Palmarès 2010
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Yvon Grosso
 

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Yvon Grosso : "Remettre à plat notre système sociétal"
Crise, retraite, fiscalité... Rien ne se fera sans l'homme. Sans les hommes. Et le thème de ces Entreprenariales 2010, "Entreprises et citoyenneté", n'a pas été choisi au hasard. Une sorte de marque de fabrique pour le nouveau président de l'Union patronale et du MEDEF 06.

  "Nous sommes confrontés à une guerre économique féroce, la plus féroce que nous ayons jamais connue." Pour Yvon Grosso, si le pic de crise est passé, rien n'est encore véritablement réglé. "La sortie ? Mais nous serons toujours en crise, qu'elle soit économique, sociale, financière ou politique, le XXIè siècle est un siècle de mutation de civilisation. Mais ne l'oublions pas, une crise, c'est aussi une opportunité. Il faut s'adapter, se montrer agile. Ne pas sombrer dans le pessimisme, mais rester réaliste. Rien ne sera plus jamais comme avant..." Fort de ce constat, l'homme fort de l'UPE 06 veut préparer au mieux le tissu local, et s'impliquer largement à tous les niveaux de décision. Comment ? "En nous positionnant clairement comme une force de proposition. A tous les échelons. Pour les Municipales comme pour les Présidentielles 2012, nous aurons aussi notre pierre à apporter." Le mot d'ordre : "cette crise, il nous faut la transformer, tout remettre à plat." Il faudra sans doute de la volonté, du travail, et une solide dose de pragmatisme, avec un zeste de réflexion visionnaire.

Après sept mois marathon de présidence, Yvon Grosso se positionne sur certaines problématiques. Et actions menées par les dirigeants.

La conjoncture locale

L'activité est positive sur le deuxième semestre 2010. Mais les grèves ont fortement impacté notre économie : 4 M€ de pertes rien que dans les Alpes-Maritimes... sans compter les conséquences induites, comme la hausse de 15% du carburant, qui elle-aussi pénalise les entreprises. Ce qui fait que notre sortie de crise s'est vue un peu affaiblie. Ce n'était pas forcément le bon moment. Pour 2011, les carnets de commandes se sont un peu remplis, au moins jusqu'en février. Si le cap des 3 ou 4% de croissance est atteint (et gardé), nous serions ravis. Quelques gros chantiers vont démarrer, une bonne perspective pour le secteur du BTP : le grand stade, le tram'. Mais ce ne sera pas suffisant pour l'ensemble de la filière.

L'espoir ?

Pour l'instant, le bassin grassois tire notre département vers le haut, avec une croissance enregistrée de 15% qui devrait se maintenir. On parle aussi beaucoup de l'OIN côté niçois, encore faudrait-il que ça démarre, que l'on dépasse enfin les phases techniques et technocratiques. C'est long, trop long, il faut que ça avance.

Les retraites

Il faut absolument changer notre approche. Cette réforme, accouchée dans la douleur, c'est une opération d'urgence pour sauver le système des répartitions, rien d'autre. Il faudra sans doute aller plus loin... Il ne fallait pas céder. Je suis partisan d'une autre option, le système des retraites à points, qui correspondraient aux salaires perçus et valorisés, une sorte de retraite à la carte : le nombre de points acquis fixerait le montant, avec ou sans complément, pour un taux plein ou pas. Nous allons y travailler. L'avantage ? Tous égaux, salariés, fonctionnaires, artisans, chefs d'entreprise...

Les seniors

Là-aussi, il faut avancer. A 55 ans, on ne finit pas une carrière aujourd'hui, on se ré-oriente. C'est une troisième étape. D'où l'importance de la formation continue, pour offrir des compétences à valoriser. D'où également l'importance du management des ressources humaines, qui ira de paire avec la longévité du temps de travail. Et de vie... C'est mécanique. Mais pour cela, il faudra changer d'angle, intégrer de nouvelles compétences, favoriser la mobilité, interne et externe, dans les entreprises. C'est l'économie qui est au service de l'homme, pas l'inverse, ne l'oublions jamais.

