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Fronde des magistrats : la justice en faillite ?
Juges, avocats, policiers et autres fonctionnaires azuréens se sont mobilisés ce jeudi.

  Un flot de robes noires et une rouge, celle de la présidente de la Cour d'Assises Anne Segond, a inondé les marches du Palais de Justice de Nice, le 10 février dernier. Une petite centaine de magistrats, d'avocats, de représentants du service pénitentiaire d'insertion et de probation (le fameux SPIP...) et autres fonctionnaires ont ainsi marqué leur mobilisation, prenant part au mouvement de protestation national. Pour beaucoup en réaction aux propos tenus par le président de la République suite à l'affaire Laëtitia (cf. encadré). Tous pour dénoncer le manque de moyens de la justice.

Si, à Nice, Nathalie Gavarino, représentante de l'Union syndicale des magistrats, reconnaît travailler dans des conditions matérielles correctes, elle estime que les propos présidentiels, mettant en cause la responsabilité des magistrats dans le meurtre du Pornic, ont été prononcés dans un « contexte de pénurie de moyens, voire même de misère ». Et pour cause: en 2008, l'Hexagone était le 37è pays du conseil de l'Europe sur 43 en terme de PIB par habitant consacré à la justice. « Notre justice est en état de faillite. Si c'était une société, elle serait en redressement judiciaire », estime le bâtonnier grassois Michel Valiergue. Illustration dans la capitale azuréenne : un magistrat parti en retraite non remplacé, un juge pour enfants manquant (sur trois), deux postes vacants au Parquet et 14 travailleurs sociaux au SPIP pour traiter quelques 2.000 dossiers … C'est après avoir martelé ces chiffres que la magistrate a annoncé, lundi 7 au soir, le renvoi de toutes les audiences non urgentes du TGI. Grasse lui a emboité le pas mercredi, et cent représentants du monde judiciaire se sont également réunis dans la salle des Pas perdus du TGI de la capitale des parfums le même jeudi.

La démonstration de force faite, what's next ? Qu'est-ce qui pourra décider les robes noires à poursuivre ou non le mouvement ? Rien de bien concret à vrai dire: « il s'agit d'un mouvement de protestation, pas de revendication », insiste Nathalie Gavarino. Sur le parvis du Palais de Justice, elle égrène cependant ses doléances, et surtout réclame « du respect, un respect qui passera aussi par des moyens suffisants pour la Justice ». Prochains épisodes ? Les assemblées générales, qui devraient fixer la marche à suivre , ce vendredi à Nice et lundi pour Grasse.

Lucie Lautrédou

Sur la photo : Un flot de robes noires et une rouge, celle de la présidente de la Cour d'Assises Anne Segond.

 
  « Je ne comprends pas la position du Barreau de Nice »

S
PIP, policiers, fonctionnaires … Tous solidaires du mouvement de protestation des magistrats. Les avocats aussi, avec cependant une nuance entre les barreaux de Nice et Grasse. Si les Grassois sont vent debout derrière les magistrats pour dénoncer le manque de moyens et la réaction du pouvoir politique, le barreau niçois est plus mitigé. « Il n'est pas nécessaire de faire un amalgame entre le fait dramatique concernant la jeune Laëtitia, les paroles du président de la République et d'autre part ce qui pose problème, à savoir les moyens », explique Me Patrick Le Donne, bâtonnier de l'Ordre niçois. « Je ne comprends pas la position du barreau de Nice, on ne gère pas la Justice avec du mépris ! », réagit Me Michel Valiergue, son homologue grassois.

Sur la photo : Nathalie Gavarino, juge d'instruction et représentante de l'Union syndicale des magistrats.