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Bals populaires : la fin d’une époque ?
Coup de blues pour les derniers orchestres du département, avec la disparition programmée de nombreuses fêtes de village. Quand la tradition se heurte aux réalités économiques.

  Il fut un temps, pas si lointain, où les bals populaires régnaient sans partage sur l’animation estivale de notre région. Le «festin», ou fête patronale, en hommage au saint protecteur de la localité, était l’occasion de réjouissances attendues tout au long de l’année… et une manne qu’on croyait inépuisable pour les orchestres du cru. Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, des formations pourtant confirmées, comme Les Anonymes ou Orient Express, avouent une maigre quinzaine de prestations entre juin et septembre, contre près de 40 il y a encore 20 ans. Et peinent à se partager un gâteau rongé par les DJ’s -moins chers- et la disparition programmée de nombreuses manifestations, dans un contexte économique difficile. Entre le durcissement des législations autour de la vente d’alcool, la mise en place du système de guichet unique pour les intermittents du spectacle, qui impute (enfin) aux organisateurs / employeurs de musiciens le paiement de charges patronales, la baisse conjuguée en période de crise des dons aux «aubades», du volume et des montants des subventions, il devient en effet de plus en plus difficile aux petites localités de remplir les caisses pour pérenniser leur festin, alors que l’époque est à un prononcé retour aux racines. «Ce qui est malheureux pour la tradition est catastrophique pour l’activité des musiciens de variétés, que l’on a toujours eu du mal à considérer comme des professionnels» constate Jean-Louis Maiffredi, chef d’orchestre des Anonymes, plus de 40 ans de festins au compteur. Vous avez chanté tout l’été ? Et bien, dansez maintenant…

Sur la photo :

Dommage de ne pas plus épauler nos traditions lorsqu’elles représentent encore un atout pour nos montagnes…

 
  Quand j’ai commencé l’orchestre, en 1968, nous jouions sans discontinuer de mai à octobre, en restant parfois une semaine dans le même village. Rien qu’à Nice, chaque quartier avait son festin» se rappelle Jean-Louis Maiffredi, chef d’orchestre des Anonymes, la plus ancienne formation des Alpes-Maritimes encore en activité. Des anecdotes, c’est peu dire qu’il en a dans sa besace Jean-Louis, lui qui continue à sillonner les routes du haut et du moyen pays à l’âge où d’autres auraient raccroché leur trompette depuis longtemps. «J’ai commencé à jouer sur le Gallus, ce bateau qui faisait la Côte pour les touristes. Puis j’ai continué dans les villages… Nous étions accueillis comme des rois, nourris-logés-bichonnés chez l’habitant. On ne se prenait pas la tête avec le matériel, et on stoppait pour une pause-cigarette toutes les quatre chansons. Aujourd’hui, c’est plutôt la boite de nuit, gros son et tout dans les lumières». Les temps changent… Mais pas Jean-Louis, lui qui a rencontré sa femme en faisant les aubades, ces sérénades que les musiciens viennent jouer au petit matin dans chaque maison du village, pendant que le comité des fêtes fait passer le «chapeau». «Les Anonymes, c’est une certaine idée du festin tel qu’il se pratiquait autrefois, fier de ses racines populaires, mais adapté à l’époque. Les gens veulent s’amuser, pas assister à un concert.» Ainsi, entre deux hits «dance», un Christophe Maé et un U2, continue-t-il à glisser son fameux medley de marches et tarentelles italiennes, décrié par la concurrence, mais qui fait l’unanimité chez toutes les générations de danseurs.

Regard matois sous casque grisonnant, cet ex-commercial en bonbons ajoute: «Le nerf de la guerre, ce sont les affaires, qui se gagnent sur ces petites différences… et pas mal de relationnel. Avec un bon calendrier, vous aurez les meilleurs musiciens.» L’équipe, parlons-en : Les Anonymes ont vu passer des «pointures» mais ici, c’est le groupe qui prime sur les individualités. «Les gars cooptent. Le secret d’une belle alchimie, qui fait la différence sur scène.»

Le festin, célébration du Saint Patron de la commune, est aussi (et avant tout) l’occasion pour les politiques de faire campagne en rencontrant leurs administrés lors de l’incontournable apéritif d’honneur. C’est un spectacle de voir vieux montagnards tout endimanchés, notables du village et jeunes «montés de la ville» pour l’occasion, attendre que résonnent les ultimes échos de la Marseillaise, en clôture du derniers discours, pour se ruer comme un seul homme sur le comptoir dressé ou trônent pissaladières, tourtes de blettes et boissons anisées. «Cet apéritif, c’est la raison d’être du festin…et des subventions !» confie Jean-Louis. Des subventions qui, temps de crise oblige, se réduisent aujourd’hui comme peau de chagrin. «Les belles années sont derrière nous. Beaucoup ont raccroché. Nous, on essaie de s’adapter.» Ainsi, l’orchestre propose, en parallèle aux soirées variétés, un spectacle axé sur les chants populaires et traditionnels des régions niçoise et transalpines, qui trouve un terrain favorable en cette période de célébration du 150ème anniversaire du rattachement de Nice à la France. La tradition au secours du business ? Ou l’inverse…

Les Anonymes à Guillaumes le 12 août et à Clans le 20 août. Gratuit (Estivales). Renseignements : 04.93.71.20.69

Marc Piola Caselli

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 6 août 2010)


Sur la photo :

Homme d’affaires et homme de scène, Jean-Louis Maiffredi : une vie de festins