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Tram’ et bus, l’envers du décor
Plus qu’une peur de l’incident, les traminots dénoncent un sentiment d’insécurité... lié à l’incivisme des usagers et des autres. Quand les transports dits «doux» se font la guerre et que la CGT fait son "happening".

  Jean Médecin, un après-midi ensoleillé : sur la voie du trambalan, des vélos, des poussettes, des ambulances, des scooters, quelques patrouilles de police aussi. Autant dire que si l’automobiliste niçois houspille les autorités pour dénoncer le manque de fluidité sur l’urbain asphalte, ça ne se passe pas vraiment mieux sur les voies réservées au tram’. Et les chauffeurs craquent. Aussi ont-ils décidé, ce lundi, de sensibiliser les foules à même les quais. Fumigènes, explications et bonne humeur au rendez-vous, même si les infractions continuent sous leurs yeux à se succéder entre les rails. Et que la police, pourtant bien présente, semble impuissante à contrer vélos, piétons et rollers, réunis sous la bannière du laxisme ambiant. Une situation qui cadre mal avec les promesses «véoliennes» pour une ST2N, qui, grâce à ses huit rames supplémentaires, souhaitait augmenter le cadencement général, avec un tram’ toutes les 4 minutes en heures de pointe. «Intenable», pour la majorité des traminots convoqués par la CGT Transports. Vendredi, ils en appelaient au préfet pour que leurs conditions de sécurité au travail soient respectées, en renforçant par exemple les effectifs de sécurisation croisés entre polices nationale, municipale, gendarmerie et agents propres assermentés. Les caméras ? Un mieux, pas une panacée. Trois jours plus tard, changement d’épaule pour le fusil syndical : la menace vient aussi des autres, ceux qui ne prennent pas le tram’, et ne font qu’emprunter sa voie.

Un fumigène pour accueillir chaque rame à l’arrêt Jean Médecin : geste symbolique des manifestants de la CGT-Transports (non grévistes), venus «tracter» à même les quais pour réclamer un peu plus… d’attention.

Sur la photo :

De la fumée, de la mobilisation, mais beaucoup de bonne humeur et de pédagogie : pas d'opération coup de poing pour les traminots niçois.

 
  Nous ne voulons tuer personne !» Cri du cœur pour les traminots niçois, devant l’autel de leur mission de service public : «Nous voulons améliorer la fréquence de passage du tramway et des bus, fournir un transport de très bonne qualité, mais la plate-forme du tram’ sert de rue piétonne, de piste cyclable et de skate park. Et les couloirs de bus servent eux de parkings.» La solution ? Responsabiliser le citadin. Depuis 2007, l’affluence a augmenté de 35% sur la

ligne 1. Un succès que la ST2N, société gestionnaire, partage avec la collectivité locale, mais qui implique quelques effets secondaires. La fraude d’abord : elle est estimée à 17% des passagers transportés, sur une base de 5.400 contrôles par mois, dont 1.300 dans le seul tram’. Ce qui représente en amendes sonnantes et trébuchantes 400.000a pour 17.000 PV dressés par an. Par comparaison, 3.800 PV annuels sont recensés côté voitures sur Nice…

Là n’est pas le seul écueil pour la CGT Transports conduite par Michel Otto-Bruc en cette journée «portes ouvertes vers l’extérieur» : deuxième faille, l’insécurité pure (violences, outrages, menaces avec arme…). Et les situations décrites dans les procès verbaux sont parfois des plus édifiantes : «un individu déçu d’avoir raté le bus finit par le rattraper en courant, monte et insulte la conductrice», ou encore «un fraudeur tente de forcer le contrôle et n’y arrivant pas essaie d’étrangler le conducteur.» Pourtant, Michel Otto-Bruc, secrétaire général de la CGT des Transports 06, ne veut pas stigmatiser : «Nous ne sommes pas à Tremblay-en-France, et nos bus et tram’ ne sont pas caillassés. Nous demandons juste davantage d’effectifs de sécurisation ST2N, il en faudrait 15 de plus pour rétablir l’équilibre depuis la montée en puissance de la clientèle. Il ne faut pas avoir peur : il y a la France, et il y a Nice, et la situation ici est plutôt provoquée par un laisser aller général. L’incivilité permanente amène l’agressivité.»

Sur la photo :

Michel Otto-Bruc, 30 ans de syndicalisme et une doléance : sécuriser le tram’, à l’intérieur et peut-être surtout à l’extérieur.

 
  Mais où se cache cette incivilité latente ? Et bien parfois hors des rames, comme l’explique Michel Bonnichon, conducteur et délégué CHSCT (comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail du transport) : «par cette action, nous voulons alerter les pouvoirs publics. Qui certes nous écoutent, mais entre l’écoute bienveillante et la réalisation, il y a loin de la coupe aux lèvres !» S’il est plus «remonté» que son responsable syndical, c’est qu’il vit au quotidien un véritable calvaire : «les voies du tram’ sont noires de monde, et cela devient une habitude que de s’y promener. Il faut bien savoir qu’une rame lancée à 30 km/h mettra 34 mètres pour s’arrêter, et qu’avec le tram’, pas question de mettre un coup de volant pour éviter l’obstacle.» Et au vu des infractions constatées, le bilan reste léger : 45 blessés, dont seulement 5 à l’extérieur, dont deux tentatives de suicide. La solution ? Dé-piétonniser les voies ? «C’est vrai que du côté de Saint-Roch, là où elles sont gazonnées, il y a moins de monde. ça évite déjà les scooters et les vélos. Assez de ces gens qui baguenaudent entre les rails !» Et lui aussi de demander plus d’interventionnisme, en particulier des forces de l’ordre, et en général des collectivités. «Pareil pour certains bosquets, qui réduisent le champ de vision des conducteurs. Notre prochaine action : la tronçonneuse, puisque personne ne prend en compte nos remarques.»

Parmi les manifestants, voici qu’apparaît Guy Tarrade, 31 ans de volant TNL, aujourd’hui retraité et écrivain. Là, sur le quai, il essaie lui aussi de sensibiliser les usagers : «ça n’est plus possible, il y a des poussettes dépliées partout dans les rames, alors que c’est interdit, les gens sont en surnombre… J’ai entendu dire par des touristes que nos transports étaient pourris. Ce n’est pas vrai. Simplement, l’organisation laisse à désirer…»

Qui aurait cru, il y a quelques années encore, que le Vélo Bleu ou l’inattentif bipède en mode chaland serait l’ennemi naturel du tram’ ?

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 21 mai 2010)


Sur la photo :

Jean-Paul Frankias et Michel Bonnichon, délégués CHSCT en reconquête de leur espace de travail sur le quai Médecin. Malgré les 3,5 M€ investis dans la sécurité des transports en commun du département, des ajustements restent à faire.

 
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