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Plaisance
 
 

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L’activité plaisance navigue à vue
Si en termes de fréquentation, la Côte d’Azur reste une destination privilégiée, conjoncture et concurrence obligent les professionnels à un maximum d’attention.

  Il y a ceux qui naviguaient déjà et qui continuent. Il y a ceux qui voudraient bien, et qui attendent que le contexte économique se remette au grand bleu. Et il y a même quelques entreprises qui ont su tirer leur épingle du jeu : la plaisance, un marché qui reste somme toute satisfaisant sur nos côtes, mais qu’il faudra bichonner. Pour Nicolas Johansen, en charge à la CCI du pôle nautique, « notre destination a été épargnée par la crise, mais il y a un bémol : les investissements sur les bateaux sont, à l’instar de 2009, encore décalés. Les plaisanciers attendent d’avoir une meilleure visibilité sur les difficultés économiques globales afin de réaliser des travaux. Ce qui ne les empêchent pas de naviguer… » Mais il s’avoue « agréablement surpris par rapport à la saison 2009 ». Et les opérations de promotion se pérennisent pour contrer une concurrence internationale particulièrement mordante. Une promotion qui s’articule désormais vers une destination élargie, de Cap d’Agde à la Marina di Varazze en Ligurie. Et qui parfois étonne le valeureux marin au mouillage : l’opération « watermarketing » organisée par la CCI, avec distribution de flyers pour mieux faire connaître le système Résaports par des équipes en kayak entre les îles de Lérins, en a surpris plus d’un…

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A voile ou à moteur, l'unité de plaisance n'a pas quitté le plan d'eau azuréen. Locations et ventes ont continué malgré la crise, et seule la maintenance a accusé le choc conjoncturel.

 
  Et si le secteur reste porteur, il s’agit de ne pas se voiler la face. «Pour ce qui est des entreprises de la grande plaisance, du yachting professionnel, souligne Nicolas Johansen, les séjours sont réduits et les prix baissent face à la concurrence accrue. Les entreprises se voient dans l’obligation de signer plus de contrats afin de ne pas voir baisser leur chiffre d’affaires. Pour les charters, c’est la même chose : plus de contrat pour rester à flot. Enfin pour la plaisance classique, les propriétaires restent frileux sur la partie maintenance et investissement.» Ce qui n’empêche en rien un dynamisme réaffirmé : comme la toute prochaine installation de Riviera Yachting Network à Antibes. Le réseau d’entreprises varois qui regroupe sous-traitants, fournisseurs de services ou chantiers navals veut profiter de la deuxième place au classement mondial de la Région PACA sur le segment yachts.

Autre signe encourageant : la réussite affichée de certains professionnels, tel Jean-Manuel Leclerc, gérant de la concession exclusive Jeanneau dans les Alpes-Maritimes. L’Ile Bleue, son entreprise bien ancrée sur le port de Golfe-Juan, peut s’enorgueillir d’un chiffre d’affaires en hausse de 22% en 2009-2010, après une poussée de 17% pour l’exercice précédent. Vente, location, gestion, service catering, financement ou places de port, cette société multi-services a su tirer son épingle du jeu, grâce à un marketing offensif (33 nouveautés en 2010) et à une clientèle française affirmée (près de 90%) qui se réfugie volontiers dans des valeurs sûres. Une réussite d’autant plus impressionnante que le groupe Bénéteau Monde, sur la saison 2008-2009, perdait 47% de son chiffre d’affaires (-26% en national, -10 à –15% sur la Méditerranée)… Créneau porteur : la plaisance «locale», avec bateaux à moteur spécifiquement adaptés à la balade et aux sports nautiques, même si Jeanneau propose aussi, pour 2010, une gamme Prestige revisitée à destination des plus fortunés.

Sur la photo :

Jean-Manuel Leclerc : Mer d'huile sur son Ile Bleue, qui malgré la crise tient bon la barre

 
  Autre initiative plutôt encourageante : la mise à flot du Moby-Dick, catamaran de luxe conçu pour les croisières haut de gamme à tendance écolo, qui se propose de «révolutionner l’organisation d’événements sur la Côte d’Azur» en ouvrant son pont à des réceptions ou séminaires. A ne pas confondre avec le JP54 de Jean-Pierre Dick, qui, associé à Guillaume Verdier et Stéphanie Marin, a imaginé sous l’enseigne d’Absolute Dreamer le monocoque de ses rêves, destiné à la vente pour navigateurs confirmés, fortunés et adeptes d’une certaine éthique maritime et esthétique.

Une dynamique soutenue par une CCI toujours très impliquée sur le segment nautique: avec son RESAports, plate-forme de services portuaires et touristiques qui fait du plaisancier une cible privilégiée pour une activité économique plus «terrestre», et dont le but avoué reste, au delà du «coup de main» pour accoster au mieux sur des rades inconnues, la valorisation de tout un territoire. Call center dédié à l’information touristique à l'appui. Avec 45 ports partenaires, le réseau s’étend aujourd’hui sur la proche Italie. En prévision pour 2012, des itinéraires maritimes pour une manne plaisancière en demande constante de nouveautés. Pour Gersende Giordano, chef de projet RESAports à la CCI, il s'agit bien d’une «vitrine de la filière nautique dans son ensemble, et de valoriser un tissu économique qui ne l’est pas suffisamment au vu des retombées observées. » Outre RESAports, d’autres outils ont été mis en place : de Yachting Business Meetings (rencontres professionnelles) aux formations spécialisées, même Ecobiz est sur la brèche avec une e-communauté Nautisme azuréen. Et si, en toute logique, professionnels et institutions confondus, cette dynamique perdure, alors sans doute la plaisance azuréenne pourra-t-elle conserver sa place d’honneur, avec un dernier atout en poche : côté concurrence, les écarts de prix sont loin d’être flagrants.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 30 juillet 2010)


Sur la photo :

Watermarketing en baie de Cannes. Des infos livrées à domicile... et en kayak.