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Economie : le grand retour de l’homme
L’entreprise de demain sera humaniste ou ne sera pas. Tel est le constat sur lequel travaillent chercheurs, experts et conseils.

  Parmi eux l’azuréen Jean-François Litt, dont la société Académie L6S (pour Lean Six Sigma) forme les entreprises françaises aux moyens de pérenniser leurs performances. L’économie, le monde industriel, tels que nous les connaissons, sont en pleine mutation. Dépassée par les nouvelles réalités de marché dictées par la révolution du tout-information, soumise à de fortes turbulences aux origines multiples et changeantes, la majorité des entreprises continue pourtant de fonctionner tant bien que mal suivant des principes désormais obsolètes. Démonter les mécanismes de l’échec, accepter les remises en cause, explorer de nouvelles directions afin de retrouver et pérenniser la performance, bref en finir avec une vision strictement productiviste, en replaçant l’humain au cœur des politiques de progrès continu, tels étaient les thèmes abordés lors de la récente conférence sur le concept novateur de performance durable, qui s’est tenue le 8 juin dernier dans les locaux de la CNP Montparnasse à Paris, à l’initiative de Jean-François Litt. Pour cet ingénieur basé à Biot, le succès d’une telle manifestation démontre clairement une attente du milieu entrepreneurial : «L’organisation patriarcale est un modèle hérité des premières révolutions industrielles. Les experts évoquent aujourd’hui le rêve, le sens, le plaisir comme moteurs personnels et collectifs de la performance». Tant il est vrai que l’on résout rarement les problèmes avec le mode de pensée qui les a générés.

Sur la photo :

Jean-Charles Trouabal, ex-sportif, "Appliquer les enseignements et valeurs du sport de haut niveau au mode de fonctionnement des entreprises ? Une piste vers la performance durable".

 
  Né à Amiens, Jean-François Litt, fraîchement diplômé de l’Université de technologie de Compiègne, découvre l’Asie du Sud-Est dans le cadre d’une mission de coopération, à l’issue de laquelle il décide de rester sur place pour mieux appréhender cette culture qui le fascine. «J’y ai vécu dix ans, travaillant pour le géant américain General Electric. Ce qui m’a permis de confronter deux modèles de fonctionnement très différents, l’un, anglo-saxon, entièrement tourné vers le résultat au travers d’une approche hiérarchique classique, et l’autre fondé sur un mode participatif, plus sensible à l’humain et au respect des valeurs asiatiques». Le meilleur des deux mondes… En 1999, de retour en Europe, Jean-François Litt intègre rapidement l’Académie Six Sigma, une société américaine formant les entreprises à s’améliorer en continu pour booster leurs performances. Elle prône notamment l’association du «Lean Manufacturing» (système de management révolutionnaire popularisé par la firme Toyota) avec la méthodologie et les «outils» Six Sigma, dont l’utilisation permet de tendre vers une meilleure maîtrise de sa production. «Le Lean est librement inspiré de «Self Help», le livre best seller de Samuel Smiles, philanthrope européen et pionnier du développement personnel», rappelle Jean-François Litt. Ramenée à la culture industrielle dans le Japon d’après-guerre, cette doctrine encourage les politiques de progrès –l’erreur n’est plus répréhensible car source d’expérience- la satisfaction du client devant toute autre préoccupation et à tous les niveaux hiérarchiques, et la fluidité d’un travail bien réparti». Complémentaire, le Six Sigma offre quant à lui la possibilité à chacun d’optimiser la qualité de son travail, d’apprendre à «faire bon au premier coup» en réduisant le prix de revient du produit. Bénéfice indirect au plan humain : l’application de ces modèles favorise l’implication de chacun, et assure la réduction des facteurs générateurs de stress dans l’entreprise.

Depuis 2005, Jean-François Litt exploite sous licence ces démarches pour la France au sein de sa propre société, l’Académie L6S. «Nous ne sommes pas des consultants, nous

vendons du transfert de compétence. Vous connaissez le dicton ? Apprends à une personne à pêcher, et elle se nourrira toute sa vie…» Pour de nombreux acteurs du monde industriel, la

performance serait aujourd’hui à rechercher avant tout dans les moyens d’assurer la pérennité de l’entreprise. Quitte à remettre en cause leur système de fonctionnement ? «Tout est segmenté, mais nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le modèle actuel est condamné. La démotivation et la souffrance sont une réalité du monde professionnel. Or, l’humain est la clé de voûte de la réussite. On n’a jamais vu un ordinateur générer seul de la valeur ajoutée.»

Si l’Académie L6S assiste de grands groupes français dans cette nécessaire mutation, son PDG déplore que les PME ne soient pas plus aidées à s’adapter à ce changement. «C’est paradoxal, mais alors que l’économie repose de plus en plus sur nos petites et moyennes entreprises, celles-ci demeurent les moins bien équipées en ressources dédiées pour s’améliorer en continu…»

Marc Piola Caselli

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 27 août 2010)


Sur la photo :

Jean-François Litt : "La mise en place des modèles Lean et Six Sigma replace l'humain au centre de l'entreprise". Une tendance qui devrait s’affirmer au cours des prochaines années.