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Urbanisme : quand le citoyen s’en mêle
Deux ports, deux initiatives, deux façons pour le citoyen de participer activement au changement de visage d’une ville. Concertation publique ou expertise privée, jusqu’où peut-on influer sur le choix des collectivités ?


  Quais Saint-Pierre et Lauboeuf à Cannes, quai Infernet à Nice : deux parkings face à la mer, deux espaces d’exception aujourd’hui sous-utilisés, deux opportunités pour les communes et institutions gestionnaires d’imprimer une volonté affirmée de modernisation. Et surtout d’attractivité. A Nice comme à Cannes, c’est l’ensemble du port qui sera requalifié : réduction de la circulation automobile, déplacements doux favorisés (piétons et vélos), retour à une certaine unité des lieux, à un confort de cheminement, les commerçants réclamaient du changement à corps et à cris, dans des quartiers un peu abandonnés jusqu’alors à leur «beauté» originelle. Pour Cannes, ce sera donc une concertation publique, pour un site de 10.000 m² grignotés sur la mer à la fin des années 60. Objectif municipal : «valoriser la très forte identité potentielle de ce quai, qui doit être plus que jamais celui des vieux gréements et le socle du Suquet.» Il faudra cependant composer avec l’actuel parking : les 325 places extérieures seront doublées sur deux ou trois niveaux enterrés, avec tarifs préférentiels pour les riverains. En surface, place à un jardin-promenade surélevé avec patio, solarium, aire de jeux… Avant l’ouverture d’officielles enquêtes publiques, la commune en appelle aux citoyens pour entériner son projet. Les travaux devraient débuter début 2011. Et sans doute reparlera-t-on de la proposition soutenue par l’opposition, qui préférait à la promenade une extension programmée du Palais des Festivals, prévue initialement en sous-sol du Bunker, aujourd’hui stoppée. Construire en bout de quai ? A Nice aussi, l’on y pense… Malgré un actuel choix des édiles, comme à Cannes, pour une promenade aménagée. Moins cher bien sûr. Mais certains arguments donnent à réfléchir.

Sur la photo :

Le projet cannois tel que présenté lors de la concertation publique la semaine passée. Peu d'originalité par rapport à la proposition niçoise privée de Laurent Juillet, mais une réelle remise à neuf in situ.

 
  A Nice, quai Infernet, l’heure de la concertation publique est passée. Et les rives du port ont déjà amorcé leur mutation. Ce qui n’empêche en rien l’implication des riverains: Laurent Juillet, invétéré touche à tout et natif du quartier, en est intimement persuadé, voilà bien un espace public qui souffre d’un sous-emploi depuis toujours. Derrière lui, il mobilise une association de riverains, Le Phare, et même une agence d’architecture parisienne, Arkhenspaces, qui milite pour la construction d’espaces contemporains novateurs. Eric Cassar, fondateur, est immédiatement séduit par la spécificité des lieux, et dès mars 2009 naît une ébauche de L’Etoile du Sud : un bâtiment qui intégrerait économie durable, centre de vie et usages multiples, une évocation de la ville du futur, en son cœur historique, une sorte de balise, de point de convergence dans un quartier en mal d’attractivité.

Sur la photo :

L’Etoile du Sud, sorte de phare en bout de quai, un bâtiment emblématique et profondément novateur, signal fort d’une ville en phase de reconquête architecturale et économique. Et paradoxalement, malgré sa modernité, plutôt bien accueilli par les riverains attachés à leur patrimoine.

 
  Quand l’architecte ingénieur rencontre Laurent Juillet, le courant passe. Et quand il rencontre le quai Infernet, c’est le coup de foudre : «ce qui m’a frappé, c’est la lumière, le bleu et la couleur. Impossible de refuser l’esquisse d’un projet sur ce port comme il n’en existe guère.» Son objectif : ouvrir une connexion sur la mer, par l’intermédiaire d’une structure emblématique. Il ne s’en cache pas, l’esprit d’un musée Guggenheim ou d’un Opéra de Sydney le hante : une architecture moderne, fonctionnelle, pour un site exceptionnel. A Bilbao et en Australie, l’alchimie a fonctionné. A Nice, il faudra en outre respecter le caractère historique et culturel du quartier, ne rien dénaturer, que l’on soit sur terre, sur mer ou dans les airs. Un challenge d’envergure, une aventure, et un pari gagnant pour Eric Cassar et Laurent Juillet : le projet présenté aux riverains, commerçants, associations et collectivités locales a semble-t-il touché ses cibles. Un bâtiment brut, habillé de béton bleu Klein, avec trois ailes qui s’élancent vers la mer, accueillant restaurant panoramique et promenades publiques. «Un projet ambitieux, mais raisonnable.» 10.000 m² pour un budget estimé à la louche à 40 M€ (soit 1km de ligne de tram’), d’infinies possibilités d’aménagement, que l’on choisisse l’option congrès, gala, exposition, concert ou agora populaire. Un lien entre deux parties de la ville. Et un atout: la bénédiction des commerçants, pourtant échaudés par les récents travaux. A l’image de Sophie Régnier, restauratrice depuis une dizaine d’années sur le quai Lunel : «Ici, nous sommes un peu pénalisés par rapport au reste de Nice. Pas d’attractivité, pas de monde… Il ne se passe jamais rien sur le port, hormis la fête annuelle, même pour Carnaval. Les croisiéristes ? Ils sortent tout juste des bateaux, et partent vers la vieille ville. Ce palais en bord de mer, ce serait une bonne chose pour faire vivre tout le quartier. Mais il faudra bien sûr prévoir des parkings.»

Les collectivités elles-aussi semblent intéressées : côté Conseil général, le dossier remis fin 2009 à Eric Ciotti a été plutôt bien accueilli au vu des courriers renvoyés à Laurent Juillet. Côté mairie, c’est Benoît Kandel qui a été sollicité. Mais nos concepteurs l’avouent, depuis 2009, c’est le point mort, même si une reprise en main du dossier est prévue pour la rentrée. Et que les études géologiques, sous la dalle Infernet, se seraient avérées compatibles avec la réalisation de parkings souterrains et d’une construction en surface.

Côté concepteurs, on s’impatiente, mais on travaille : transparence du verre, hommage omniprésent à Klein, panneaux photovoltaïques intégrés, acier brise-soleil, l’architecture s’est mise au service du climat, d’une mer parfois capricieuse, et d’un quartier qui cherche son souffle. Peut-être aussi une alternative à cette salle d’exception programmée un temps sur le parking Sulzer, qui s’est muée depuis en une esplanade gazonnée à la gloire de Maître Venet ?

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 4 juin 2010)


Sur la photo :

Laurent Juillet et Eric Cassar. Si l’Etoile du Sud était un film, ils en seraient le scénariste et le metteur-en-scène. Une équipe motivée lancée dans un pari un peu fou, «ambitieux mais raisonnable».

 
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