, indétrôné depuis trois ans. Mais certains particularismes ne survivront pas : ainsi, exit le bain de mer ou la pittoresque course des serveurs. Tout passe, les affaires restent... Allons-nous vers un Carnaval aseptisé et lissé, mondialisé, revendable à l'envi quelles que soient les cultures ou les coutumes ? Réponse dans les prochaines éditions.

Lucie Lautrédou