Bernard Brochand
Contrefaçon
 
 

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Alerte aux faux sur la Côte
C’est le traditionnel message estival délivré par Bernard Brochand lors du non moins traditionnel autodafé de contrefaçons organisé à Cannes devant la mairie.

annonces légales 06 nice cannes antibes Allumez le faux : l’ambiance était au grand feu de joie autour des cendres virtuelles des contrefaçons saisies par les douanes locales cette saison. Virtuelles, car en centre-ville de Cannes, point d’autorisation légale pour jouer au «tout faux tout flamme», et c’est donc à grand renfort de déchiqueteuse qu’imitations Nike, Adidas, Vuitton et autres Dior ont fini leurs chaloupeux parcours hors des limites réglementaires. Pour Bernard Brochand, président du CNAC (comité national anti-contrefaçon), c’est l’occasion de lancer la grande offensive de l’été, en sensibilisant autochtones et touristes, souvent logés à la même enseigne. Car si jusqu’alors, la copie pas toujours conforme se cantonnait aux lunettes, montres et autres chaussures de marque qui ne faisaient pas vraiment illusion, la contrefaçon du XXIème siècle devient vicieuse, pernicieuse, dangereuse : médicaments, compléments alimentaires, boissons, elle s’avale et peut causer d’irréversibles dégâts sur la santé publique. Aujourd’hui tout se crée et tout se copie dans l’instant, de l’ordinateur portable à la pièce automobile, de l’I-Phone au jouet d’enfant. Avec l’intention de plus en plus ferme de tromper la clientèle, et non plus de lui permettre d’arborer quelques (faux) signes extérieurs de richesse.

sur la photo :

Parmi les contrefaçons qui se multiplient, les médicaments, portés par les achats sur internet. Un véritable danger pour le consommateur.

 
  Les chiffres, tels que présentés par Christian Peugeot, président de l’Union des fabricants, sont édifiants : la contrefaçon représenterait 10% du commerce mondial, à hauteur de 500 milliards d’euros et de 100.000 emplois perdus par an, avec une «cyber-version» qui inquiète un peu plus encore autorités et marques contrefaites. D’où une première initiative : créer une charte de bonne conduite du e-commerce, avec réelle implication des grandes plateformes d’échanges.

Car le constat pour la France n’est pas bon :
si les saisies douanières s’intensifient, elles montrent aussi que les marchandises récupérées ne sont pas chez nous par hasard. Il ne s’agit pas de transit, mais bien de consommation sur place… Et sur les 52% saisis qui nous sont directement destinés, 37% se révèlent dangereux à la consommation. On est donc loin des petites incartades vestimentaires du marché de Vintimille. Pour exemple, les jouets, qui représentent aujourd’hui 20% des marchandises appréhendées, sans foi ni normes, destinés à des enfants qui auraient bien du mal à en deviner l’origine ou les défauts. «En Europe, un jouet sur 10 est un faux», appuie Jérôme Fournel, directeur général des douanes délocalisé sur Cannes pour l’occasion. «Aujourd’hui, on contrefait même les gilets jaunes…» Et de raconter l’une des plus improbables saisies de l’année, 160.000 bâtonnets de déodorant.

 
Bernard Brochand Le faux fait mal aux activités mercantiles, et le faux fait agoniser le secteur culturel : en seulement dix ans, sur les 250 salles de cinéma que comptait le Maroc, il n’en reste désormais qu’une petite cinquantaine. La faute à des DVD piratés particulièrement bon marché. «Il nous faut une politique forte, du contrôle, et un cadre législatif pour internet qui soit l’équivalent du commerce physique», scande Bernard Brochand. Il faut aussi que tout le monde se loge à la même enseigne. Ainsi, pour cette campagne «stop aux faux» cru 2010, France, Allemagne, Espagne et Italie ont-elles fait union, douanes comprises. Des douanes qui revendiquent aujourd’hui leur rôle informatif, et plus seulement répressif, à grands coups de reportages télévisés, et qui insistent avant toute chose sur le côté obscur de la force : comme la drogue, la contrefaçon nourrit la Pieuvre. Pour Jérôme Fournel, «c’est un facteur important de crime organisé, une économie parallèle et dangereuse». 5 milliards d’euros qui échappent au fisc, et 7 milliards réinjectés dans les mafias. De quoi regarder un peu différemment sa fausse ceinture Hermès, jusqu’ici considérée comme limite inoffensive… Et les chiffres ne sont pas rassurants : en 2009, 110.000 articles saisis par la direction régionale des douanes de Nice. Mi 2010, déjà 200.000 unités au compteur, cigarettes non comprises. Il est vrai qu’il en est des années comme des bons millésimes vinicoles : en 2010, Coupe du monde oblige, les maillots de foot on fait fureur…

Après ce noir tableau,
les armes hors douanes semblent bien dérisoires : des flyers, des hôtesses pour porter la bonne parole sur nos plages, des éventails floqués «stop aux faux», des bracelets… Gratuits, heureusement, le comble seraient qu’ils soient copiés. Les contrefacteurs ne reculent devant rien, même pas devant la CNAC, et il faudrait une sacrée prise de conscience collective, dans un monde où la consommation est synonyme de bien-être, pour que les choses avancent dans le bon sens.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 16 juillet 2010)


sur la photo :

Pour Bernard Brochand, «s’impliquer dans la défense des marques, c’est choisir un certain type de société». Le président du CNAC se veut ferme, et en particulier dans sa propre ville.