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CCI : le commerce sous tension
Ouvertures le dimanche, actions ciblées pour promouvoir les commerces de proximité, le secteur azuréen ne gagnera rien sans un consensus général. Et une belle dose de bonne conduite. En serons-nous capables ?

  Gros plan sur le commerce pour cette dernière assemblée générale de la saison consulaire. Certes, l’époque s’y prête, mais il s’agissait aussi de réfléchir sur les législations en cours concernant les ouvertures dominicales. Un épineux problème qui en appelle un autre : qu’est-ce qu’une «zone touristique», seule habilitée à obtenir quelques dimanches supplémentaires (voire tous) dans l’année ? Avec une surprise de taille : dans l’avant-projet de périmètre présenté au Préfet par le maire de Nice, Christian Estrosi, figure le quartier des… Moulins, réputé, comme chacun sait, pour ses activités commerçantes et surtout son indéniable capital touristique. Réponse de la Préfecture : pour l’heure, aucun zonage n’est encore clairement délimité. Mais curieusement, pas de tollé général dans les rangs. Seul Bernard Nicoletti s’est montré opposé à la position quelque peu tiède de la CCI sur ces fameuses zones touristiques qui restent à définir, et encore, sans s’en expliquer ouvertement. Il faut dire que la rancœur est palpable : si la loi de modernisation de l’économie prévoit une concertation sur le sujet, entre Préfet, syndicats salariés et patronaux et élus, la CCI s’en trouve exclue. Oubli ? Bourde ? ça ne serait pas la première…

Sur la photo :

Calme plat pour la CCI avant la trêve estivale, malgé la palpable agitation autour de l'ouverture dominicale des commerces.

 
  Si nous n’y prenons pas garde, nous pouvons faire exploser l’économie locale !» Jacques Kotler, en charge du dossier, n’est pas tendre avec le zonage proposé par Christian Estrosi, qui laisse présager d’autres excroissances hors centres villes touristiques. Cap 3000 serait aussi dans les rangs, et là encore, le côté patrimonial reste à démontrer. C’est qu’il existe quelques précédents, comme à Bordeaux, où Alain Juppé, en élargissant son périmètre touristique au maximum, s’est vu finalement attaqué par les zones commerciales alentours devant le tribunal administratif ! Ou dans les Bouches-du-Rhône, où en toute impunité, Plan de Campagne a ouvert le dimanche pendant 15 ans, sans en avoir l’autorisation, provoquant la grogne des plus petites unités urbaines.

Sollicitée par la ville de Cannes,
la CCI s’est par ailleurs montrée frileuse sur une quelconque intrusion de la zone des Tourrades en périmètre touristique… Il n’en reste pas moins que, sous la pression des grandes enseignes, la décision pourrait se révéler rapide, voire presqu’immédiate pour en profiter dès cette haute saison. Même si ces ouvertures sont pour l’heure programmées non pas sur la totalité des dimanches, mais plutôt sur une fourchette comprise entre 5 (ce qu’autorise l’actuelle loi) et 15 dimanches par an, hors commerces alimentaires qui eux, bénéficient d’une tolérance jusqu’à 13 heures

La chambre consulaire azuréenne
ne compte pas pour autant abandonner son rôle d’arbitre non officiel : et sa motion-projet-proposition sur le zonage sera bien transmise au Préfet. Malgré les inquiétudes. Pour Philippe Desjardins, président de la Fédération du commerce niçois, «nous sommes prêts à passer à 15 dimanches, mais sous couvert d’une charte de bonne conduite pour voir si les grandes enseignes jouent le jeu. La vie de nos centres-villes en dépend.» Même coup de frein pour Bernard Chaix, représentant cette fois l’UPE : «Nous sommes plutôt favorables au principe même de zones touristiques, mais il ne s’agit pas de libéraliser à tout va le travail du dimanche. Sur Nice et ses 6.000 commerçants, ils sont finalement peu nombreux à réclamer ces ouvertures. Il ne faut pas penser qu’aux très gros… »

Et les débats de se recentrer
sur les actions à mener pour aider un commerce de proximité malmené : pour la campagne CCI 2010, les «Doudounes Rouges» comme on les appelle désormais ont visité 2.000 commerces, pour près de 1.500 entretiens personnalisés dans 16 villes du département, mobilisant 44 collaborateurs et élus sur le terrain. Et bien souvent, les édiles municipaux ont eux aussi été convoqués pour participer aux agapes, et définir une stratégie que l’on souhaite cohérente et dynamisée. 45% de ces commerces réalisent leur chiffre d’affaires grâce à la clientèle touristique…

Leur point faible :
un jeu personnel qui, on l’a vu dans le domaine sportif, ne réussit pas à tous les coups. Pour Dominique Estève, point de salut sans une forte fédération des troupes. Et à l’heure actuelle, seuls 22% des sondés adhèrent à une association, diminuant ainsi leurs chances de développement harmonieux et solidaire.

Harmonieux, solidaire…
L’on en revient à ces fameuses ouvertures dominicales : comment les envisager si aucun effort n’est fait, côté collectivités, pour épauler les commerçants en offrant l’accès aux monuments, musées ou offices de tourisme en ce dernier jour de la semaine ? Transports publics, nettoiement, c’est toute une organisation qu’il faudra revoir pour que l’accueil dominical soit à la hauteur. Et ça, ça n’est pas vraiment gagné. Sans doute faudra-t-il aussi se pencher sur la solution des ouvertures «tardives», parfois amorcée lors d’animations «tourisme & shopping» en parallèle à de gros congrès. Ce qui demande, une fois de plus, un minimum de coordination, interne et externe. Zones touristiques ou pas, les commerçants sont-ils vraiment prêts en terme d’union? Pas si sûr, quand on voit que même dans les rangs de la CCI, Luc Tournaire est encore obligé de rappeler à Bernard Kleynhoff que l’industrie, c’est bien, mais qu’il n’y a pas qu’Eco-Vallée : c’est dans l’ouest du département que ça se passe… De l’autre côté du Var, en terres de France.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 2 juillet 2010)


Sur la photo :

Dominique Estève, Jacques Kotler et Bernard Chaix, tous unis au chevet du commerce de proximité. Une cohérence consulaire qui ne fera pas oublier les tactiques de jeu personnel sur le terrain.