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Sophia réactive la machine à jeunes pousses
Avec Start’up Factory, la technopole prouve qu’elle reste le point névralgique de la fertilisation pour l’économie départementale.

  Ça me réjouit et me rajeunit». Ses cheveux blancs au vent, qui soufflait fort ce jour-là sur la terrasse des Espaces Antipolis, Pierre Laffitte avait effectivement l’air enjoué de se retrouver au milieu d’une «foule», dont la moyenne d’âge ne dépassait pas la trentaine. Le fondateur de Sophia-Antipolis avait auparavant croisé quelques vieux briscards, frôlant la cinquantaine. Ceux-ci se congratulaient. Pas pour la surprise de se retrouver après une longue séparation car les chemins de ces chefs d’entreprise en activité ou en retraite, consultants, chercheurs, cadres sup’ de la finance et de l’innovation, ne cessent de se croiser sur la technopole. Mais bien pour être présents à un évènement qui, s’exclamait l’un d’eux, «nous ramène 10 ans en arrière». Au –bon ? – temps de la «net-économie».



sur la photo :
Pierre Laffitte, Catherine Rives, Philippe Chéreau, Jean-Luc Nahon (Espaces Antipolis), Dominique Pouliquen : les parrains du Start Up Factory.


Quand, à l’image de Paris ou Londres
avec leur «First tuesday», Sophia avait créé «Sophia Start up». Dans cette sorte de club se retrouvait, chaque premier lundi du mois, comme un essaim autour d’un verre, ce que notre département comptait d’ingénieurs ou gestionnaires tout frais diplômés, de chercheurs sortis de leurs labos, exposant à qui mieux mieux technologies révolutionnaires ou astucieuses, perspectives commerciales et financières mirobolantes devant des banquiers ou des gérants de fonds de capital risque descendus tout exprès de la capitale pour «prendre des tickets». A ce moment là, l’argent coulait à flot, les tours de table se bouclaient en millions, voire dizaine de millions d’euros.

 
  Dans ces années 2000 est née une myriade de jeunes pousses dont sont restées les ASK, Esterel Technologies…Puis l’éclatement de la bulle internet et le 11 septembre ont tout emporté, dont bien des entreprises pourtant prometteuses : les Ud Cast, Activia Networks, Etexx et autres. Le club ne s’en était pas remis, en dépit d’une tentative de renaissance avec une trop ambitieuse politique méditerranéenne.



Mais comme après un feu de forêt,
sur ce terrain en apparence dévasté, les succès (il y en eut) comme les profits de revente de sociétés (il y en eut aussi beaucoup, trop à notre goût) ont empli quelques portefeuilles et donné naissance aux Business Angels, espèce inexistante au début des années 2000. Des incubateurs sont apparus ; d’autres idées, d’autres technologies aussi. C’est à la suite de tout cela qu’arrive aujourd’hui «Start’up Factory», nouvelle formule de rencontre créateurs-investisseurs.

Tout recommencerait-il comme avant ?
Pas tout à fait, car le soutien aux «jeunes entreprises innovantes» (JEI et non pas start-up) est devenu quasiment une cause nationale, voire européenne, et tout le monde s’y attelle. La Fondation Sophia-Antipolis, qui avait été la maîtresse d’œuvre naguère avec l’aide de sponsors comme Air France, n’est plus seule à supporter l’opération. S’y adjoint la CCI qui, à la même époque, assurait en parallèle au CERAM le cycle «Entreprendre les hautes technologies», abandonné lui aussi. Elle revient d’autant mieux dans le jeu que Philippe Chéreau, aujourd’hui son directeur «de l’appui à l’entreprise et à l’innovation» et autrefois dans le médical, adhéra en d’autres temps au club Sophia Start up.

Autre membre de poids,
la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) qui ne pouvait être absente selon Catherine Rives, remplaçant son directeur régional Jean-Paul Guérin. Non seulement parce que son forum APPUI PME s’insère dans ce dispositif, mais parce que, faisant régulièrement la navette des Bouches-du-Rhône aux Alpes-Maritimes, elle a «rencontré à Nice–Sophia des jeunes ouverts et passionnants, une ambiance d’échange que je ressens moins à Marseille».

En réalité, la véritable impulsion
provient du club Sophia Business Angel devenu, en quelques années avec ses «Boot Camp» et ses fonds d’investissement ISF/TEPA, un acteur majeur de «la chaîne de l’innovation» qui existe de fait, mais que la gouvernance de Sophia est incapable de formaliser. Et, au sein du Club, d’un homme, Dominique Pouliquen: ancien co-fondateur de Realviz (revendue entre temps) et animateur du club Sophia Start up, il reprend du service. Il fut le monsieur Loyal de cette première séance au cours de laquelle cinq jeunes pousses, à des degrés variables de développement, sont venues piocher dans les trois opportunités que peut offrir Start Up Factory : du financement, de la rencontre de partenaires (scientifiques, gestionnaires ou commerciaux) pour constituer binôme ou trinôme, et de l’échange d’expérience. Prochain rendez-vous le 23 septembre.

Le forum APPUI PME, un outil à connaître

Présenté en juin dernier à Sophia, le forum APPUI PME, parrainé par la CDC, fait partie du dispositif instauré par le «Plan de relance» de 26Mda. Il a pour mission de détecter les TPE et PME émergentes à contenu innovant et à potentiel de croissance, quelle que soit la branche, qui ont du mal à mobiliser des fonds propres. Puis de leur présenter les différents acteurs locaux pour qu’elles renforcent leur structure financière par des fonds propres émanant de la CDC, du Fonds stratégique d’investissement, les quasi fonds propres d’OSEO, ainsi que d’autres régionaux de capital risque investisseurs : Business Angels, fonds fiscaux... Chaque mois, un conseil de la structure régionalisée, à laquelle participent d’autres membres (Innovatech, la Région, Paca Entreprendre, Proxipaca, les pôles de compétitivité, SBA…), examine et filtre les dossiers : une centaine en un an émanant à 40% des AM, 40-45% des Bouches-du-Rhône. 25 à 30% ont trouvé financement. «Mais aucun dossier n’est orphelin. Tant que le porteur de projet n’a pas obtenu de financement pour lancer son activité ou son développement, nous le suivons.»

www.appuipme.fr

Jacques Bruyas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 18 juin 2010)


sur la photo :

Un regard sur le monde et l'autre sur l'avenir, Carmine Biancardi (Futuraships), Geneviève Flaven (Style vision) et Filip Gluzak (GridPocket) sont venus présenter leurs boîtes et leurs besoins.