Centre des jeunes dirigeants
Maison d'arrêt
Valeur travail
 

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Quand les Jeunes dirigeants poussent les portes de la prison
Action-phare du mandat Puissegur à la tête du Centre des jeunes dirigeants de Nice : l'accompagnement des détenus sur le chemin du retour à l'emploi.

  Face à face inédit à Nice : le patronat parle au monde carcéral. Quatre membres du Centre des Jeunes Dirigeants de Nice (CJD) et leur président, Jean-François Puissegur, ont pris leur courage à deux mains et sont allés à la rencontre des détenus de la maison d'arrêt de Nice pour leur parler de la valeur travail, le 31 janvier dernier. Courage, car «certains jeunes dirigeants ont eu peur et n'ont pas voulu nous accompagner», note le président. Pourtant, le message d'un jeune détenu est clair à l'issue des deux heures de débat : «il faut leur dire, aux patrons, qu'on n'est pas là pour leur faire peur, qu'on est prêts à travailler, même si on a fait des erreurs à un moment de notre vie».

Travailler, travail, emploi : des mots qui ont résonné dru entre les murs de l'amphithéâtre suffoquant de la prison. Mais deux heures de débats n'auront pas été suffisantes pour mettre tout le monde d'accord côté définitions ... Quand les Jeunes Dirigeants parlaient travail, valeurs et épanouissement, les détenus agglutinés face à eux entendaient surtout emploi, rémunération et sécurité. La majorité des dizaines de personnes incarcérées présentes ont en effet communiqué leur vision très pragmatique. A la question «c'est quoi le travail ?», les réponses ont fusé : «c'est gagner de l'argent pour ne pas se retrouver ici», c'est «gagner sa vie, pour permettre d'en avoir une» ... Des réponses émaillées des diverses problématiques liées à l'emploi rencontrées par les détenus : discrimination, exploitation ou faiblesse du niveau de la rémunération.

Et bien que Géraud Delorme, directeur de la prison, ait insisté sur «l'importance de la séparation entre travail et emploi», les attentes des près de quatre-vingt détenus n'ont pas tout à fait été comblées. Il faut dire que c'était la première fois que des dirigeants faisaient ainsi un pas vers le monde carcéral, et que les prisonniers les attendaient un peu comme des sauveurs; ils ont bien vite déchanté : «je pensais que les patrons venaient ici pour nous donner du boulot dehors, le fait de savoir ce que c'est que le travail ne va pas nous servir, on sait déjà tous ce que c'est...»

«Certains ont énormément d'attentes, dès qu'ils voient un chef d'entreprise, ils pensent emploi, et sont donc peut-être un peu frustrés mais dans l'ensemble, je n'ai pas eu cette sensation», tempère Jean-François Puissegur. Et le temps mettra peut-être tout le monde d'accord, puisque l'action des jeunes dirigeants va s'inscrire dans le temps. Cette rencontre n'était que la première étape d'un programme en trois paliers, qui amènera ensuite les adhérents à aider les détenus à rédiger CV et lettres de motivation, à leur faire passer des entretiens fictifs et, dernière ligne droite, à offrir un accompagnement aux ex-détenus au moment de leur réinsertion. Une formule qui convient parfaitement au directeur de l'établissement, qui entend «sortir la prison de l'assistanat» et montrer à ses détenus que l'on peut certes leur tendre la main, mais qu'il leur appartient de faire l'effort pour se tourner vers le monde du travail … si possible légal.

Lucie Lautrédou



Photo Myriam Bloch