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Vélo bleu ? J’ai vu rouge !
Chouchou de notre maire écolo, le vélo en libre service a fêté sa première année d’exploitation. Ce n’est pas toujours la fête pour ses utilisateurs.

  Injecter une dose de locomotion cycliste dans une cité au climat clément pour donner à chacun la possibilité de circuler en évitant l’alternative voiture particulière/transport en commun ? Il aurait fallu être un Niçois mauvais coucheur pour trouver à y redire. Sauf que, à l’usage... les sautes d’humeur du système «Vélo bleu» peuvent s’avérer perturbantes. Elles feront peut être sourire le vacancier qui a fait son plein de bonne humeur en partant de chez lui. Elles irriteront sûrement l’actif contraint à une exigence de fiabilité : régularité et exactitude. Démonstration pendant le mois de juillet, sur un trajet allant du boulevard Gambetta à l’entrée Ouest de Nice, avec ce compte-rendu in vivo, dont nous avons même dû… réduire le nombre d’épisodes…

«J’ai trouvé un boulot à l’Arénas ! Il ne me reste plus qu’à sélectionner le moyen de transport pour y accéder. Je pense tout de suite à la bicyclette : sportif, rapide, peu contraignant. A Angers j’en ai fait un large usage. Mais comme j’ai dû abandonner la mienne, l’idée d’en louer une me vient à l’esprit. Me voila abonnée par internet ; c’est parti pour un mois de «Vélo bleu»…

J1, 13h40, mon premier départ. Je me dirige à la station n°51, la plus proche de mon domicile. Il reste un deux-roues. Pour l’obtenir, j’essaie d’allumer le boîtier mais il n’a pas l’air décidé à fonctionner ; il ne fait que s’éteindre… En fait, la station est hors service. Il sera impossible de rendre ou d’emprunter un cycle pendant une semaine. Un peu de marche imprévue ! A la station suivante, j’arrive tant bien que mal à dégager un engin. On m’avertit que c’est toujours plus compliqué la première fois.

Sur la photo :

Ce n’est pas le tout de mettre la main sur un vélo. Vérifions ensuite son état de marche. Sans être assuré d’éviter les mauvaises surprises.

 
  J3, 13h30, je loue un vélo avant de me rendre compte que les pneus sont crevés. Damned !

J5, j’ai trouvé une astuce ! Pour aller plus vite, j’allume plusieurs boîtiers à la fois ; comme ils ne vont pas tous à la même vitesse, ça me permet de choisir le plus rapide.

J7, 13h30, station Vélo bleu n°89 : «emprunt indisponible»… Arès avoir fait plusieurs boîtiers, je me rends à l’évidence : cette station est aussi hors service. Entre les stations sans vélos, celles avec un vélo à pneu crevé, celles où le boîtier ne marche pas… Je trouve enfin un cycle à la quatrième station. L’obstination paye. Mais que de temps perdu ! Trois quarts d’heure pour rejoindre ma destination, dont seulement quinze minutes de pédalage…

J8, 13h30, décidément, le Vélo bleu c’est du sport : je pourrais proposer le slogan. J’ai dû faire quatre stations au pas de course pour tenter de récupérer un engin… Ce sera finalement le bus aujourd’hui, si je ne veux pas me faire sonner les cloches pour être arrivée en retard.

J10, 13h30 : j’ai reçu ma carte Vélo bleu. Plus besoin d’obtenir l’accord préalable à partir de mon portable pour détacher la bécane. Un must. Mais je déchante vite, la reconnaissance magnétique du boîtier que je manipule a rendu l’âme.

 
  J12 : avec l’expérience, je sais maintenant où il faut regarder avant de choisir : les pneus (crevés ?), les pédales (tournent-elles dans le vide ?), les freins (se referment-ils sur les

roues ?)… Malheureusement, on ne peut pas tout voir avant de rouler : je loue un vélo, le dernier de la station. Tout marche. Je pars. Et comprends très vite pourquoi il était à l’arrêt. Il n’y a qu’une pédale... Celle-là, on ne me l’avait encore pas faite !

