Port de Nice
 
 
 

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La fin du port de Nice ?
Les luttes intestines entre élus/riverains et professionnels/commerçants sont montées d’un cran, avec l’annonce d’une sévère restriction dès cette année sur le trafic des ferries. Mais l’enjeu est ailleurs.

  Et si le sujet est devenu plus que sensible, c’est que la réduction des navires à quai pour 2011 est loin d’être le seul point d’achoppement. Passer de 358 à 300 escales annuelles pour les ferries en eaux niçoises aura bien sûr son impact : 200.000€ de pertes sèches pour les compagnies, et une progression pour nos proches voisins et concurrents, Toulon et Savone. Pour Pierre Mattei, responsable sur Nice de Corsica Ferries qui assure 75% des traversées vers la Corse avec 800.000 passagers par an, «c’est la première fois que ça nous arrive. Nous nous étions engagés l’an passé à faire des efforts pour limiter les nuisances. Positionnement différent des navires, sensibilisation du personnel, ces efforts ont été faits. Un manque à gagner ? Pas seulement pour nous, pour le port et pour la ville surtout. Moins de navires, ce sont des retombées économiques en baisse… En compensation, Corsica Ferries augmentera son offre sur Toulon.» Voilà donc pour le court terme. Et à dix ans, les critiques se font plus acerbes : «Si Nice ne veut pas perde sa vocation, il est urgent qu’elle garde une certaine compétitivité, en adéquation avec les armateurs.» Et côté armateurs, la tendance est à une flotte revisitée, et surtout agrandie : des «Méga express» de 180 à 200 mètres… Tout le monde s’y prépare. A Ajaccio, c’est déjà fait. A Bastia, un nouveau port va voir le jour. Et à Nice ? «ça ne passera pas !» Thierry Voisin, président du NUM qui représente de 2.000 à 3.000 salariés, ne décolère pas : «ce qu’il faut, c’est une réflexion globale sur notre avenir. Une réflexion qui passe forcément par un nouveau site. Lympia ne sera jamais un port moderne. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule solution : Cap 3000. On a voulu nous balader : de la plaisance pure ? On en peut pas, il y a trop de houle… Les croisières ? Les futurs bateaux ne rentreront pas. Ce que nous demandons ? Un port adapté, le temps d’en construire un autre, pour ne pas perdre des parts de marché.»

Même son de cloche du côté de Jean Laget : à la tête de Voyages Mathez SA, un «historique» des lieux, il ne fallait pas faire l’impasse, il y a trois ans, sur la digue un moment envisagée au delà du port. «La CCI en avait parlé à l’époque. Elle permettait d’éloigner les bateaux des habitations, d’accueillir de plus grosses unités. Et de créer 1.500 emplois supplémentaires. Au lieu de ça, et pour donner raison à une trentaine de riverains à la retraite, le projet a été abandonné.» Et de rappeler que Mathez Voyages fait entrer, bon an mal an, 3 Ma de devises étrangères…

Pour Jean-Philippe Salducci, pilote de son état, « si rien n’est fait d’ici 10 ans, c’en est fini. C’est une évolution naturelle, même la Twingo grandit… Et les bateaux aussi. Le fait que les marins CGT se soient mis en grève pour avoir le droit de travailler, c’est quand même une première ! L’avenir, c’est à proximité de la plaine du Var, où l’on pourrait créer le grand pôle multimodal rêvé… En attendant, sur le port, nous avons fait le maximum : ferries, cimentiers… Alors cette décision d’imposer de sévères restrictions, nous la comprendrions, s’il y avait un projet à côté. » Le souci ? «Avant 2007, les ports comme le nôtre étaient sous contrôle de l’Etat. Aujourd’hui, passé aux départements, ils sont devenus non plus des outils économiques, mais des enjeux électoraux. N’oublions pas que les travailleurs du port n’y habitent pas, ils n’en ont pas les moyens. Donc ils ne votent pas…» Quant aux promesses passées de réaliser un nouvel équipement près de l’aéroport, il avoue ne jamais y avoir cru : «depuis le début, nous le savions, c’était infaisable. Ou alors avec des moyens colossaux, comme à Monaco. Aucune collectivité ne pourrait se le permettre.» Et de repenser aux idées avancées par Jean Icart, plus à l’ouest : «avec des contraintes, certes, mais avec du potentiel. Mais personne n’a bougé.»

Une position radicale que Bernard Kleynhoff, président de la CCI concessionnaire, relativise, plus en phase comme l’on s’en doutait avec l’autorité propriétaire : «300 rotations vers la Corse cette année, il y en avait 313 en 2009 (ndlr mais 358 en 2010). Nous prônons un développement économique raisonné et raisonnable. Il faut aussi prendre en compte des contraintes dans un environnement urbain.» Les prévisions des armateurs sur le surdimensionnement annoncé des navires ? «Il y aura toujours des petits bateaux. Et nous avons du temps devant nous. Comment faire l’impasse sur le trafic ferries à Nice, vu l’importance de la colonie corse ?» Enfin le mot est lâché ! Car quand même, force est de constater que jusqu’ici, personne n’y avait trop pensé, aux Corses… Hormis Marc Concas, conseiller général du territoire, siégeant dans l’hémicycle côté opposition : «bien sûr, toute mesure allant dans l’intérêt des riverains est une bonne mesure. Pour autant, il n’est pas nécessaire de réduire l’activité économique qui fait vivre tout un quartier. Comment concilier le désir de faire de Nice «la Barcelone du sud de la France» et d’envisager un port à la grand-papa ? Etouffer le port, c’est désastreux pour l’image de la ville. Et pour ses commerces. Qu’en pensent les 25.000 Corses qui vivent à Nice ? Attention, eux-aussi votent…. »

Isabelle Auzias

 
  La goutte d’eau qui fait déborder le port

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armi les décisions édictées récemment, l’une fait tâche d’huile dans les eaux limpides de Lympia : la construction du futur parking du quai de la Douane, pour un budget de 23 M€, dont 8 millions financés par l’autorité concessionnaire (la CCI) sur le fonds de réserve destiné aux activités portuaires, et en particulier à l’entretien des lieux. Un fonds de réserve constitué par les utilisateurs directs du port. « Normal » pour Bernard Kleynhoff, qui stipule que ce nouvel équipement «servira avant tout aux professionnels in situ, et qu’il est aussi un outil de développement». Indélicat, voire carrément hors la loi pour le NUM (Nice Union Maritime), qui rappelle que «prélever une telle somme dans nos finances signifie que les tarifs appliqués ont été au-dessus de ce qu’ils auraient dû être, le code des parts maritimes prévoyant une baisse des tarifs en cas d’excédents. Il y a donc infraction à la loi.» Pire, ledit parking, s’il est bien tanqué en terres portuaires, aura ses entrées et sorties… à l’extérieur du périmètre. «C’est en fait un parking destiné aux riverains, mais de façon à peine déguisée», scande Thierry Voisin. «Donc, qui devrait être à la charge exclusive des collectivités locales.» Un recours devant les tribunaux est d’ores et déjà envisagé, si la situation n’était pas clarifiée et les fonds retournés dans l’escarcelle portuaire pour un usage plus approprié. Comme l’étanchéité des locaux du quai Infernet par exemple. Ou la réalisation du fameux «Pass», un espace dédié à l’embarquement des voitures sur les ferries qui permettrait de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Voilà qui devrait séduire les voisins les plus récalcitrants. Et bien pas si sûr : ce sont eux, encore, qui ont fait capoter le projet. Va comprendre, Charles…

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