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Aménagements : quand l’exemple vient d’ailleurs
Transport, logements, urbanisme, économie...Notre département qui claironne ses projets devrait relativiser. Sous d’autres cieux, on fait mieux, plus grand ou plus innovant. Exemples à méditer et leçons à prendre ou à apprendre...

  Car à y regarder de plus près, nos projets urbains semblent bien en deçà de l’image que l’on cherche à tout prix à véhiculer à l’international. D’autres en France agissent sans fanfaronner. Des exemples ? Metz, avec ses 125.000 habitants, tourne le dos à son histoire militaire pour adopter le statut d’étape culturelle internationale : ambition illustrée par l’inauguration il y a trois mois du Centre Pompidou 2. Développant près de 11.000 m², il draine déjà une clientèle européenne. Dans les salles, les œuvres exposées sont signées Picasso, Klein, Arman, Matisse, Ben, Chagall, Léger, Niki de Saint-Phalle... Paradoxe : tous ont travaillé et vécu chez nous. Nous possédions donc une véritable légitimité pour accueillir un équipement de ce type. Mais à Metz, le musée à l’architecture détonante signée Shigeru Ban et Jean de Gastines n’est qu’un élément au cœur d’un nouveau quartier. Comme à Bilbao avec Guggenheim, la ville capitalise. D’ici quatre ans, le quartier de l’Amphithéâtre sur 50 hectares face à la gare développera 262.000 m² de locaux avec Cité des Congrès, bureaux (56.000 m²), 1.000 logements et un centre commercial aussi vaste que Cap 3000… A Nice à la même époque sortira de terre la Gare du Sud avec sa cité marchande de 1.600 m², ses 200 logements et ses 3.500 m² de commerces. Décidément, nous ne jouons plus dans la même division…

Sur la photo :

Metz : avec son centre Pompidou 2, la ville affiche ses ambitions. Et pas seulement culturelles.

 
  Autre modèle dans les transports: à Rennes, capitale bretonne de 210.000 habitants, le projet «Eurorennes» va bâtir sur la gare un vrai cœur de ville avec un quartier dédié aux tertiaires supérieurs desservi dès 2018 par une seconde ligne de métro. Le groupement FGP adopte une architecture innovante qui s’extrait des volumes et hauteurs habituelles pour donner à la ville une architecture valorisante. De son côté Rouen (110.000 habitants) veut se doter à l'horizon 2016-2020 d'une nouvelle gare pour un milliard d'euros sur 35 hectares: elle sera le cœur d'un nouveau quartier tertiaire de 100.000 à 150.000 m² de bureaux et 1.500 logements. Ce plan comprend notamment la construction de 25 km de voies nouvelles en Ile-de-France à l'approche de la gare Saint-Lazare. Cette dernière est actuellement en chantier pour créer en son sein un centre commercial de 10.000 m² sur trois niveaux (80 boutiques). Une centaine d'enseignes sont déjà candidates. La SNCF en profite pour installer 21 escaliers mécaniques et des ascenseurs. Rappelons qu’à Nice, l’accès à notre gare perclus d’obsolescence se fait toujours par des escaliers datant de Napoléon III. Un autre siècle…

En matière d’habitat, notre retard est abyssal. Ici les collectivités fanfaronnent pour 100 logements par ci ou 50 logements par là. Ailleurs, l’on est à une toute autre échelle. Bordeaux (235.000 habitants) prévoit 50.000 logements autour de l’extension de son réseau de tramway. A Montpellier débute l’aménagement de 21 hectares dans le quartier Port-Marianne : desservi par la troisième ligne de tramway, il accueillera 200.000 m² de SHON, dont 2.000 logements. Doté d’un espace vert de 6 hectares, il dressera face à l'A9 un front de "tours balises", projet signé Nicolas Michelin, urbaniste que l’on retrouve sur tous les grands projets en France. Certes, Nice vante son futur avec l’OIN Eco-Vallée. L’établissement public d’aménagement n’a produit en deux ans qu’étude sur étude sans rien de vraiment concret sur le terrain. Pour exemple à Bordeaux, les choses ne traînent pas : l’EPA de Bordeaux-Euratlantique, créé en mars, engage lui-aussi une OIN sur 738 hectares. A l'horizon 2030, un centre d'affaires à rayonnement international proposera 15.000 logements, 500.000 m² de bureaux et le prolongement du tramway.

Sur la photo :

Montpellier : nouvelle mairie, nouveau quartier,la ville progresse à grands pas dans ses réalisations d'envergure. A une allure démultipliée.

 
 

Et l’énumération pourrait se poursuivre partout en France. Toulouse crée un parc d’exposition sur 50 hectares, dont une grande halle de convention de 15.000 m² pour l'accueil des grands congrès, spectacles culturels et sportifs. Lille entame à l’automne le chantier de son stade de 50.000 places (pour 324 M€, dont 60 millions de fonds propres apportés par Eiffage) avec deux hôtels, un centre sport et santé, des commerces et des restaurants. Montpellier va se doter d’un nouvel hôtel de ville (26.000 m²) signé Jean Nouvel, alors que la britannique Zaha Hadid (prix Pritzker 2004) réalise Pierresvives, un monolithe de béton et de verre de 200 mètres qui abritera les archives et la bibliothèque départementales, plus l'office Hérault Sport. D'autres architectes de renom s’activent dans des chantiers ou des projets montpelliérains, de Massimiliano Fuksas à Michel Macary, de Rudy Ricciotti à Paul Chemetov en passant par Jacques Ferrier... Ils ajoutent leurs noms à d’autres auteurs d’équipements comme Ricardo Bofill, Christian de Portzamparc, Claude Vasconi, Richard Meier, Bernard Kohn, Bernard Reichen, Adrien Fainsilber et Rob Krier. Impressionnant. Qui de nos élus relèvera le challenge urbain, au risque de voir notre territoire devenir… la province de la province ? Michel Bovas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 3 septembre 2010)


Sur la photo :

Pour sa nouvelle gare, Rouen a vu grand.