La fiscalité

Il faut s'accorder au sein de l'Union européenne, et d'urgence. C'est une priorité, si l'on veut rester compétitifs devant des pays comme l'Allemagne ou l'Italie, et affronter la vague qui nous arrive des pays émergents. Comme pour les retraites, il faudra être courageux politiquement, prendre des décisions immédiates. Alléger le fardeau fiscal et les charges sociales, et faire remonter le pouvoir d'achat en diminuant aussi les charges salariales. Une réforme qui passera également par un recalibrage de nos entités territoriales : 38.000 communes en France, contre 18.000 en Espagne et 8.000 seulement en Allemagne. Il ne faut pas se demander où passent nos dépenses publiques. En France, c'est le mille-feuilles, avec de la crème à chaque étage... Il faut maîtriser. Et l'Etat, comme nous, chefs d'entreprise, doit être en compétition permanente. Combien d'emplois retirés aux locaux au profit d'une main d'œuvre étrangère dans notre département ? Si c'est un choix qualitatif, pourquoi pas. Mais si c'est pour un souci de fiscalité, c'est autre chose. Et c'est contre-productif : aucune valeur ne se crée. Bien sûr, c'est un discours tenu depuis très longtemps... Mais maintenant, ça urge.

Le déficit

Nous vivons à crédit, nous votons sur des déficits, ce n'est pas ainsi que l'on gère un pays durablement. Notre déficit, il est financier, mais il est aussi humain. Il faut plus d'efficacité, plus de reconnaissance des hommes, du travail, des compétences. C'est par la travail qu'on créera du travail, et il faut soutenir toutes les entreprises françaises qui privilégient l'emploi productif. Ne pas partager le gâteau. C'est un peu comme pour les 35 heures : une tarte aux fraises (de Carros bien sûr...) coupée en six parts, qu'il faudrait ensuite re-tailler pour faire manger 18 personnes... Résultat, c'est possible, mais qui mangera à sa faim ? Ou alors, on peut aussi acheter une autre tarte, en empruntant, et en mettant la dette sur ceux qui mangent. Au final ? Moins de perspectives, moins de crédibilité. Pour se développer, il faut créer de l'activité, pas la partager.

Les élections à la CCI ?

C'est une expérience particulièrement enrichissante, passionnante même ! Je m'y attendais, mais cela pompe beaucoup d'énergie. Il faut dire que mon début de mandature correspondait à ces élections, des élections marquées par un bouleversement majeur de nos institutions, avec la régionalisation qui s'amorce. Notre liste ? C'est un rôle très ingrat que de choisir des hommes, sans états d'âme, en satisfaisant toutes les catégories professionnelles. Un exercice difficile. Il faut de la patience, du recul, dépassionner les débats. Il est parfois bien difficile d'inculquer une notion d'intérêt général. Bernard Kleynhoff nous le dit et nous le répète, il ne faut pas juxtaposer des intérêts personnels si l'on veut avancer. L'arbitrage, les responsabilités, je les assume. J'ai la conviction d'avoir choisi en toute objectivité.

Le bilan après 7 mois de présidence ?

Positif ! Nous avons déjà mis deux de nos grands projets sur les rails, et j'en suis fier : la Cité de l'entrepreneur se dessine, probablement sur Nice-Méridia, au cœur de l'Eco-Vallée. Une dizaine de syndicats ont répondu favorablement à notre appel de grand rassemblement autour de l'entreprise. L'industrie, la CCI, tous auront un pied dans la Cité. ça avance aussi du côté de l'Institut de formation des mandataires, et nous avons convaincu plus de 550 d'entre eux de suivre les modules de formation que nous y proposerons, et que nous sommes en train de peaufiner. Il y a aussi l'avènement des commissions, dont de grandes nouveautés, comme le sport et l'entreprise, l'analyse économique et puissance publique (pour des statistiques pointues sur les dépenses de nos collectivités), ou l'art et le mécénat. Il y a eu la mise en place de vice-présidences, par bassin d'emploi, pour coller au mieux aux réalités économiques du terrain. Il y a enfin des réflexions plus générales, comme le dialogue social renforcé dans les PME, les retraites, la taxe locale sur la publicité extérieure. Tout cela est très constructif. Et avance dans le bon sens.

Les Entreprenariales

Notre plus grande satisfaction : que les exposants, année après année, reviennent. C'est le cas. Cela crée des liens, des partenariats, des points de rendez-vous incontournables. Pour cette édition, nous attendons énormément de monde pour nos speed business meetings. Après trois ans sur Sophia, les Entreprenariales rejoignent Nice et Acropolis. C'était aussi un engagement fort de ma mandature : faire "tourner" l'événement. Cannes, Antibes, Menton... A l'UPE, nous ne sommes pas nisso-niçois, et les cinq vice-présidents de bassins auront tour à tour la charge d'organiser ce grand salon de l'entreprise et des entrepreneurs. Une façon de montrer que nous sommes proches de nos adhérents.

Propos recueillis par Isabelle Auzias

Sur la photo : Yvon Grosso : "rien ne sera plus jamais comme avant. Mais ce n'est pas forcément un handicap".


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