J15, toujours 13h30, j’ai enfin aperçu un uniforme de réparateurs «Vélo bleu» ! Difficile de se prononcer sur son efficacité après avoir rencontré tant de vélos mal foutus. Il faut rouler un peu pour déceler les problèmes. En réalité, ce sont les consommateurs qui testent la mécanique. Mais comme, une fois tombés sur un os, ils ne peuvent pas signaler de manière toute simple en le rendant que le vélo à une défaillance (un post-it sur le guidon ?), le réparateur ne le devine pas forcément.

J21, 20h00, je loue un vélo, encore une fois le dernier de la station. Un hic : la selle ne se bloque pas à hauteur voulue sur la tige. Or je suis plutôt grande. Imaginez un adolescent sur le vélo de son petit frère de 10 ans, vous aurez une idée assez proche de ce à quoi je ressemble. Inutile de dire qu’on ne fait pas des kilomètres dans cette position. J’en suis encore quitte pour changer de vélo à la prochaine station.

J24, 21h00, j’ai rendez-vous en ville avec des amis et je ne suis pas en avance. Je décide de prendre le Vélo bleu pour «aller plus vite». J’ai en effet calculé, avec l’expérience, qu’il faut en moyenne 5 minutes pour louer le vélo et 5 pour le rendre ; donc, si le trajet est inférieur à 10 minutes, il vaut mieux aller à pied. Vous suivez ? Pour une fois, la location va vite. C’est au moment de rendre le vélo que les choses se corsent : les boîtiers ne s’allument pas, ne verrouillent pas le vélo… Au bout de dix minutes d’efforts intenses, je change de station et arrive enfin à rendre le vélo. Mon calcul n’était pas probant pour ce soir.

J28, 13h30, je pars de la station n° 64, j’ai de la chance : il reste un vélo, et le boîtier marche ! J’enfourche mon coursier et tombe de mon petit nuage : problème de cardan. Dans l’intention d’en changer, je roule jusqu’à la station suivante. Elle est fournie, mais une autre surprise m’attend: la panne informatique ! J’ai rendu mon vélo mais malheureusement la base de données a des ratés. Message d’erreur : «impossible d’emprunter plus d’un vélo à la fois». Je suis d’accord sur le principe, mais je me retrouve alors sans aucun engin, le premier étant déjà verrouillé. J’appelle le numéro vert, l’heure tourne ; mon interlocuteur avoue son impuissance… Aujourd’hui, il n’y aura pas de Vélo bleu pour moi. Je trouve un conducteur en catastrophe, car en bus j’arriverais en retard. Même cirque au retour. Mais il est plus de 20h… et le numéro vert est éteint à cette heure. Aucune chance de voir mon problème se régler.

J30, 20h30. J’ai essayé beaucoup d’engins aujourd’hui ! Me voila à la station n°91. Le premier vélo que j’emprunte ne marche pas. Après trois semaines d’utilisation quotidienne, je suis maintenant rodée. Je passe donc au suivant. Au bout d’une vingtaine de mètres je déchante, il a un problème. Je roule jusqu’à la station n°13 où il y a souvent beaucoup de machines. Je repars. Le temps de faire quelques mètres, plus de vitesse; je mouline dans le vide. Je retourne à la station. Je repars. Ce vélo-ci semble s’être fait piétiner par un troupeau de rhinocéros. Roue voilée, guidon tordu…. Je retourne à la station. Je perds patience, le cinquième vélo sera le bon, quel que soit son état. J’ai rendez-vous. Je suis déjà en retard. Je repars. Je m’y attendais : ce vélo a (aussi) un problème, j’irais quand même jusqu’à la station n°124. Ouf, c’est le dernier jour. Deux mois d’essai, et c’est moi qui aurait fini par rendre l’âme.

Jacques et Diane Bruyas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 20 août 2010)